‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 20 sur 75 · LA COMTESSE DE COISLIN · texte numérisé non relu

LA COMTESSE DE COISLIN

Lorsque Vénus, pour un berger, Descend du ciel dans un verger , Sur des fleurs , sous un simple habit ,

Un air lui reste ,

Un rien céleste

Qui la trahit.

Telle est, orgueilleuse Chloé,

L'image de votre beauté,

De vos traits pleins de volupté

Et de noblesse ,

Pleins de finesse

Et de fierté.

Nouvel amant vient chaque jour Vous offrir un nouvel amour :

Ceux de la veille ont beau gémir,

Qui vous adore

Revient encore

En voulant fuir.

Vos airs moqueurs, Et vos langueurs, Tour-à-tour agitent les cœurs;

C'est un propos, c'est un regard.

Chez les coquettes, Ce que vous faites, Est un grand art.

Nos belles tremblent au moment Où vous regardez leur amant.

De votre voix on craint le son.

La jeune épouse

Devient jalouse

A votre nom.

Nos étourdis, nos jeunes fous, Volent sans cesse autour de vous :

Et ce Caton

Qui, nous dit-on,

Chez vous s'oublie,

Prend sa folie

Pour la raison.

A MADAME D***

Sur ces monts toujours glacés, Dans ces vallons enfoncés, Où loreille est étourdie Par la chute des torrents, Que fais-tu , jeune Lydie ? Tu ris de vingt soupirants.

Ils te disent que la neige Des montagnes de Barrège

Est moins blanche que ton sein Que ta gaîté, tes caprices Ont fait un lieu de délices D'un lieu maudit du destin.

Ton humeur libre et volage Leur offre un espoir trompeur Mais l'imprudent qui s'engage Sur la foi d'un badinage, Pleure bientôt son erreur.

Bientôt on l'entend maudire Tes regards et ton sourire; Mais de sa vaine fureur Les Grâces ne font que rire, Et l'Amour s'en fait un jeu; Dieu cruel , qu'on représente Aiguisant des traits de feu Sur une pierre sanglante.

O cent fois infortuné Qui, par l'espoir amené , N'a vu de toi que tes charmes !

Hélas ! à combien de larmes L'imprudent est destiné !

Pour moi , battu de l'orage , Las des maux que j'ai soufferts , Les débris de mon naufrage Sont offerts sur le rivage Au terrible dieu des mers.

A MADAME DE ***

L'Évangile, la fable , en leçons si féconde,

De mille vérités éternel fondement , Accusent un sexe charmant

D'avoir causé les maux qui désolent le monde. C'est votre curiosité , Si j'en crois la métamorphose ; Et Moïse en trouve la cause

Dans votre ambition , dans votre vanité.

A qui des deux devons-nous croire ?

Leur double autorité balance notre foi :

Chacun d'eux eut long-temps la gloire D'avoir de grands peuples pour soi.

Mais , comment concevoir que le courroux céleste Vous punisse de ces défauts ?

Vous n'eussiez point cueilli cette pomme funeste 7

Vous n'eussiez point ouvert la boîte de nos maux.

Rien n'altère dans vous les charmes qu'on adore ;

Vous en avez l'éclat et non la vanité ;

Tous les dons séduisants qu'avait reçus Pandore , Et non sa curiosité.

De l'une ou l'autre allégorie ,

Suivez, à votre gré, les systèmes rivaux; Mais vous seule, belle Sophie , Vous seule faites , de ma vie , Tous les plaisirs et tous les maux.

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