‹ Œuvres choissiesChapitre 41 sur 232 · SUR LE STYLE ET LA LECTURE DES ECRIVAINS · texte numérisé non relu

SUR LE STYLE ET LA LECTURE DES ECRIVAINS

remplit Tesprit de toute la substance des Écritures. Car saint Augustin a raison de dire que < les endroits obscurs ne contiennent pas d'autres vérités que ceux qui sont elairs ». Les raisons en sont belles, mais longues à déduire. Les endroits clairs sont les plus beaux; et si j'avais à former un homme dans son enfance, à mon gré je voudrais lui faire choisir plusieurs beaux endroits de TÉcriture et les lui faire lire souvent, en sorte qu'il les sût par cœur. Ainsi on saura sans doute ce qu'il y a de plus beau, et après on viendra aux difficultés.

Pour l'Ancien Testament, je n'ai jamais fait autre chose que de lire la Version selon V hébreu, la conférer avec la Vulgate^; prendre le génie de la langue sainte et de ses manières de parler. Vatable ^ seul fournit tout cela dans sa traduction et dans ses Remarques. Quand il se rencontre des difficultés qui ne sont pas expliquées, je conseillerais de passer outre. Car on peut être fort savant sans savoir tout, et jamais on ne sait tout dans ce livre. Au reste j'ai connu par expérience que, quand on s'attache opiniâtrement à pénétrer les endroits obscurs avant que de passer plus avant, on consume en questions difficiles le temps qu'il faudrait donner aux réflexions sur ce qui est clair; et c'est ce qui forme l'esprit et nourrit la piété. Il faut sans impatience lever une difficulté et puis une autre, mais cependant s'attacher à bien posséder ce qu'on a trouvé de plus clair et de plus certain...

Il ne faut guère lire les commentaires que lorsqu'on trouve actuellement quelque difficulté. Car ils se farcissent de beaucoup de choses superflues, et ils ont peut-être raison, parce que les esprits sont fort différents, et par conséquent les besoins. Mais pour trouver ce qui nous est propre, il faut nous éclaircir seulement où notre esprit souffre.

11 y a une observation nécessaire à faire sur l'Écriture, et principalement sur saint Paul. C'est de ne pas chercher

1. La Vulgate est une traduction latine de la Bible reconnue comme officielle par le Concile de Trente. Elle est due en grande partie à saint Jérôme. — 2. Savant hébraïsant du seizième siècle, professeur au Collège de France. La Bible imprimée sous son nom contient le texte hébreu, la traduction dite Vulgate et la traduction de Léon de Juda. Ses ouvrages, suspects de calvinisme, servirent aux théologiens protestants.

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fei exactement la suite et la connexion dans tous les mem- Dres. Il dit tout ce qui se peut dire sur la matière qu'il traite; mais il songe assez souvent plutôt à la thèse proposée qu'à ce qu'il vient de dire immédiatement. Cette vue m'a sauvé bien de l'embarras dans les lipîtres ad Romanos, ad Galaîas, et dans les endroits qui regardent la doctrine ^

Pour les Pères, je voudrais joindre ensemble saint Augustin et saint Chrysostome. L'un élève l'esprit aux grandes et subtiles considérations, et l'autre le ramène à la mesure et à la capacité du peuple. Le premier ferait peutêtre, s'il était seul, une manière de dire un peu trop abstraite, et l'autre trop simple et trop populaire. Non que ni l'un ni l'autre ait des vices ^, mais c'est que nous prenons ordinairement dans les auteurs ce qu'il y a de plus éminent. Dans saint Augustin on trouverait toute la doctrine ; dans saint Chrysostome, l'exhortation, l'incrépation, la vigueur, la manière de traiter les exemples de l'Écriture, et d'en faire valoir tous les mots et toutes les circonstances.

1, Dans ce désordre apparent, Pascal avait vu une objection contre l'Ecriture. Il la réfute dans les Pensées (éd. Brunschwig, p. 283). « Le cœur a son ordre, l'esprit a le sien... Jésus-Christ, saint Paul ont l'ordre de la charité, non de l'esprit... Cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point qui a rapport à la fin, pour la montrer toujours » — 2. Vices. Lex.

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