CHANSON
Faite au nom d'un vieillard qui épousait une jeune femme (i).
Bon soir, ma jeune et belle amie , Il est minuit , séparons-nous.
Je suis si vieux , vous si jolie :
Ce n'est pas l'instant d'être époux.
A minuit , cachez-moi vos charmes ; Je craindrais d'outrager l'amour.
Depuis que j'ai perdu ses armes , Mon bonheur fuit avec le jour.
A mon âge , avec un cœur tendre , Si l'on peut encor bien rêver , Puisse un heureux songe me rendre Le bien dont je dois me priver !
Demain , vous revoyant plus belle , Et me rappelant mon erreur, Je me dirai : c'était bien elle , Et j'ai connu le vrai bonheur.
O vous , ma femme et mon amie, Que je ne puis assez chérir, Il faut , dans l'hiver de la vie , Il faut ou rêver ou mourir.
(1) Communiquée, ainsi que quelques autres pièces, par M. Auguste de la Bouisse.
A MADAME M
Quoi! j'aurais pu vous offenser?
J'en gémis, je pleure, je tremble;
Hélas ! je devais bien penser Que les Grâces, l'Amour, tout ce qui leur ressemble,
Sont très-faciles à blesser.
Un jour ce dieu, coucbé sur des feuilles de rose,
Se réveille en faisant un cri :
Tout l'univers en sait la cause,
C'est qu'une feuille avait un pli.
Vous avez , 6 vous que j'implore , Sa beauté, sa malice et son air de douceur ;
Souffrez que je compare encore
Votre colère à sa douleur.