‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 47 sur 75 · LA GENEVOISE · texte numérisé non relu

LA GENEVOISE

Des Genevois le sacré consistoire

Prend soin des mœurs et de la chasteté.

Dans les remparts de leur sainte cité,

Tout ce qu'on fait tient à ce qu'on doit croire.

Un mot , un geste , et vous voilà cité ,

Vous et la dame ; et pour une gaîté,

On admoneste , on enferme, on exile ;

O ! je n'irai jamais dans cette ville.

Or , il advint qu'un jeune citoyen

Rendit fragile une fille de bien.

Cinq mois après , grossesse de paraître , .

Bruit d'en courir, et gens d'être ébahis :

C'était la fleur des vierges du pays ;

C'éiait un ange. Il fallut comparaître

Au consistoire. On l'y mande ; un vieux prêtre ,

En la fixant , lui dît : « Fille , écoutez.

» Qui vous a fait l'enfant que vous portez? »

Sans trop de peur , et sans trop d'assurance ,

Levant les yeux, faisant la révérence,

Elle répond , d'une modeste voix :

« Le Saint-Esprit. » Tous nos bons Genevois

S'agenouillaient, quand, d'un ton plus austère,

Le prêtre dit : « Laissez-la ce mystère ,

» Ce n'est pas nous qu'on attrape deux fois. »

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