‹ Œuvres choissiesChapitre 60 sur 232 · s.. IX, 6. — î. Malth., I, 21. — 3. Luc, U · texte numérisé non relu

s.. IX, 6. — î. Malth., I, 21. — 3. Luc, U

a la pénitence, et fit retentir de ses cris tout le désert où il avait vécu dès ses premières années avec autant d'austérité que d'innocence. Le peuple, qui depuis cinq cents ans n'avait point vu de prophètes, reconnut ce nouvel Élie, tout prêt à le prendre pour le Sauveur, tant sa sainteté parut admirable ; mais lui-même il montrait au peuple celui dont il était indigne de délier les souliers *. Enfin Jésus-Christ commence à prêcher son Évangile, et à révéler les secrets qu'il voyait de toute éternité au sein de son Père. Il pose les fondements de son Église par la vocation de douze pêcheurs, et met saint Pierre à la tête de son troupeau, avec une prérogative si manifeste que les évangélistes, qui, dans le dénombrement qu'ils font des apôtres, ne gardent aucun ordre certain, s'accordent à nommer saint Pierre devant tous les autres comme le premier 2. Jésus-Christ parcourt toute la Judée, qu'il remplit de ses bienfaits ; secourable aux malades, miséricordieux envers les pécheurs, dont il se montre le vrai médecin par Taccès qu'il leur donne auprès de lui, faisant ressentir aux hommes une autorité et une douceur qui n'avaientjamais paru qu'ensapersonne.Ilannonce de hauts mystères: mais il les confirme par de grands miracles ; il commande de grandes vertus : mais il donne en même temps de grandes lumières, de grands exemples et de grandes grâces. C'est par là aussi, qu'il paraît « plein de grâce et de vérité, et nous recevons tout de sa plénitude ^. »

Tout se soutient en sa personne; sa vie, sa doctrine, ses miracles. La même vérité y reluit partout : tout concourt à y faire voir le maître du genre humain et le modèle de la perfection.

Lui seul vivant au milieu des hommes, et à la vue de tout le monde, a pu dire sans craindre d'être démenti: « Qui de vous me reprendra de péché ^. » Et encore: Je suis la lumière du monde; ma nourriture est de faire la volonté de mon Père; celui qui m'a envoyé est avec moi, et ne me laisse pas seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît ^. »

1. Joan., I, 27. — 2. Ad., I, 13. — 3. Joan., I, 14-16. — 4. Joan., Vlfl, 46.-5. Joan., VIII, 12, 29.

Ses miracles sont d'un ordre particulier et d'un caractère nouveau. Ce ne sont point des signes dans le ciel, tels que les Juifs le demandaient ^ : il les fait presque tous sur les hommes mêmes, et pour guérir leurs infirmités. Tous ces miracles tiennent plus de la bonté que de la puissance, et ne surprennent pas tant les spectateurs qu'ils les touchent dans le fond du cœur. Il les fait avec empire : les démons et les maladies lui obéissent: à sa parole les aveugles-nés reçoivent la vue, les morts sortent du tombeau, et les péchés sont remis. Le principe en est en luimême, il coule de source: «Je sens, dit-il, qu'une vertu est sortie de moi 2. » Aussi personne n'en avait-il fait ni de si grands ni en si grand nombre; et toutefois il promet que ses disciples feront en son nom encore de plus grandes choses ^, tant est féconde et inépuisable la vertu qu'il porte en lui-même !

Qui n'admirerait une condescendance avec laquelle il tempère la hauteur de sa doctrine? C'est du lait pour les enfants, et tout ensemble du pain pour les forts. On le voit plein des secrets de Dieu; mais on voit qu'il n'en est pas étonné, comme les autres mortels à qui Dieu se communique; il en parle naturellement, comme étant né dans ce secret et dans cette gloire; et ce qu'il a sans mesure *, il le répand avec mesure, afin que notre faiblesse le puisse porter.

Quoiqu'il soit envoyé pour tout le monde, il ne s'adresse d'abord qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël-auxquelles il était aussi principalement envoyé; mais il prépare la voie à la conversion des Samaritains et des Gentils. Une femme samaritaine le reconnaît pour le Christ, que sa nation attendait aussi bien que celle des Juifs, et apprend de lui le mystère du culte nouveau qui ne sei^ait plus attaché à un certain lieu. Une femme chananéenne et idolâtre lui arrache, pour ainsi dire, quoique rebutée ^, la guérison de sa fille ^. Il reconnaît en divers endroits les enfants d'Abraham dans les Gentils ^, et parle de sa doctrine comme devant être prêchée, con-

1. Mallh., XVI, 4. — 2. Luc, XVI, 19. — 3. Joan,, XIV, 12. — 4. Joan., III, 34.— 5. Rebutée. Grammaire: Construclion— 6. Mallh., XV, 22. — 7. Mallh., VIII, 10, 11.

tredite, et reçue par toute la terre. Le monde n'avait jamais rien vu de semblable, et ses apôtres en sont étonnés. Il ne cache point aux siens les tristes épreuves par lesquelles ils devaient passer ; il leur fait voir les violences et la séduction employées contre eux, les persécutions, les fausses doctrines, les faux frères, la guerre au dedans et au dehors, la foi épurée par toutes ces épreuves ; à la fin des temps, Taffaiblissement de cette foi, et le refroidissement de la charité parmi ses disciples; au milieu de tant de périls, son Église et la vérité toujours Invincibles.

Voici donc une nouvelle conduite ^ et un nouvel ordre de choses : on ne parle plus aux enfants de Dieu de récompenses temporelles ; Jésus-Christ leur montre une vie future ; et, les tenant suspendus dans cette attente, il leur apprend à se détacher de toutes les choses sensibles. La croix et la patience deviennent leur partage sur la terre, et le ciel leur est proposé comme devant être emporté de force ^, Jésus-Christ, qui montre aux hommes cette nouvelle voie, y entre le premier : il prêche des vérités pures qui étourdissent les hommes grossiers, et néanmoins superbes ; il découvre l'orgueil caché et l'hypocrisie des Pharisiens et des docteurs de la loi qui la corrompaient par leurs interprétations. Au milieu de ces reproches, il honore leur ministère et la chaire de Moïse où ils sont assis ^. Il fréquente le temple, dont il fait respecter la sainteté, et renvoie aux prêtres les lépreux qu'il a guéris. Par là il apprend aux hommes comment ils doivent reprendre et réprimer les abus, sans préjudice du ministère établi de Dieu, et montre que le corps de la synagogue subsistait malgré la corruption des particuliers. Mais elle penchait visiblement à sa ruine. Les pontifes et les Pharisiens animaient contre Jésus-Christ le peuple juif, dont la religion se tournait en superstition. Ce peuple ne peut souffrir le Sauveur du monde, qui l'appelle à des pratiques solides, mais difficiles. Le plus saint et le meilleur de tous les hommes, la sainteté et la bonté même, devient le plus envié et le plus haï.Ilne se rebute pas,et ne

1. Conduite. Lex. — 2. Matth., XI, 12. — 3. Mallh., XXIII, 2.

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cesse de faire du bien à ses citoyens * ; mais il voit leur ingratitude ; il en prédit le châtiment avec larmes, et dénonce -^ à Jérusalem sa chute prochaine. Il prédit aussi que les Juifs, ennemis de la vérité qu'il leur annonçait, seraient livrés à Terreur, et deviendraient le jouet des faux prophètes. Cependant la jalousie des Pharisiens et des prêtres le mène à un supplice infâme; ses disciples l'abandonnent ; un d'eux le trahit ; le premier et le plus zélé de tous le renie trois fois. Accusé devant le conseil, il honore jusqu'à la fin le ministère des prêtres, et répond en termes précis au pontife qui l'interrogeait juridiquement. Mais le moment était arrivé où la synagogue devait être réprouvée. Le pontife et tout le conseil condamne Jésus-Christ, parce qu'il se disait le Christ fils de Dieu. Il est livré à Ponce-Pilate, président romain ; son innocence est reconnue par son juge, que la politique et l'intérêt font agir contre sa conscience ; le juste est condamné à mort ; le plus grand de tous les crimes donne lieu à la plus parfaite obéissance qui fut jamais ; Jésus, maître de sa vie et de toutes choses, s'abandonne volontairement à la^fureur des méchants, et offre le sacrifice qui devait être l'expiation du genre humain. A la croix, il regarde dans les prophéties ce qui lui restait à faire ; il l'achève, et dit enfin : Tout esl consommé 3. A ce mot, tout change dans le monde : la loi cesse, ses figures passent, ses sacrifices sont abolis par une oblation plus parfaite. Cela fait, Jésus-Christ expire avec un grand cri ; toute la nature s'émeut ; le centurion qui le gardait, étonné d'une telle mort, s'écrie qu'il est vraiment le Fils de Dieu; et les spectateurs s'en retournent frappant leur poitrine '*. Au troisième jour, il ressuscite ; il paraît aux siens qui l'avaient abandonné, et qui s'obstinaient à ne pas croire à sa résurrection. Ils le voient, ils lui parlent, ils le touchent ; ils sont convaincus. Pour confirmer la foi dé sa résurrection, il se montre à diverses fois et en diverses circonstances. Ses disciples le voient en particu-

1. Citoyens. Lex. —2. Dénonce. Lex. — 3. Joan., XIX, 30. — 4. « On ne

?ieut retenir son admiration: ce style haletant, ces phrases coupées, ces aits qui se suivent et se pressent, voilà un Bossuet nouveau et pathétique. » (Strowski.)

DISCOURS SUR l'histoire UNIVERSELLE 313

lier, et le voient aussi tous ensemble : il paraît une fois à plus de cinq cents hommes assemblés ^ Un apôtre, qui Ta écrit, assure que la plupart d'eux vivaient encore dans le temps qu'il l'écrivait. Jésus-Christ ressuscité donne à ses apôtres tout le temps qu'ils veulent pour le bien considérer ; et, après s'être mis entre leurs mains en toutes les manières qu'ils le souhaitent, en sorte qu'il ne puisse plus leur rester le moindre doute, il leur ordonne de porter témoignage de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont ouï et de ce qu'ils ont touché. Afin qu'on ne puisse douter de leur bonne foi, non plus que de leur persuasion, il les oblige à sceller leur témoignage de leur sang. Ainsi leur prédication est inébranlable; le fondement en est un fait positif, attesté unanimement par ceux qui l'ont vu. Leur sincérité est justifiée par la plus forte épreuve qu'on puisse imaginer, qui est celle des tourments, et de la mort même. Telles sont les instructions que reçurent les apôtres. Sur ce fondement, douze pêcheurs entreprennent de convertir le monde entier qu'ils voyaient si opposé aux lois qu'ils avaient à leur prescrire, et aux vérités qu'ils avaient à leur 2 annoncer. Ils ont ordre de commencer par Jérusalem ^ et de là de se répandre par toute la terre pour « instruire toutes les nations, et les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit * ». Jésus-Christ leur promet € d'être avec eux tous les jours jusqu'à la consommation des siècles », et assure par cette parole la perpétuelle durée du ministère ecclésiastique. Cela dit, il monte aux cieux, en leur présence.

Les promesses vont être accomplies : les prophéties vont avoir leur dernier éclaircissement. Les Gentils sont appelés à la connaissance de Dieu par les ordres de Jésus-Christ ressuscité; une nouvelle cérémonie est instituée pour la régénération du nouveau peuple ; et les fidèles apprennent que le vrai Dieu, le Dieu d'Israël, ce Dieu un et indivisible auquel ils sont consacrés par le baptême, est tout ensemble Père, Fils et Saint-Esprit.

l'i*' ^ ^^^'» ^^' 6- — 2. Leur se rapporte par syllepse à hommes dont lidee est enfermée dans le mot monde. Grammaire; Construction. — 3. Luc , XXVI. 47. — 4. Mallh., XXVIII, 19, 20.

Là donc nous sont proposées les profondeurs incompréhensibles de TÊtre divin, la grandeur ineffable de son unité, et les richesses infinies de cette nature plus féconde ncore au dedans qu'au dehors, capable de se communiuer sans division à trois personnes égales. Là sont expliqués les mystères qui étaient enveloppés comme scellés dans les anciennes Écritures.

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