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CHAPITRE II

LA FORMATION PAR L'APOSTOLAT BOSSUET A METZ (i652-16i>9)

§ I. — Bossuet et saint Vincent de Paul.

En 1652, Bossuet est ordonné prêtre, après avoir fait une retraite à Saint-Lazare, sous la direction de Vincent de Paul. J'anticiperai ici sur les événements afin de marquer en une seule fois tout ce qui se rapporte à Tinfluence de Vincent de Paul sur Bossuet.

Les relations. — Bossuet connut Vincent de Paul de très bonne heure, dès son entrée au collège de Navarre : Testamur Vlncenilum a Paulo ab ipsa adolescentia nobis fuisse nofum, dit-il lui-même dans sa lettre au pape Clément XI (2 août 1702). Il fut si frappé de l'accent apostolique du saint qu'il croyait, nous dit-il, en l'entendant, entendre parler Jésus-Christ luimême. En 1656, Bossuet, archidiacre de Metz, qui revenait fréquemment à Paris, est admis à la Conférence des mardis, assemblée des meilleurs ecclésiastiques de Paris qui se tenait le mardi à Saint-Lazare et avait pour but l'étude des disciplines religieuses et de la prédication. En 1658, il reçoit à Metz, pour une mission générale, les disciples de. saint Vincent et il prêche avec eux et comme eux. En 1659, il prêche à Saint-Lazare la retraite des ordinands, à la satisfaction de saint Vincent, qui le rappelle encore l'année d'après. Pendant les années 1659 et 1660, Bossuet résidant à Paris vit dans l'intimité de Vincent de Paul; il s'intéresse à ses œuvres et il donne des sermons de charité pour lui procurer des ressources.

Influence sur le prêtre.— Pendant ces huit années de relations intimes, le saint vieillard eut le temps d'exercer une action profonde sur le jeune prêtre. Sans doute, Bossuet a un tempérament autonome ; mais ayant rencontré, au moment de sa jeunesse

OÙ il orientait sa vie, un homme étonnant par le génie et parla sainteté, il se laisse diriger par lui.

Vincent de Paul le détache de la subtilité où l'avaient entraîné des habitudes de théologien. Il sera toute sa vie l'ennemi déterminé de ce qui n'est pas simple. On a pu même dire que cette absence totale de subtilité l'avait empêché de comprendre certaines nuances délicates du sentiment religieux, et qu'il avait été incapable de rendre justice à Fénelon et à Mme Guyon, comme saint Vincent avait été incapable d'entrer dans le caractère et dans l'âme de Saint-Cyran. Dans la direction spirituelle, il apporte le même esprit : les motsi familiers de Vincent de PauJ, « bonnement, rondement, simplement », reviennent constamment sous sa plume. On peut même citer des passages de ses lettres de direction qui ont été de saint Vincent avant d'être de lui, et qui expriment le fond de sa doctrine. «Je vous souhaite une vraie simplicité... Pour vos lectures, faites-les sans tant raffiner.,. Faites les prières vocales comme la lecture en grande simplicité... Je ne puis partir sans vous recommander de plus en plus la simplicité. Il en faut toujours revenir aux idées simples qui sont celles de l'Écriture... Je ne comprends plus rien aux directeurs; et à force de raffiner sur les goûts, sur les sensibilités, on met les âmes tellement à l'étroit qu'elles n'osent recevoir aucun don de Dieu. »

Simple comme saint Vincent, comme lui aussi Bossuet sera pratique. Sa vie est merveilleuse d'activité inlassable; cet homme n'a pas dit un mot, n'a pas écrit une ligne qui ne soit un acte. Si, dans sa jeunesse, il a donné quelque attention aux œuvres d'art, aussitôt après son ordination il s'en éloigne et il ne s'attarde plus à prêter une heure è ces « futilités », parce que la vie est courte et que nous n'avons pas de temps à perdre. Il ne sacrifie jamais à la spéculation pure et il en vient même à condamner, dans le Traité de la concupiscence, l'histoire, les belles-lettres et la philosophie, parce qu'elles sont le fruit de la curiosité et ne servent de rien dans la pratique. Il semble faire ici écho à saint Vincent qui, dans ses conférences de Saint-Lazare, mettait ses disciples en garde contre la tentation de faire des livres.

Simple et pratique comme Vincent de Paul, Bossuet sera comme lui tourné vers le peuple et préoccupé du peuple. Je sais bien qu'on a dit le contraire. Et, sans doute, Bossuet descendant d'une famille de magistrats, Bossuet prélat de cour, comme le lui reprochait Jurieu, Bossuet ne connaît pas le peuple aussi bien que saint Vincent. Mais, lorsqu'il a vu de près les oeuvres charitables de Saint-Laxare, lorsqu'il a entendu son maître répéter chaque jour que le plus grand honneur que Dieu

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