‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 69 sur 75 · QUATRAIN · texte numérisé non relu

QUATRAIN

Sur des tourterelles que Monsieur et Madame de *** nourrissaient dans leur maison de campagne.

Colombes tendres et fidèles, De vos amours l'asile est bien choisi ; Et l'on ne sait si vous êtes ici

Les écoliers ou les modèles.

Dans un bal masqué , à Bordeaux , le maréchal de Richelieu , que Rulhière avait beaucoup badiné , lui ayant demandé qui il était ; Rulhière lui répondit par cet impromptu :

Tu voudrais connaître mes traits Et les sentiments de mon âme :

Si je t'aime, je suis Français; Si je te crains, je suis Anglais ; Si je t'adore , je suis Femme (i)«

(i) VARIANTE.

Quoique sous ce déguisement, Tu peux me connaître aisément Aux seuls sentiments de mon âme:

Si je te crains, je suis Anglais; Si je t'aime, je suis Français; Si je t'adore, je suis Femme.

Mademoiselle Diane de la Vaupalière, ayant, à Fâge de sept ans , battu le buste de Socratc, dans le jardin de Rulhière , il fit, en son nom, les vers suivants :

Quoi ! j'ai battu Socrate, et mon bras n'est pas mort ! O jeunesse ignorante ! eh! savais je qu'un sage , Sous ce marbre caché, méritait mon hommage ?

N'importe; j'ai frappé pour expier mon tort,

Renais, homme divin; à ces traits joins ton àme , Et tu verras bientôt Diane à tes genoux , Solliciter l'honneur de s'appeler ta femme , Et , mieux que la première , adorer son époux.

Madame de Pi*** envoya à M. de B*** une boîte d'acier artistement travaillée , sur laquelle il y avait un B et une S, ce qui composait le chiffre de madame de S*** et celui de M. de B*** , qui , en l'ouvrant , trouva ces vers , composés par M. Piulhière.

Le temps aura brisé ce métal inflexible,

Où règne l'adresse de l'art, Que mon âme pour toi, sans détour et sans fard, Vu plaisir <!«• tanner sera toujours sensible.

J'ai su le rendre précieux

Ce monument de ma tendresse ; Il te parle d'amour ; le nom de ta maîtresse

Y fixera souvent tes yeux.

Un chiffre que ton cœur adore,

Sans cesse te rappellera Ces instants , ces plaisirs que tu crois qu'on ignore ,

Et sans cesse il rallumera

Mille désirs nouveaux encore ,

Que ta maîtresse me devra.

Ton amitié me devine peut-être , A ne point me chercher je voudrais t'engager ;

Songe qu'il est plus d'un danger

Dans le plaisir de me connaître.

Page 1