‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 36 sur 75 · L'A-PROPOS · texte numérisé non relu

L'A-PROPOS

Cet infatigable vieillard ,

Qui toujours vient, qui toujours part, Qu'on appelle sans cesse , en craignant ses outrages. Qui mûrit la raison, achève la beauté, Et que suivent en foule , à pas précipités , Les heures et les jours , et les ans et les âges ; Le temps qui rajeunit sans cesse l'univers , Et de l'immensité parcourant les espaces, Détruit et reproduit tous les mondes divers, Un jour, d'un vol léger, suspendu dans les airs, Aperçut Aglaé, la plus jeune des grâces. Son cortège nombreux fut prompt à s'écarter; Le dieu descendit seul vers la jeune immortelle : Ainsi l'on voit encore, à l'aspect d'une belle, Les heures , les jours fuir, et le temps s'arrêter. Il parut s'embellir par le désir de plaire,

Et sans doute, le dieu du temps Sut préparer, sut choisir les instants,

Ceux de parler, ceux de se taire; Enfin } il fut heureux, malgré ses cheveux blancs. Un autre dieu naquit de ce tendre mystère ;

Cherchez la troupe des amours,

La plus leste , la plus gentille ,

Vous l'y rencontrerez toujours,

C'est un enfant de la famille.

4o8 CONTES.

Le don déplaire promptement, Les rapides succès , les succès du moment,

Forment sur-tout son apanage ;

Il est le dieu des courtisans , Et la faveur des cours est encor son ouvrage, Même quand elle vient par les soins et les ans.

Il donne de la vogue aux sages ,

Quelquefois de l'esprit aux sots, Le bonheur aux amants , la victoire aux héros. On ne le voit jamais revenir sur ses traces ; 11 fuit comme le temps; il plaît comme les grâce?

Et c'est le dieu de l'à-propos.

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