‹ Œuvres choissiesChapitre 10 sur 232 · BOSSUET ET SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

BOSSUET ET SAINT VINCENT DE PAUL

puisse faire à un homme c'estde l'appeler à servir les pauvres, lorsqu'il a vu le saint donner chaque jour à la table de sa communauté la place d'honneur à deux mendiants, il en g«\rde pour toute sa vie une impression profonde et il se fait l'avocat de ceux qui soulïrent. Devant la cour, devant les Grands, si tiers de leur naissance, il ose porter la grande idée de son maître et parler de léminenle dignité des pauvres dans l'Église de Jésus- Christ^. Il revient constamment sur cette idée. On peut Jire que, de 1657 à 1663 notamment, il ne monte pas uns seule fois en chaire sans parler des pauvres. Un jour même, Bossuet ose plus : dans le sermon sur le Mauvais Riche^, il fait entendre au roi et aux courtisans les cris des pauvres qui meurent de faim à la porte du Louvre, et il leur déclare qu'ils sont coupables de leur mort.

Influence sur le prédicateur. — On n'a pas assez marqué l'importance de Vincent de Paul dans l'histoire de la prédication. 11 a réagi fortement contre l'érudition pédantesque, contre l'abus de l'esprit et contre la grandiloquence. Son influence sur Bossuet est remarquable.

Les premiers sermons de Bossuet sont pleins de discussions abstraites qui sentent l'argumentation de collège. Il y a trop d'emphase, trop de théologie, trop d'érudition. On veiTa plus loin quelques extraits où ces défauts apparaissent -^ Sans doute, ces défauts se seraient atténués avec le temps ; mais Bossuet était porté à la « majesté romaine », la mode Hait à rélégance solennelle, et il était à craindre qu'il n'arrivât, pour sa prédication de chaque jour, au ton de l'oraison funèbre.

Vincent de Paul contribua plus que tout autre à le diriger vers la simplicité. La méthode de Saint-Lazare, que V'ncent de Paul appelait la petite méthode, consiste à prêcher uniquement Jésus-Christ et son Évangile, et à prêcher avec son cœur. Aux conférences des mardis, Bossuet se pénètre de cette méthode, il l'applique à Saint-Lazare dans ses conférences aux ordinands, et, dans le Panégyrique de saint Paul *, il fait profession publique de la suivre.

La nécessité de plaire à des auditoires raffinés et aussi la force d'un génie porté à « l'éloquence » arrachèrent Bossuet à cette simplicité exagérée ; mais ce ne fut pas sans tâtonnements et sans hésitations. Le carême des Minimes (1660) porte la trace de ces hésitations. On y relève maintes contradictions. Bossuet cite les auteurs païens et s'en excuse; tantôt il s'emporte jusqu'à l'emphase, tantôt il descend jusqu'à la trivialité.

1. Voir plus loin, p. 62. — 2. Voir plus loin, p. 121. — 3.- Voir plus 3in, p. 35. — 4. Voir p. 46.

Il cherche sa voie et il la trouvera. Gardant de Saint-Lazare la simplicité du plan et des idées, il saura vêtir et orner cette nudité évangélique, et, pour employer une expression qu'il aimait, il trouvera le juste tempérament de la nature et de réloquence.

§ IL — Bossuet à Metz. — i. Son action.

La formation de Bossuet n'est pas encore complète. Il lui reste à prendre contact avec la réalité.

Quelques mois après son ordination, il vint résider à Metz avec le titre d'archidiacre de Sarrebourg. Deux ans après, en 1654, il était nommé archidiacre de Metz.

Pour un homme qui débute dans l'apostolat, Metz offrait un terrain particulièrement difficile.

Juifs et protesianis, — La viWe était pleine de juifs et de protestants. Les juifs y avaient droit de cité et y étaient protégés par le pouvoir royal. Bossuet, dans ses relations avec eux, montra un grand esprit de douceur. Il les étudia de près et il fut amené par eux à réfléchir sur le fait juif : l'existence de ce peuple, dispersé à travers le monde depuis la mort de Jésus-Christ, lui parut être un argument apologétique de premier ordre.

Les protestants étaient à Metz plus nombreux et plus puissants que les juifs. Ils avaient la fortune, le commerce et les grandes situations. Bossuet lutte contre leur influence, mais il lutte avec loyauté ; il les respecte et il les estime. Cette attitude, qui contraste avec celle de la plupart des catholiques éminents de répoque, lui a été inspirée, je n'hésite pas à l'affirnoer, par saint Vincent de Paul. Ce respect des convictions religieuses des protestants, de la conscience des hommes d'honneur de la religion réformée, est un des traits les plus frappants et les plus originaux de la correspondance de Vincent de Paul avec ses missionnaires. Sur ce point, le disciple imitait le maître.

Un ministre de Metz, homme fort sensé et très honorable, publie en 1C55 un Catéchisme de sa foi, Bossuet prend la plume et écrit, la même année, la Réfutation du catéchisme de Paul Ferri, C'est le premier contact de Bossuet controversiste avec les protestants; nous verrons plus loin les principes, les idées directrices de cette controverse, qui fut la grande afl*aire de sa vie; contentons-nous ici de lire quelques pages de son premier traité : le ton en est conciliant, les idées claires, la langue sobre et forte. Voici un extrait de Tavertissement et un passage de la conclusion;

REFVTATION

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