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CHAPITRE IV

Les Romains

Nous sommes enfin ^ venus à ce grand empire qui a englouti tous les empires de Tunivers, d'où sont sortis les phjs grands royaumes du monde que nous habitons, dont nous respectons encore les lois, et que nous devons par conséquent mieux connaître que tous les autres empires. Vous entendez bien que je parle de l'Empire Romain. Vous en avez vu la longue et mémorable histoire dans toute sa suite; mais pour entendre parfaitement les causes de l'élévation de Rome, et celle des grands changements qui sont arrivés dans son état, considérez attentivement, avec les mœurs des Romains, les temps d'où dépendent tous les mouvements de ce vaste empire.

De tous les peuples du monde, le plus fier et le plus !iardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain.

De tout cela s'est formée la meilleure milice • et la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais.

1. C'est un soupir de soulagement: Rome est U patrie d'élection de Bossuet. — 2. Milice. Lex.

Le fond d'un Romain, pour ainsi parler, était Tamour de sa liberté et de sa patrie. Une de ces choses lui faisait aimer Fautre ; car, parce qu'il aimait sa liberté, il aimait aussi sa patrie comme une mère qui le nourrissait dans des sentiments également généreux et libres.

Sous ce nom de liberté, les Romains se figuraient, avec les Grecs, un État où personne ne fût sujet de la loi, et où la loi fût plus puissante que les hommes.

Au reste, quoique Rome fût née sous un gouvernement royal, elle avait même sous sé** rois une liberté qui ne convient guère à une monarchie réglée. Car, outre que les rois étaient électifs, et que l'élection s'en faisait par tout le peuple, c'était encore au peuple assemblé à confirmer les lois et à résoudre la paix ou la guerre. Il y avait même des cas particuliers où les rois déféraient au peuple le jugement souverain, témoin Tullus Hostilius qui, n'osant ni condamner ni absoudre Horace comblé tout ensemble et d'honneur pour avoir vaincu les Curiaces, et de honte pour avoir tué sa sœur, le fit juger par le peuple. Ainsi les rois n'avaient proprement que le commandement des armées, et l'autorité de convoquer les assemblées légitimes S d'y proposer les affaires, de maintenir les lois et d'exécuter les décrets publics.

Quand Servius TuUius conçut le dessein que vous avez vu de réduire Rome en république, il augmenta dans un peuple déjà si libre l'amour de la liberté ; et de là vous pouvez juger combien les Romains en furent jaloux quand ils l'eurent goûtée tout entière sous leurs consuls.

On frémit encore en voyant dans les histoires la triste lermeté du consul Brutus, lorsqu'il fit mourir à ses yeux ses deux enfants, qui s'étaient laissé entraîner aux sourdes pratiques que les Tarquins faisaient dans Rome pour y établir leur domination. Combien fut affermi dans l'amour de la liberté un peuple qui voyait ce consul sévère immoler à la liberté sa propre famille ! Il ne faut plus s'étonner, si on méprisa dans Rome les efforts des peuples voisins, qui entreprirent de rétablir les Tarquins. Ce fut en vain que le roi Porsenna les prit en sa protection.

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