‹ Œuvres choissiesChapitre 47 sur 232 · DISCOURS A L ACADEMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DISCOURS A L ACADEMIE FRANÇAISE

et SOUS cent titres augustes; grand dans la paix et dans la guerre; au dedans et au dehors; dans le particulier et/ dans le public, on Tadmire, on le craint, on l'aime. De^ loin il étonne, de près il attache; industrieux par sa bonté à faire trouver mille secrets agréments dans un seul bien-^ fait; d'un esprit vaste, pénétrant, réglé, il conçoit tout, il dit ce qu'il faut, il connaît et les affaires et les hommes, il les choisit, il les forme, il les applique dans le temps *, il sait les renfermer dans leur fonctions; puissant, magnifique, juste; veut-il prendre ses résolutions, la droite raison est sa conseillère; après il se soutient, il se suit lui-même, il faut que tout cède à sa fermeté et à sa vigueur invincible. Le voilà, Messieur's, ce digne sujet de vos discours,etde vos chants héroïques. Le voyez-vous ce grand roi dans ses nouvelles conquêtes, disputant aux Romains la gloire des grands travaux, comme illeur a toujours disputé celle des grandes actions? Des hauteurs orgueilleuses menaçaient ses places; elles s'abaissent en un moment à ses pieds, et sont prêtes à subir le joug qu'il impose. On élève des montagnes dans les remparts, on creuse des abîmes dans les fossés : la terre ne se reconnaît plus ellemême et change tous les jours de forme sous les mains de ses soldats, qui trouvent sous les yeux du roi de nouvelles forces, et qui en faisant les forteresses s'animent à les défendre^. Vous avez souvent admiré Tordre de sa maison; considérez la discipline de ses troupes, où la licence n'est pas seulement . connue, et qui ne sont plus redoutées que par l'ennemi^. Ces choses sont merveilleuses, incroyables, inouïes; mais son génie, son cœur, sa fortune, lui promettent je ne sais quoi de plus grand encore. De quelque côté qu'il se tourne, ses ennemis redoutent ses moindres démarches; ils sentent sa force et son ascendant et leur fierté affectée couvre mal leur crainte et leur désespoir. Finissons : car où m'emporterait l'ardeur qui me presse? Il aime et les savants et les sciences; c'est à elles, pour ainsi dire, qu'il a voulu confier le plus pré-

1. Temps. Lex. — 2. II s'agit des travaux de fortiflcation entrepris sous la direction de Vauban depuis 1666. — 3. Elles ne sont plus redoutées par les Français, comme les armées d'autrefois qui ravageaient le pa}s qu'elles devaient défendre.

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cieux dépôt de l'État; il veut qu'elles cultivent l'esprit le plus vif et le plus beau naturel du monde. Ce Dauphin, cet aimable prince, surmonte heureusement les premières difficultés des études i; et s'il n'est pas rebuté par les épines, quelle sera son ardeur quand il pourra cueillir les fleurs et les fruits? On vous nourrit, Messieurs, un grand protecteur; si nos vœux sont exaucés, si nos soins prospèrent, ce prince ne sera pas seulement un jour le digne sujet de vos discours; il en connaîtra les beautés, il en aimera les douceurs, il en couronnera le mérite.

1 Bossuet venait d'être nommé précepteur du Dauphin.

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