SKRMON POUR LA CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE
pourrait supporter qu'il arrach(3 tous les jours sans peine quatre ou cinq préceptes à l'observance du saint Décalogue, et qu'il foule aux pieds sans scrupule les plus saints devoirs du christianisme ? Étrange illusion, dont l'ennemi du genre humain nous fascine ! Il ne peut arracher du cœur de l'homme le principe de religion qu'il y voit trop profondément gravé! il lui donne, non son c;mploi légitime, mais un dangereux amusement, afin que, déçus par cette apparence, nous croyions avoir sa'.isiai par nos petits soins aux obligations sérieuses que là reli gion nous impose: détrompez-vous. Chrétiens. Prici la sainte Vierge, je vous y exhorte. Elle nous fortifiera dans les tentations, elle nous impétrera * la chasteté qui noua est si nécessaire, elle nous obtiendra du vin pour notre banquet 2, c'est-à-dire ou de la charité dans notre conduite, ou du courage parmi nos langueurs. Mais écoutez comme elle parle dans les noces de Cana à ceux pour lesquels elle a tant prié : Faites ce que mon Fils vous ordonnera^. J'ai prié, j'ai intercédé, mais faites ce qu'il vous dira ; c'est à cette condition que vous verrez le miracle el l'effet de mes prières. Ainsi je vous dis, mes Frères : attendez tout de Marie, si vous êtes bien résolus de faire ce que Jésus vous commandera; c'est la loi qu'elle voiis prescrit elle-même.
Mais vous me dites : Où me poussez-vous? Quitterai-je donc toutes mes prières jusqu'à ce que j'aie résolu de me. convertir tout à fait à Dieu, et vivrai-je, en attendant, comme un infidèle? Non, mes Frères, à Dieu ne phiisc 1' Dites toujours vos prières ; j'aime mieux vous voir pratiquer des dévotions imparfaites, que de vous voir mépriser toute dévotion et oublier que vous êtes chrétien [s]. Le médecin qui vous traite d'une maladie dangereuse et ' habituelle, vous ordonne des remèdes forts ; mais il ordonne aussi des fomentations et d'autres remèdes plus doux. Vous pratiquez les derniers et vous n'avez pas le ' courage de souffrir les autres ; il vous avertit sagement que vous n'achèverez pas votre guérison. Vous vous irri- •
1. Impéirera. Lex. — 2. Allusion au miracle des noces de Cana; c'est Marie qui a obtenu du vin pour le banquet. — 3. Joan.t II, 6.
i. Calvet. — Bossuet.
tez contre lui, ou plutôt contre vous-mêmes ; et vous lui dites que vous quitterez tout régime et que vous laisserez à Tabandon votre santé et votre vie. Il ne s'aigrit pas contre vous, et il regarde votre chagrin comme une suite fâcheuse ou plutôt comme une partie de votre mal, et il vous répond: Ne le faites pas; prenez toujours ces remèdes, qui du moins ne vous peuvent nuire et qui peutêtre soutiendront un peu la nature accablée. Mais à la fin vous périrez sans ressource, si vous ne faites de plus grands efforts pour votre santé. Ainsi je vous dis, mes Frères : Pratiquez ces dévotions, faites ces prières ; j'aime mieux cela qu'un oubli total et de Dieu et de vousmêmes. Mais ne vous appuyez pas sur ces légères pratiques : elles empêchent peut-être un plus grand malheur, c'est-à-dire l'impiété toute déclarée et le mépris tout manifeste de Dieu ; et c'est pour cela qu'on vous les souffre : mais sachez qu'elles n'avancent pas votre guérison, et que, si vous y mettez votre appui, elles en seront bien plutôt un perpétuel obstacle. Car écoutez ce que le Saint-Esprit a dit de vos œuvres et de vos dévotions superstitieuses : Ils ne cherchent pas la justice et ne jugent pas droitement. Ils mettent leur confiance dans des choses de néant, et ils s'amusent à des vanités. La toile quils ont îissue est une toile d'araignée; et pour cêla, dit le Seigneur, leur toile ne sera pas propre à les revêtir, et ils ne seront point couverts de leurs œuvres. Car leurs œuvres sont des œuvres inutiles et leurs pensées sont des pensées vaines. Ils marchent dans un chemin de désolation et de ruine^.
Telle est la juste sentence que le Saint-Esprit a prononcée contre ceux qui mettent leur dévotion dans des pratiques si minces, permettez-moi la liberté de ce mot, et qui négligent cependant ^ de faire des fruits dignes de pénitence 3, selon le précepte de l'Évangile. Leur piété superficielle ne sera pas capable de les couvrir; leur iniquité sera révélée et leur pauvreté leur fera honte. Ils seront jugés par leur bouche*, ces mauvais serviteurs, et les saints qu'ils auront loués les condamneront par leurs
1. Is., LIX, 4-7. — 2, Cependant. Pendant ce temps. —3. De dignes fruits de pénitence (Luc, lll, 3). — 4. Par leurs paraboles (Lac, XIa, 22).