‹ Œuvres choissiesChapitre 74 sur 232 · Sap , VII, 7, 3 et seq · texte numérisé non relu

Sap , VII, 7, 3 et seq

Histoire du livre. — Bossuet dit dans sa lettre à Innocent XI que, peur la philosophie, il avait distribué les questions de cette science en deux parties: il avait mis d'un côté celles qui sont résolues et ne laissent plus de doute ; de l'autre celles qui sont d'opinion et dont on dispute. Il enseignait les premières au Dauphin «< sérieusement et dans toute la certitude de leurs principes » et il se contentait, pour les autres, de les lui « rapporter historiquement ».

C'est pour remplir ce programme qu'il écrivit le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, avec plasieurs autres traités de logique et de morale. Il ne publia rien de sort vivant. La Morale est définitivement perdue; la Logique a été publiée en 18i28. Le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même ^t publié au dix-huitième siècle sous deux formes assez différentes : uÇe copie que Bossuet avait fait faire pour Fénelon et pour le duc de Bourgogne fut donnée en 17:22; en 1741, par les soins de Tévêqùe de Troyes, neveu de Bossuet, fut publiée une autre copie, qui, sans être de la main de Bossuet, était chargée de ses corrections. Ces deux éditions sont fort défectueuses. En 1846, une édition plus correcte a été publiée; elle était collationnée sur le manuscrit de Bossuet, aujourd'hui déposé à la Bibliothèque Nationale ; c'est cette édition qui a été suivie pour ces extraits.

Esprit du livre. — La philosophie de Bossuet n'est pas originale; elle n'apporte sur aucune question rien de nouveau; elle est faite de matériaux d'emprunt. Mais Tattitude de Bossuet en face des divers systèmes de philosophie est intéressante. Comme un grand nombre de prêtres de son temps, comme Bérulle en particulier, il est sympathique à Descartes ; il est cartésien d'esprit et de méthode ; on a pu même dire que son Traité est « un admirable manuel de la philosophie de Descartes ». Mais sur bien des points, Bossuet reste scolastique, parce qu'il voit dans la philosophie de saint Thomas le bon sens mis en système. Il cherche donc à concilier saint Thomas et Descartes *. Il a d'ailleurs d'autres maîtres : pour la psychologie, il suit Aristote qu'il a étudié dans saint Thomas et dans les leçons de Nicolas Cornet. Sa philosophie religieuse entièrement dominée par l'idée d'ordre est d'origine platonicienne ; c'est surtout dans saint Augustin que Bossuet a étudie Platon.

Tous ces matériaux empruntés, Bossuet les a faits siens, en les ordonnant, en les mettant dans une lumière nette, et en les animant d'un sentiment qui est bien à lui, le sentim^nt de la dignité de l'homme et de la grandeur de celte raison que Dieu a donnée a Ihomme.

1. Bossuet garda toujours une grande sympathie à Descartes, mais il ne voulut pas le reconnaître dans son disciple Malebranche. Il crut même à un moment que la philosophie cartésienne allait devenir une arme contre la religion. Le 21 mai 1687, il écrivait à M. d'AHemans, ami et admirateur de Malebranche, ces dures paroles : « Pour ne vous rien dissimuler, je vois .. un grand combat se préparer contre l'Eglise sous le nom de philosophie cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, a mon avis mal entendus, plus d'une hérésie; et je prévois que ies conséquences qu'on en tire contre les dogmes que nos pères ont tenus, la vont rendre odieuse, et feront perdre à l'Église tout le fruit qu'elle en pouvait espérer pour établir dans l'esprit des philosophes la divinité et l'immortalité de l'âme. » (Ed. Urbain-Levesque, t. III, p. 372.)

Analyse du livre. — « La sagesse consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même. La connaissance de nous-mêmes nous doit élever à la connaissance de Dieu. Pour bien connaître l'homme, il faut savoir qu'il est composé de deux parties, qui sont l'âme et le corps. » Tels sont les premiers mots du Traité : ils en contiennent le plan. La première parlie traite de l'âme et de ses opérations ; la seconde traite du corps : c'est un essai très incomplet d'anatomie et de physiologie ; la troisième partie traite de l'union de l'âme et du corps et de l'influence que l'âme et le corps exercent l'un sur l'autre. Dans la quatrième partie Bossuet étudie Dieu créateur de l'âme et du corps et auteur de leur union : c'est un essai de théodicée. Enfin, dans la dernière partie, Bossuet esquisse les principes d'une comparaison entre l'homme et l'animal.

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