QUATRAIN
Sur des tourterelles que Monsieur et Madame de *** nourrissaient dans leur maison de campagne.
Colombes tendres et fidèles, De vos amours l'asile est bien choisi ; Et l'on ne sait si vous êtes ici
Les écoliers ou les modèles.
Dans un bal masqué , à Bordeaux , le maréchal de Richelieu , que Rulhière avait beaucoup badiné , lui ayant demandé qui il était ; Rulhière lui répondit par cet impromptu :
Tu voudrais connaître mes traits Et les sentiments de mon âme :
Si je t'aime, je suis Français; Si je te crains, je suis Anglais ; Si je t'adore , je suis Femme (i)«
(i) VARIANTE.
Quoique sous ce déguisement, Tu peux me connaître aisément Aux seuls sentiments de mon âme:
Si je te crains, je suis Anglais; Si je t'aime, je suis Français; Si je t'adore, je suis Femme.
Mademoiselle Diane de la Vaupalière, ayant, à Fâge de sept ans , battu le buste de Socratc, dans le jardin de Rulhière , il fit, en son nom, les vers suivants :
Quoi ! j'ai battu Socrate, et mon bras n'est pas mort ! O jeunesse ignorante ! eh! savais je qu'un sage , Sous ce marbre caché, méritait mon hommage ?
N'importe; j'ai frappé pour expier mon tort,
Renais, homme divin; à ces traits joins ton àme , Et tu verras bientôt Diane à tes genoux , Solliciter l'honneur de s'appeler ta femme , Et , mieux que la première , adorer son époux.
Madame de Pi*** envoya à M. de B*** une boîte d'acier artistement travaillée , sur laquelle il y avait un B et une S, ce qui composait le chiffre de madame de S*** et celui de M. de B*** , qui , en l'ouvrant , trouva ces vers , composés par M. Piulhière.
Le temps aura brisé ce métal inflexible,
Où règne l'adresse de l'art, Que mon âme pour toi, sans détour et sans fard, Vu plaisir <!«• tanner sera toujours sensible.
J'ai su le rendre précieux
Ce monument de ma tendresse ; Il te parle d'amour ; le nom de ta maîtresse
Y fixera souvent tes yeux.
Un chiffre que ton cœur adore,
Sans cesse te rappellera Ces instants , ces plaisirs que tu crois qu'on ignore ,
Et sans cesse il rallumera
Mille désirs nouveaux encore ,
Que ta maîtresse me devra.
Ton amitié me devine peut-être , A ne point me chercher je voudrais t'engager ;
Songe qu'il est plus d'un danger
Dans le plaisir de me connaître.