Plaintifs. Lex. — 2. Voir lettre précédente
Je sais que la paix est le vrai temps d'accomplir parfaitement toutes ces choses ; mais, comme la nécessité de faire et de soutenir une grande guerre exige aussi qu'on s'applique à ménager les forces des peuples, je ne doute point, Sire, que Votre Majesté ne le fasse plus que jamais ; et que dans le prochain quartier d'hiver, aussi bien qu'en toute autre chose, on ne voie naître de vos soins et de votre compassion tous les biens que pourra permettre la condition des temps. C'est, Sire, ce que Dieu vous ordonne, et ce qu'il demande d'autant plus de vous qu'il vous a donné toutes les qualités, nécessaires pour exécuter un si beau dessein : pénétration, fermeté, bonté, douceur, autorité, patience, \Sgilance, assiduité, au travail. La gloire en soit à Dieu qui vous a donné tous ces dons, et qui vous en demandera compte. Vous avez toutes ces qualités, et jamais il n'y a eu règne où les peuples aient plus de droit d'espérer qu'ils seront heureux que sous le vôtre. Priez, Sire, ce grand Dieu qu'il vous fasse cette grâce, et que vous puissiez accomplir ce beau précepte de saint Paul, qui oblige les rois à faire vivre les peuples, autant qu'ils peuvent, doucement et paisiblement, en toute sainteté et chasteté.
Nous travaillerons cependant à mettre Monseigneur le Dauphin en état de vous succéder et de profiter de vos exemples. Nous le faisons souvent souvenir de la lettre si instructive que Votre Majesté lui a écrite*. Il la lit et relit avec celle qui a suivi, «i puissante pour imprimer dans son esprit les instruci^ns de la première. Il me semble qu'il s'efforce de bonîie foi d'en profiter ; et, en effet, je remarque quelque chose de plus sérieux dans sa conduite. Je prie Dieu sans relâche qu'il donne à Votre Majesté et à lui ses saintes bénédictions : et qu'il conserve votre santé dans ce temps étrange, qui nous donne tant d'inquiétudes. Dieu a tous les temps dans sa main, et s'en sert pour avancer et pour retarder, ainsi qu'il lui plaît, l'exécution des desseins des hommes. Il faut endurer en tout ses volontés saintes, et apprendre à le servir pour l'amour de lui-même.