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tice, avec une bonté et une douceur qui ne peuvent être assez estimées; et c'est dans ces choses que Dieu a renfermé la plus grande partie de vos devoirs, selon que nous rapprenons par cette parole de son Écriture : « La miséricorde et la justice garde le Roi, et son trône est affermi par la bonté et la clémence. » Vous devez donc considérer, Sire, que le trône que vous remplissez est à Dieu, que vous y tenez sa place, et que vous y devez régner selon ses lois. Les lois qu'il vous a données sont que, parmi vos sujets, votre puissance ne soit formidable qu'aux méchants, et que vos autres sujets puissent vivre en paix et en repos, en vous rendant obéissance. Vos peuples s'attendent, Sire, à vous voir pratiquer plus que jamais ces lois que l'Écriture vous donne. La haute profession que Votre Majesté a faite, de vouloir changer dans sa vie ce qui déplaisait à Dieu, les a remplis de consolation ; elle leur persuade que Votre Majesté se donnant à Dieu, se rendra plus que jamais attentive à l'obligation très étroite qu'il vous impose de veiller à leur misère, et c'est de là qu'ils espèrent le soulagement dont ils ont un besoin extrême.
Je n'ignore pas, Sire, combien il est difficile de leur donner ce soulagement au milieu d'une grande guerre, où vous êtes obligé à des dépenses si extraordinaires, et pour résister à vos ennemis et pour conserver vos alliés. Mais la guerre qui oblige Votre Majesté à de si grandes dépenses l'oblige en môme temps à ne pas accabler le peuple par qui seul elle les peut soutenir. Ainsi leur soulagement est autant nécessaire pour votre service que pour leur repos. Votre Majesté ne l'ignore pas; et pour lui dire sur ce fondement ce que je crois être de son obligation précise et indispensable, elle doit avant toutes choses s'appliquer à connaître à fond les misères des provinces, et surtout ce qu'elles ont à souffrir sans que Votre Majesté en profite, tant par les désordres des gens de guerre que par les frais qui se font à lever la taille, qui vont à des excès incroyables ^ Quoique Votre Majesté sache
1. La taille^ ou impôt direct, n'était pas levée par les agents du ro4, mais par les fermiers ijéniraux qui l'avaient prise à bail et qui souvent abusaient de leur autorité pour piller les provinces
bien sans doute combien en toutes choses il se commet d'injustices et de pilleries S ce qui soutient vos peuples, c'est, Sire, qu'ils ne peuvent se persuader que Votre Majesté sache tout; et ils espèrent que l'application qu'elle a fait paraître pour les choses de son salut l'obligera à approfondir une manière si nécessaire.
11 n'est pas possibleque de si grands maux, qui sont capables d'abîmer ^l'État, soient sans remède; autrement tout serait sans ressource. Mais ces remèdes ne se peuvent trouver qu'avec beaucoup de soin et de patience : car il est malaisé d'imaginer des expédients praticables, et ce n'est pas à moi à discourir sur ces choses. Mais ce que je sais très certainement, c'esl^^ue si Votre Majesté témoigne persévéramment ^ qu'ellbVeut la chose; si, malgré la difficulté qui se trouvera dans le détail, elle persiste invinciblement à vouloir qu'on cherche; si enfin elle fait sentir, comme elle le sait très bien faire, qu'elle ne veut point être trompée sur ce sujet et qu'elle ne se contentera que des choses solides et effectives : ceux à qui elle confie Texécution se plieront à ses volontés et tourneront tout leur esprit à la satisfaire dans la plus juste inclination qu'elle puisse jamais avoir.
Au reste, Votre Majesté, Sire, doit être persuadée que, quelque bonne intention que puissent avoir ceux qui la servent pour le soulagement de ses peuples, ^lle n'égalera jamais la vôtre. Les bons roissontles vrais pères des peuples; ils les aiment naturellement; leur gloire et leur intérêt le plus essentiel est de les conserver et de leur bien faire*, et les autres n'iront jamais en cela si avant qu'eux. C'est donc Votre Majesté qui, par la force invincible avec laquelle lelle voudra ce soulagement, fera naître un désir semblable er ceux qu'elle emploie : en ne se lassant point de chercher tt de pénétrer, elle verra sortir ce qui est inutile effectivement. La connaissance qu'elle a des affaires de son État, et son jugement exquis lui fera démêler ce qui sera solide et réel d'avec ce qui ne sera qu'apparent. Ainsi les maux de l'État seront en chemin de gué-
1. paieries. Lex. — 2. Abîmer. Lex. — 3. Persévérammtnt. Lex. — 4. Leur bien faire. Latinisme, u« benefacere.
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rir, et les ennemis qui n'espèrent qu*aux désordres que causera Timpuissance de vos peuples, se verront déchus de cette espérance. Si cela arrive, Sire, yaura-t-il jamais ni un prince plus heureux que vous, ni un règne plus glorieux que le vôtre?
Il est arrivé souvent qu'on a dit aux rois que les peuples sont plaintifs* naturellement, et qu'il n'est pas possible de les contenter, quoi qu'on fasse. Sans remonter bien loin dans l'histoire des siècles passés, le vôtre a vu Henri IV votre aïeul, qui par sa bonté ingénieuse et persévérante à chercher les remèdes des maux de l'État, avait trouvé le moyen de rendre les peuples heureux, et de leur faire sentir et avouer leur boiiheur. Aussi en était-il aimé jusqu'à la passion ; et dans le temps de sa mort on vit par tout le royaume et dans toutes les familles, je ne dis pas l'étonnement, l'horreur et l'indignation que devait inspirer un coup si soudain et si exécrable, mais une désolation pareille à celle que cause la perte d'un bon père à ses enfants. Il n'y a personne de nous qui ne se souvienne d avoir ouï souvent raconter ce gémissement universel à son père ou à son grand-père et qui n'ait encore le cœur attendri de ce qu'il a ouï réciter des bontés de ce grand roi envers lui. C'est ainsi qu'il avait gagné les cœurs ; et s'il avait ôté de sa vie la tache que Votre Majiesté vient d'effacer', sa gloire serait accomplie et on pourrait le proposer comme le modèle d'un roi parfait. Ce n'est point flatter Votre Majesté, que de lui dire qu'elle est née avecdepluf grandes qualités que lui. Oui, Sire, vous êtes né pour attirer de loin et de près Tamour et le respect de tous vos peuples. Vous devez vous proposer ce digne objet, de n'être redouté que des ennemis de l'État et de ceux qui font mal. Que tout le reste vous aime, mette en vous sa consolation et son espérance et reçoive de votre bonté le soulagement de ses maux. C'est là de toutes vos obligations celle qui est sans doute la plus essentielle ; et Votre Majesté me pardonnera si j'appuie tant sur ce sujet-là, qui est le plus important de tous.