‹ Œuvres choissiesChapitre 52 sur 232 · BOSSUET A INNOCENT XI * 28T · texte numérisé non relu

BOSSUET A INNOCENT XI * 28T

condamnions une façon d'écrire si déshonnête, comme pernicieuse aux bonnes mœurs.

Il faudrait un gros volume, pour rapporter toutes les remarques que nous avons faites sur chaque auteur, et principalement sur Cicéron, que nous avons admiré dans ses discours de philosophie, dans ses oraisons, et môme lorsqu'il raillait librement et agréablement avec ses amis.

4. — Enfin nous lui avons enseigné l'histoire. Et comme c'est la maîtresse de la vie humaine et de la politique, nous l'avons fait avec une grande exactitude : mais nous avons principalement eu soin de lui apprendre celle de la France, qui est la sienne. Nous ne lui avons pas néanmoins donné la peine de feuilleter les livres ; et à la réserve de quelques auteurs de la nation, comme Philippes de Commines et du Bellay, dont nous lui avons fait lire les plus beaux endroits ; nous avons été nous-mêmes dans les sources, et nous avons tiré des auteurs les plus approuvés ce qui pouvait le plus servir à lui faire comprendre la suite des affaires. Nous en récitions de vive voix autant qu'il en pouvait facilement retenir : nous le lui faisions répéter; il l'écrivait en français, et puis il le mettait en latin : cela lui servait de thème, et nous corrigions aussi soigneusement son français que son latin. Le samedi, il relisait tout de suite ce qu'il avait composé durant la semaine ; et l'ouvrage croissant, nous l'avons divisé par livres que nous lui faisions relire très souvent.

L'assiduité avec laquelle il a continué ce travail l'a mené jusqu'aux derniers règnes : si bien que nous avons presque toute notre histoire en latin et en français, du style et de la main de ce Prince. Depuis quelque temps, comme nous avons vu qu'il savait assez de latin, nous l'avons fait cesser d'écrire l'histoire en cette langue. Nous la continuons en français avec le môme soin ; et nous l'avons disposée de sorte qu'elle s'étendît à proportion que l'esprit du Prince s'ouvrait, et que nous voyions son jugement se former; en récitant fort en abrégé ce qui regarde les premiers temps, et beaucoup plus exactement ce qui s'approche des nôtres. Nous ne descendons pas néanmoins dans un trop grand détail des petites choses, et nous ne nous amusons pas à réchercher celles qui ne sont que de curio-

site : mais nous remarquons les mœurs de la nation bonnes et mauvaises ; les coutumes anciennes ; les lois fondamentales ; les grands changements et leurs causes; le secret des conseils ; les événements inespérés, pour y accoutumer Tesprit et le préparer à tout ; les fautes des rois et les calamités qui les ont suivies ; la foi qu'ils ont conservée pendant ce grand espace de temps qui s'es passé depuis Clovis jusqu'à nous ; cette constance à défendre la religion catholique, et tout ensemble le profond respect qu'ils ont toujours eu pour le Saint-Siège, dont ils ont tenu à gloire d'être les enfants les plus soumis. Que c'a été cet attachement invic^J-^^ble à la religion et à l'Eglise qui a fait subsister le royauime depuis tant de siècles. Ce qu'il nous était aisé de faire voir par les épouvantables mouvements que l'hérésie a causés dans tout le corps de l'État, en affaiblissant la puissance et la majesté royale et en réduisant presque à la dernière extrémité un royaume si florissant : sans qu'il ait pu reprendre sa première force, qu'en abattant l'hérésie.

Mais afin que le Prince apprît de l'histoire la manière de conduire les affaires, nous avons coutume, dans les endroits où elles paraissent- en péril, d'en exposer l'état et d'en examiner toutes les circonstances, pour délibérer, comme on ferait dans un conseil, de ce qu'il y aurait à faire en ces occasions : nous lui demandons son avis ; et quand il s'est expliqué, nous poursuivons le récit pour lui apprendre les événements. Nous marquons les fautes, nous louons ce qui a été bien *ait : et conduit par l'expérience, nous établissons la manière de former les desseins et de les exécuter.

5. — Au reste, si nous prenons de toute l'histoire de nos rois des exemples pour la vie et pour les mœurs, nous ne proposons que le seul saint Louis comme le modèle d'un roi parfait. Personne ne lui conteste la gloire de la sainteté: mais après l'avoir fait paraître vaillant, ferme, juste, magnifique, grand dans la paix et dans la guerre, nous montrons, en découvrant les motifs de ses actions et de ses desseins, qu'il a été très habile dans le gouvernement des afi'aires. C'est de lui que nous tirons la plus grande gloire de l'auguste maison de France, dont

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