‹ Œuvres choissiesChapitre 58 sur 232 · UNIVERSELLE · texte numérisé non relu

UNIVERSELLE

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LE DAVPHIN.

U A N D THiftoirc fcroit inutile DcfTcin g^n^raf aux autres hommes, il faudroïc <icc^^ou»ra^c. la faire lire aux Prmces. Il n'y a pas de meilleur moyen de leur découvrir cç que peuvent les paffions & les intcrefts , les temps & les conjon- ^ures , les bons & les mauvais confeils. Les Hiftoues ne font compofécs que des a(^ions

Fac-similé réduit de la première page de l'édition originale du Discourt sur V Histoire Universelle,

DISCOUnS SUR L HISTOIRE UNIVERSELLE 305

DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE i< {Commencé en i678, publié en i68i,)

Nature du « Discours » . — Parmi les critiques, les uns comme Taine, voient dans le Discours uue œuvre pédagogique, un manuel écrit « pour un enfant », qui a l'élroilesse et toutes les lacunes d un livre d'enseignement. M. Slrowski, au contraire pense que le Discours est l'œuvre capitale de la vie de Bossuet, œuvre à laquelle il a longtemps pensé avant de récrire, qu'il a retouchée yllusieurs fois, qu'il aimait plus guc tous ses autres écrits, parce qu'il avait voulu en faire une œuvre apologétique d'une portée générale. Enfin, A. Comte estime que le Discours est le premier essai important de synthèse historique.

Ces trois opinions ne sont pas inconciliables, parce que le Discours a eu plusieurs formes successives, et que Bossuet a pu s'attacher en l'écrivant à plusieurs idées.

Sous sa première forme, le Discours est une série de leçons faites par Bossuet au Dauphin. Bossuet a considéré qu'une vue générale sur la philosophie de l'histoire convenait à un prince de dix-huit ans qui achevait ses études. Et s il a choisi, pour y ramener l'histoire du monde l'idée de la Providence, c'est sans doute, comme le dit Brunetière, que cette idée était le fond de son esprit, mais c'est aussi qu'il voyait dans cette manière d'entendre l'histoire un moyen de la bien comprendre et d'en tirer d'utiles leçons pour un roi.

Commencé en 1678 pour le Dauphin, le Discours fut achevé en 1680 et publié en 1681. Bossuet le retoucha à plusieurs reprises ; il en donna une édition corrigée en 17(j0, et quand il mourut, il laissait de copieuses notes pour une nouvelle édition. Dans ces retouches successives, Bossuet avait l'intention d'utiliser pour l'apologétique son œuvre pédagogique. La seconde partie, la Suite de la Religion, est dirigée contre Spinoza qui prétendait que la Bible est un livre comme les autres, et la troisième partie est dirigée contre les libertins qui nient que le monde soit gouverné par Dieu.

Dans cette œuvre apologétique, Bossuet verse l'érudition qu'il a acquise en dix années d'études profanes. Son esprit généralisateur s'est attaché aux faits significatifs, qu'il a retenus et qu'il explique par des idées générales. Il tente une synthèse historique.

Il ne faut donc pas onblier, en étudiant le Discours, qu'il est à la fois une œuvre pédagogique, une œuvre apologétique et une œuvre historique.

Division du « Discours ». — Le Discours se divise en trois parties :

\* Les Epooues. —C'est une sorte de tableau chronologique, qui expose à grands traits l'histoire de tous les peuples et de toutes les cidiisalions, depuis la Création du monde jusqu'à Charlemagne. Bossuet dislingue douze époques : Adam ou la Création, Noé ou le Déluge, la Vocation d'Abraham, Moise ou la Loi écrite, la Prise de Troie, Salomon ou le Temple achevé, Romulus ou Rome fondée, Cyrus ou les Juifs rétablis, Scipion ou Carthage vaincue. Naissance de Jesus-Christ, Constantin ou la Paix de l'Eglise, Charlemagneou l'Etablissement du nouvel empire.

2» La Suite de la Religion. — Dans cette partie, Bossuet s'occupe de deux choses: établir le caractère particulier du peuple de Dieu et de la Bible où Dieu lui-même a insent la Révélation ; et établir la suite non interrompue de celte Révélation jusqu'à la naissance de Jésus- Christ.

3* Les Empires. — Dans cette partie, Bossuet expose les révolutions des empires depuis les temps les plus reculés jusqu'à la naissance de Jésus-Christ. 11 étudie les Scythes, les Ethiopiens, les Egyptiens, le» Assyriens, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Romains

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Valeur historique du « Discours ». — Elle a été contestée notamment par Voltaire et par Renan qui a dit d'un ton tranchant : « L'Histoire uni^ verselle de Bossuet n'a plus, dans l'état actuel des études historiques, aucune partie qui tienne debout. » Ceux qui refusent au Discours toute valeur historique tirent leur opinion de deux sources qu'il faut distinguer avec soin : Bossuet n'a pas pu écrire une histoire exacte, parce qu'il veut démontrer que la Providence mène le monde; — Bossuet n'a pas écrit une histoire exacte, parce qu'il était mal informé. C'est la question de rhistoire Ihéologique et la question de l'histoire superficielle.

1. V histoire Ihéologique. — Rien de çlus légitime que de prétendre écrire l'histoire pour démontrer une thèse philosophique ou religieuse. Pour conserver tous ses droits au titre d'historien, il suffît de ne pas fausser les événements de parti pris — et personne n'accuse Bossuet de Pavoir fait. Cette attitude est légitime parce que l'explication des événements historiques par leurs causes politiques, économiques ou sociales n'épuise pas ces événements. Il y a toujours quelque chose d'inaccessible et d'insaisissable : la liberté, l'influence révolutionnaire des grands hommes, et je ne sais quelle force spirituelle qui mène souvent les hommes où ils ne voudraient pas aller. L'historien ne connaît pas cette force; mais il n'a pas à la nier; le philosophe, le théologien ont le droit de l'interpréter, à leurs risques et périls C est ce que le vieux Plutarque dit excellemment dans la vie de Périclès. On avait trouvé chez Périclès un bélier unicorne : le devin Lampon en inféra que Périclès deviendrait le chef unique des deux factions rivales : Anaxagore se moc[ua du devin, il ouvrit la tête du bélier et il expliqua par la configuration de son cerveau pourquoi il n'avait qu'une corne. Et Plutarque ajoute : « Ils avaient peut-être raison tous les deux; outre leur cause efficiente, les phénomènes peuvent aussi avoir une cause finale, un sens qu'il appartient au croyant de dégager. »

Au reste, Bossuet, qui use d'un droit en expliquant la suite de l'histoiieparle dogme de la Providence, n'en abuse pas. Après avoir annonce qu il démontrera l'action de la Providence dans le monde, il étudie les laits comme s'ils étaient entièrement expliqués par les causes « seoondes ». L'idée théologique plane au-dessus de l'investigation historique sans la gêner.

Bossuet historien théologique ressemble à un historien moderne, à Michelet, par exemple, qui raconte l'histoire de France avec l'idée de mettre en relief l'ascension de la démocratie. Ne leur refusons pas ce droit, pourvu que la sérénité de leur regard de savants ne soit pas troublée par leurs idées préconçues.

2. L'histoire superficielle. — Bossuet est allé consciencieusement aux sources, et il a presque toujours travaillé de première main. Ajoutons immédiatement qu'il est de son temps et qu'il ne dépassepas la moyenne des bons esprits de son temps par l'érudition. Aussi, il y a, dans la première partie du Discours bien des erreurs et de gros anachronismes; dans la troisième partie, ce qu'il dit des Ethiopiens, des Egyptiens, des Scythes, des Mèdes, des Perses doit être révisé autant que les histoires d'Héfodote dontil se sert.

Mais quand il arrive aux Grecs, Bossuet est sur un terrain solide. Il sait l'essentiel et il devine le reste. Malgré qu'il les aime peu par tem*

Férament. il les comprend en gros ; il saisit très bien, par exemple, opposition d'Athènes et de Sparte, et il la marque en traits défi* ni tifs.

Çuand il en vient à parler des Romains, il exprime sa joie par le moC enfin ! Ici il est chez lui. Il sait tout ce qu'il faut savoir: surtout il comprend parce qu'il aime. Il trace du caractère romain, de la grandeur romaine, de la vertu romaine, un tableau rapide où chaque trait est d'une vérité achevée. Son admiration même ne l'aveugle pas; il voit les défauts et les causes de faiblesse jusque dans la grandeur romaine et il raconte la décadence de Rome en quelques pages perspicaces et

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• ne a ^avwur deidj^arum^, tù Corrd^c

Page manuscrite du discours sur l'Histoire Universelle, corrigée par Bossuet (Bibl, nat.J,

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vives. Montesquieu dira plus de choses, il ne dira rien de plus vrai, de plus vif, de plus solide. C'est de l'histoire et de la bonne histoire.

La plupart des citations qui vont suivi-e sont empruntées à ces chapitres. On y remarquera que Bossuet a renoncé pour écrire l'histoire à l'ample période des Oraisons funèbres et qu'il a déjà la phrase courte, vive et ramassée de Montesquieu et de Voltaire.

SECONDE PARTIE La suite de la religion

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