De Thou. ~ 2. Remontra. Lex
ger comme on aurait fait^ des animaux sans courage, tant ils furent étonnés et interdits par une violence si étrange et si imprévue; il n'y a eu que le seul Guerchi qui mourut répée à la main. De six à sept cents maisons qu'on pilla dans le désordre, il n'y en eut aussi qu'une seule qui fit de la résistance.
Pour confirmer le bruit qu'on voulait répandre de la conjuration de l'amiral, on lui fit faire son procès; la reine-mère fit chercher parmi ses papiers quelque chose qui diminuât Thorreur qu'un tel meurtre devait causer dans les pays étrangers. On n'y trouva que des mémoires pour la guerre de Flandre, et des avis qu'il donnait au roi pour le bon gouvernement dé son État. Il l'avertissait entre autres choses de ne point donner trop de crédit et de trop puissants apanages à ses frères, et d'empêcher de tout son pouvoir que les Anglais n'acquissent dans les Pays-Bas révoltés un pouvoir qui deviendrait fatal à la France. La Cour affecta de communiquer ces mémoires au duc d'Alençon et à la reine d'Angleterre; on représentait à l'un et à l'autre la manière dont les traitait un homme qu'ils estimaient tant. La réponse fut honorable pour l'amiral, ils dirent qu'ils pouvaient peut-être se plaindre de lui, mais que le roi du moins devait s'en louer, et que des avis si solides et si désintéressés ne pouvaient iCnir que d'un fidèle serviteur.
Ainsi tout ce qu'on employait pour décrier l'amiral ne servait qu'à illustrer sa mémoire ; elle fut pourtant condamnée par un arrêt solennel, qui eût pu être juste dans un autre temps et pour un autre sujet, mais rien ne parut plus vain ni plus mal fondé que la conjuration dont on l'accusait alors. On ne laissa pas d'exécuter ^'^^^^rêt dans la grève '^, en présence du roi et de la reine, et au défaut de son corps, que le peuple avait déchiré, on décapita son fantôme', qui fut ensuite traîné sur une claie à Monfaucon (c'est le lieu où l'on expose le corps des voleurs de grands chemins et des scélérats). Le vidame et Montgomeri furent effigies ^ en même temps; mais le supplice
1. Comme on aurait fait. Grammaire: Verbe. — 2. Sur la place de Grève. 8. Fantôme. Lex. — 4. Effigies. Lex.
de quelques autres que Ton condamna avec eux fut effectif.
Pour imprimer davantage la conspiration dans les esprits, on rendit à Dieu des actions de grâces publiques sur la prétendue découverte. Ces grimaces n'imposèrent à personne, et l'action qu'on venait de faire fut d'autant plus détestée par les gens de bien qu'on ne put trouver un prétexte qui eût la moindre apparence. L'horreur en augmentait tous les jours parles nouvelles qu'on recevait des provinces, car encore qu'on eût publié la déclaration que le roi avait faite au parlement, et des défenses d'inquiéter les hugaenot», comme les ordres expédiéâ pour les massacres avaient couru par toute la France, ilg firent d'étranges effets, principalement à Rouen, à Lyon et à Toulouse. Cinq conseillers du parlement de cette dernière ville furent pendus en robe rouge, vingt-cinq à trente mille hommes furent égorgés en divers endroits, et on voyait les rivières tmîner avec les corps l'horreur et l'infection dans tous les pays qu'elles arrosaient. Le roi désavoua tout, comme fait contre ses ordres* 11 y eut des provinces exemptes de ce carnage, et ce fut principalement celles dont les gouverneur» étaient amis de la maison de Montmorenci. Le comté de Tende, qui en était allîé, sauva la Provence; Gorde et Saint-Herem, attachés à cette maison, empêchèrent le désordre, Alençon et Bayonne fuient délivrés par les soins de Matignon et du vicomte d'Orthez, leurs gouverneurs. Les bons ordres que donna Chabot en Bourgogne furent cause qu'il n'y périt qu'un seul homme; tous ces gouverneurs répondirent qu'ils ne croyaient point que le roi commandât tant de meurtres, et qu'ils attendraient de nouveaux ordres *.
1 Ce récit simple ei éloquent estrœûvr© loyal© d'un honnête iiomme