Oeuvres
'aime peu l'association de plusieurs ' auteurs pour la composition d'un ' seul ouvrage : outre tous les autres .inconvénients attachés au travail commun , il manque toujours à ce gem"e de productions (quelque mérite qu'elles puissent avoir d'ailleurs) ce charme de l'individualité de l'auteur se reflétant toute vivante dans le livre , et ce prestige qu'apporte toujours au livre le nom déjà plus ou moins heureusement connu de l'auteur. Chose singulière ! jamais le dogme de l'individualité de l'écrivain n'a été l'objet d'un culte plus particulier que de notre temps, et jamais l'on n'a vu plus d'hommes de lettres s'associer pour concourir à la même œuvre. Il est vrai que cela n'a lieu généralement que pour la composition d'œuvres dramatiques , et que nos joyeux et spirituels vaudevillistes n'attachent pas beaucoup de prix à fanatiser leslec-
6 Notice.
teurs en leur propre et privé nom . J'ajouterai, de plus, que rinconvénient dont je parle est un peu moins sensible dans les pièces de théâtre qu'ailleurs , les personnages du drame devant seuls préoccuper le spectateur et absorber l'auteur lui-même. Cependant, rentré dans mon cabinet, lorsque je m'arrête à un trait de mœurs bien senti, j'aime assez à savoir s'il est de Brueys ou de Palaprat; si je suis frappé de la verve entraînante d'un brillant morceau de poésie, je serois bienaise qu'il fût signé du seul nom de Méry ou de Barthélémy. Enfin , j'ai toujours désiré me voir fixer, une fois pour toutes , sur la question de savoir si le délicieux madrigal :
Sous ce berceau qu'amour exprès Fit pour toucher quelque inhumaine,
est décidément l'ouvrage de Chapelle ou bien celui de Bachaumont.
Après cette sorte de profession de foi contre les associations littéraires , je suis obligé de convenir (et , en ma quahté d'éditeur, cela me coûtera peu) que l'association de Chapelle et de Bachaumont est une de celles qui dévoient le plus naturellement se former. En effet, la relation d'un A'oyage de peu de durée , ou plutôt d'une partie de plaisir faite en courant, est une véritable/)<Vce à tiroir, dans laquelle les scènes se
Notice. *j
suivent, mais changent à chaque instant d'objet. Rien n'étoit plus propre a dispenser de Vanité qu\uie œuvre de cette nature , et il est même probable que deux esprits aimables et vai'iés ont mieux réussi dans l'exécution de cet ouvrage que n'eut pu le faire , seul , le plus habile des deux.
Continuons donc d'accepter, dans son ensemble , comme il est accepté en littérature depuis près de deux cents ans , cet être complexe qu'on appelle Chapelle et Bachaumont, Tel qu'il est aiTivé jusqu'à nous , avec ses qualités et ses imperfections , il a pris son rang , et un rang qui a sa valeur, parmi les écrivains françois; aussi devoit-il être admis, un des premiers , dans cette suite de publications destinée à renfermer une certaine classe des richesses de notre langue. Seulement, faisons-lui avec sympathie , mais dans une mesure convenable , la part qui lui appartient en fait de préliminaires. Certes , il falloit compter sur une résignation des lecteurs qui n'est plus de ce temps-ci, pour écrire , ainsi qu'on l'a fait vers le milieu du siècle dernier, environ quatre-vingts pages, petit texte, de mémoires sur la vie de Chapelle, et presque autant de notes explicatives. D'autres , peut-être , ne lui ont pas fait pleine justice à cet égard. Evidemment la vie de Chapelle et celle de Bachaumont réunies ne con-
8 Notice.
tiennent pas les éléments d'une biographie étendue ; leurs œuvres , d'un autre côté , ne fourniroicnt point la matière d'un gi'and travail bibliographique. Mais ici l'un peut aider à l'autre. La personnalité des deux auteurs se confond avec leur principal ouvrage. Parler de l'ouvrage , ce sera parler des auteurs. Cela ne m'empêchera nullement de leur réserver leur contingent de biographie spéciale. Mais , comme personne n'attend de moi rien de bien nouveau sur Chapelle , et que j'annonce ici , au contraire , une nouvelle édition de ses œuvres , les lecteurs trouveront assez raisonnable que je commence par ce dernier point.
Le principal éditeur, jusqu'à ce jour, de Chapelle et de Bachaumont, Lcfèvre de Saint- Marc , a placé à la fin de son volume, publié en 1755 , la note suivante :
« L'édition de 1782 diffère, en beaucoup » d'endroits , de toutes les autres , mais elle est )) venue trop tard à ma connoissance pour que » j'en fisse tout l'usage que j'aurois pu. J'aver- )) tis seulement ici qu'on ne doit point réimpri- » mer le Voyage sans consulter cette édition , » dont quelques leçons sont préférables aux an- » ciennes , et même à celles du texte de M. de » La Monnoye, que j'ai suivi.»
Admirons, avant tout, cette conscience antique, qui, lorsqu'un homme n'a rien négligé
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pour arriver à la perfection dans un ouvrage quelconque (et, en vérité , Saint-Marc s'en est approché d'assez près) , le porte à frapper son œuvre d'une défaveur peut-être sans remède , en disant au public, à cet exigeant public: « Mon Dieu ! je pouvois faire bien mieux que cela ; les moyens en existoient , mais je les ai découverts trop tard ; vous , mes successeurs , voilà où vous trouverez ce qui suffira pour me dépasser de beaucoup : ne manquez pas d'y recourir. » C'est ainsi qu'on traitoit autrefois (quand on avoit la loyauté de Saint-Marc) l'auteur qu'on avoit adopté. Assurément, tel éditeur qui voit tous les jours élever jusqu'aux nues sa savante exactitude lira bien d'une bonne foi aussi candide , et non probablement sans garder un sourire à ma candide admiration.
Quoi qu'il en soit , il étoit permis de penser qu'à partir de l'édition de Saint-Marc, ceux qui le suivroient dans cette route tiendroient quelque compte de son acte de contrition , profiteroient d'un avis si désintéressé. Cependant qu'est-il advenu ? Depuis 1765, l'on a réimprimé à l'infini le Voyage de Chapelle, et, dans toutes les éditions qui m'ont passé sous les yeux, je n'ai retrouvé que le texte de La Monnoye , suivi , en général , par Saint-Marc , ou celui do Saint-Marc lui-même. En 1826, un des litté-
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rateurs les plus distingués de notre temps , Charles Nodier, prend part à la jolie collection dite des Petits Classiques , et y place naturellement le Voyage de Chapelle et de Bachaumont. Il fait , comme à son ordinaire , une charmante notice , cite un bon nombre des éditeurs qui ont précédé , touche un mot de la note de Saint-Marc, et livre le reste aux imprimeurs, qui suivent le texte de La Monnoye et ne prennent pas une virgule dans l'édition de 1782; une ou deux rencontres avec celte édition tenant probablement à de simples hasards. L'année d'après on veut faire un Chapelle in-8°, suivi de quelques voyages du même genre ; on v joint le portrait des deux amis , dessinés gracieusement dans le même médaillon par Desenne, et l'on annonce que c'est là une réimpression de Saint-Marc. Pour le coup , je crois tenir une édition parfaite ; je trouve , en effet , la note à la place qu'elle occupe dans l'édition de 1755 ; j'en retrouve aussi deux ou trois autres où Saint-Marc a reproduit ses regrets; mais tous ces avertissements de l'ancien éditeur, si scrupuleusement conservés , restent comme non avenus. Sans égard pour la singularité d'un pareil rapprochement, Saint-Marc est suivi dans toutes les erreurs qu'il s'afflige de n'avoir pas pu éviter ; et voilà comment souvent des erreurs bien autrement importan-
Notice. ii
tes se perpétuent par rincurie de ceux qui auroient pu le plus facilemeat les rectifier.
Je cède peut-être un peu tiop à une disposition qu'on reproche assez généralement aux éditeurs, en faisant ressortir les défauts de ceux qui ont pris part, jusqu'ici, aux réimpressions de Chapelle; mais, en vérité, c'est là surtout l'effet du désappointement d'un amateur de livres, mécontent de n'avoir pu placer sur ses rayons que des éditions imparfaites , lorsque l'attention la plus ordinaire, le plus léger sentiment des obligations d'un homme qui travaille pour le public éclairé , suffisoient pour faire du premier venu , parmi ceux qui s'occupent de la matière, un éditeur plus méritant que celui qui vous parle ici.
Mais il est temps de dire quelque chose de ce qui doit faire prendre au sérieux la note que j'ai citée en commençant.
Bien que d'abord je me fusse fort émerveillé de l'extrême bonne foi de Saint-Marc, lorsque j'eus pris une connoissance détaillée de l'édition de 1732 , je trouvai qu'il avoit été bien froid, qu'il avoit dit trop peu , en se bornant à recommander aux éditeurs futiu's de ne pas manquer de consulter cette édition avant toute chose. En effet j'ai du , en définitive , m'arrêter à la pensée que , si un nouvel éditeur n'a rien de mieux à faire que de prendre pour type gêné-
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rai la composition , la forme de l'cdilion de Saint-Marc, c est le texte entier de celle de 1 732 qu'il doit , à très peu d'exceptions près , suivre avec exactitude. Ses variantes, a dit, comme en courant , Charles Nodier, sont un peu dénuées d'autorité. S'il entend par là qu'elles ne présentent pas les garanties d'un éditeur aussi connu que Saint-Marc ou La Monnoye , outre que Saint-Marc , par sa note , leur a donné de son autorité personnelle tout ce qu'il pouvoit leur donner , qu'on me dise où se trouve , en l'absence d'un manuscrit original , la véritable autorité , sinon dans un choix intelligent fait entre les leçons des plus anciennes, des meilleures éditions, et accepté par le bon sens.
Si c'est précisément de ce dernier genre d'autorité qu'a voulu parler Charles Nodier, de l'autorité d'un sens déterminant, d'un sens qui saisit de prime abord le lectem' , assurément l'édition de 1782 ne le cède à aucune autre. L'envisageant d'abord dans son ensemble, je me sens de la confiance pour une édition qui se présente sans aucun fracas, sans un éditeur de renom tout hérissé de subtilités bibliographiques, une édition dont on vous dit avec simplicité qu'elle a été corrigée sur un manuscrit qui a probablement appartenu à un ami de Chapelle , sans que rien vienne certifier, mais sans que rien vienne contredire cette assertion. Lorsque en-
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suite, examinant les corrections, j'y trouve non pas de ces termes qui indiquent un littérateur contemporain corrigeant arbitrairement un écrivain tant soit peu vieilli , mais plus généralement , au contraire , un retour aux formes de langage connues pour être usitées par Tauteur, et qu'enfin le bon sens vient donner la dernière autorité à ces corrections , cela me semble devoir déterminer une préférence absolue , et je ne vois pas, en effet , ce qu'on pourroit demander de plus quand il ne s'agit , comme je l'ai dit , que de faire un choix parmi différentes leçons dont aucune n'est appuyée par un manusci'it autographe, la seule grande autorité devant laquelle tout doive céder.
Venons à quelques citations.
Je laisse de côté un grand nombre de mots et de memibres de phrases séparés oii toutes les conditions que je viens d'indiquer sont en faveur de l'édition de 1732.
Je ne dis rien non plus de l'omission de quelques vers isolés dans celle de lySS , parceque ces fautes appartiennent à cette édition ellemême , et qu'on retrouve les vers oubliés dans le texte de La Monnoye, que Saint-Marc avoit suivi.
Mais je rapporterai deux ou trois passages où manquent , dans toutes les éditions , tantôt des vers entiers, tantôt telle disposition de
i4 Notice.
mots dont l'absence altère le sens lui-même, et sur lesquels l'éditiou de 1782 donne pleine satisfaction.
Il s'agit d'abord de l'apparition du dieu d'un petit ruisseau du pied des Pyrénées, qui vient expliquer à nos deux voyageurs , assis sur ses bords , les mystères du flux et reflux , notamment dans la Garonne.
Dans l'édition de Saint-Marc et dans le texte de La Mounoyc, le dieu leui" dit :
Car tous les dits et les redits De ces vieux conteurs de jadis Ne sont que contes d'Amadis.
On trouve dans l'édition de 1732 :
Car tous les dits et les redits De ces vieux conteurs que jadis On crut avoir tant de lumières Ne sont que contes d'Amadis.
11 n'est, certes, besoin d'aucune autorité proprement dite pour légitimer ce vers :
On crut avoir tant de lumières ,
ainsi que la rédaction qui l'amène, et le bon sens le plus ordinaire suffit seul , assurément , pour montrer que ce vers-là ne manque ailleurs que par une omission fautive.
Nulle nécessité de rime ,. ni même de sens , à rigoureusement parler, ne rendoit ce vers indispensable. Dans ceux qui suivent, trois ou
Notice. i5
quatre sont terminés en ières, et, par conséquent , aucun éditeur n'a été conduit à le tirer forcément de son cru, comme le fait Saint- Marc un peu plus loin. Ainsi ce vers, qui non seulement se trouve là sans que son absence eût pu être remarquée de personne , mais qui rend la période beaucoup plus naturelle et beaucoup plus complète, avoit été omis par les éditeurs précédents ; cela me paroît constaté.
La fiction continue : Chapelle, en élève manqué de Gassendi , voulant faire un peu de poésie scientifique , se fait raconter par le dieu comment la Garonne , renforcée de tous ses affluents , offense , par son outrecuidance , Neptune , qui la repousse avec indignation et la fait refluer
Plus de six heures en arrière.
Je commence par le bon texte. Cela est ainsi exprimé dans l'édition de 1782 :
La Garonne
Sembla le vouloir offenser, Car d'une orgueilleuse manière Deux fois Neptune elle pressa, Qui , comme il a l'humeur altière , Amèrement s'en courrouça, Et d'une mine froide et fière Deux fois si loin la repoussa , Que cette insolente rivière
i6 Notice.
Toutes les deux fois rebroussa Plus de six heures en arrière.
Voilà bien le flux et reflux. C'est du fatras, assurément, que fait là le pauvre Chapelle; mais, fatras pour fatras , encore vaut-il mieux le fatras qui est évidemment de l'auteur, et qui, bien ou mal , explique quelque chose , que le fatras sur lequel ont renchéri les éditeurs , et qui n'explique absolument rien.
Or je ne reproduirai pas ici le texte de La Monnoye , de Saint-Marc et des autres ; je me bornerai à remarquer que chez aucun d'eux ne se lit ce vers , d'un sens si précis et si nécessaire :
Deux fois Neptune elle pressa ,
et qui est le correspondant indispensable de cet autre vers :
Deux fois si loin la repoussa.
Au milieu de ces nombreuses rimes redoublées, spécialité de Chapelle , rien n'obligcoit , sous le rapport de la fonnc , d'introduire ces mots : elle pressa, car, comme plus haut pour les rimes en iéres, on trouve là trois autres rimes en ssa. Le sens seul étoit en souffrance, et, pour lui donner une demi-satisfaction, les éditeurs auxquels manquoit le vers nécessaire ont tordu le véritable texte (j'appelle toujours ainsi celui
Notice. 17
de 1732), et ils ont dit :
La Garonne
Sembla le vouloir offenser.
Lui , d'une orgueilleuse manière , Comme il a l'humeur fort altière , Amèrement s'en courrouça, Et d'une mine, etc.
Ici Neptune (la mer) n'est ])oint pressé par la Garonne et ses affluents ; seulement il trouve à cette rivière un air insolent qui lui déplaît ; alors c'est lui qui , sans autre provocation ,
D'une orgueilleuse manière , etc.
Je laisse au lecteur à juger oii est le véritable sens , et si ce n'est pas là surtout une de ces leçons qui faisoient regretter si amèrement à Saint-Marc d'avoir connu trop tard cette édition de 1732, dont se sont si peu souciés ses successeurs.
Mais un peu plus loin se trouve une leçon que cet éditeur, à ce qu'il semble , étoit encore à temps d'adopter, et qu'il a néanmoins écartée, on va voir par quelle singulière raison.
Nos deux Epicuriens , transportés d'admiration à la pensée d'un dîner que leur a donné le président de Marmiesse, sont en quêlc d'une muse digne de les inspirer pour la description de ce repas ; et, dans toutes les éditions qui ont précédé celle de Saint-Marc, ils arrivent aux
i8 Notice.
cinq vers suivants , qu'ils écrivent ainsi :
A qui donc .adresser ses vœux
En des occasions pareilles ?
Est-ce à vous, Bacchus, roi des treilles?
Mais, pour rimer, Bacchus et Corne
Sont des dieux de peu de secours.
Ma foi , pour le coup , les rimes redoublées faisoient défaut. Il n'y avoit pas abondance, comme dans les autres cas , où le bon sens seul étoit atteint , ce qui inquiète si peu certains éditeurs. Ici la rime et la raison demandoient aussi impérieusement Tune que l'autre un vers qui finît en eux. La Monnoye s'en est passé ; la plupart de ceux qui l'ont suivi s'en sont passés aussi. Un vers de moins, lorsque l'auteur est quelque peu ancien , il y a des gens aujourd'hui qui trouveroient que ça ne fait pas mal; cela porte avec soi un petit avant-goût d'exactitude qui honore un éditeur. Mais Saint-Marc n'en étoit pas encore là : il lui falloit absolument ,>-on vers en eux ; qu'a-t-il fait alors, ce bon Saint-Marc? Ma foi , il a fait le vers luimême , puis il l'a présenté à ses lecteurs avec toutes les précautions de modestie obligées.
Après ce vers :
Est-ce à vous, Bacchus, roi des treilles? il a dit :
A vous. Dieu des mets savoureux.
Notice. ig
voulant indiquer par là Cornus , afin d'arriver au vers de Chapelle :
Mais, pour rimer, Bacchus et Come, etc.
Ce n'étoit pas bon ; dans tous les cas , ce n'étoit pas le viai. Mais voici que vient l'édition de 1782 , qui dit tout simplement :
A qui donc adresser ses vœux
En des occasions pareilles?
Esl-ceà Corne , est-ce au dieu des treilles ,
Ou bien seroit-ce à tous les deux ?
Mais, pour rimer, Bacchus et Come, etc.
Cette version est , assurément , la plus naturelle du monde, et la véritable, tout l'atteste. En effet, indépendamment du caractère de vérité qu'elle porte avec elle, il semble que, dans une occasion où il ne s'agissoit pas seulement des plaisi'j's de Bacchus, et où l'on vante aA'ant tout la grande cbère , Come , le dieu des festins , a dû être invoqué le premier. Mais le siège de Saint-Marc étoit fait ; il avoit son vers, comme Lemierre , et il dit que ce qui l'empêciie d'adopter celte correction , c'est qu'il considère comme indispensable de conserver le vers :
Est-ce à vous Bacchus , roi des treilles ? qui , se lisant dans toutes les anciennes éditions , est certainement , selon lui , de Chapelle . Comment ! ce vers seroit nécessairement de Cha-
ao Notice.
pelle , dans la contexture qu'on lui a donnée , parcequ'il se lit dans toutes les anciennes éditions? Mais, d'abord, est-ii bien sûr de les avoir toutes lues, les éditions de CbapcUe? Et puis, ce vers se trouvât-il, en effet, dans toutes, dès qu'il s'y trouve seul, l'argument tombe de lui-même, et rien n'empêche que la faute n'en soit à un mauvais manuscrit. Le motif allégué par Saint-Marc ne peut donc tenir contre un texte dont la supériorité a été reconnue par lui-même, et qui, d'ailleurs , est appuyé ici d'une autorité bien autrement importante que la sienne , d'une autorité que nous avons déjà proclamée la seule véritablement imposante parmi toutes les autres, l'autorité du bon sens.
Tels sont les passages sur lesquels , à raison de leur importance relative , j'ai cru devoir appeler plus particulièrement l'attention des lecteurs. Restent maintenant, comme je l'ai déjà dit , une foule de mots , de membres de phrase, qui, dans l'édition de 1782, sont substitués à d'autres ou qui s'y trouvent ajoutés avec plus ou moins de bonheur. Enfin , à la suite du minutieux travail d'examen , de contrôle , de rapprochements de textes , auquel je me suis livré, je me crois fermement autorisé à émettre cette assertion un peu usée , j'en conviens, dans la bouche des éditeurs, mais de-
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vant la banalité de laquelle je ne recule point : C'est ici la première édition véritablement exacte du Voyage de Chapelle et de Bachauinont.
Je n'ai point eu , pour continuer mon travail sur les pièces diverses , les mêmes ressources que pour le Voyage. Cependant je n'ai pas été, même pour cet objet particulier, sans points de comparaison impoitants , et j'ai soumis aussi cette partie du volume à une révision scrupuleuse. Je dis une révision scrupuleuse poiu- ce qui concerne l'exactitude rigoureuse du texte , car, pour ce qui touche les pièces en elles-mêmes, il en est quelques unes (et malheureusement de celles qui ne sont pas les moins ingénieuses), qu'une trop grande liberté d'expression , la liberté de l'époque , nous auroit peut-être portés à ne point admettre si nous eussions été les premiers éditeurs. Mais chacun sait qu'il est , en matière de publications littéraires , une nécessité à laquelle nul né sauroit se soustraire sans de graves inconvénients , la nécessité de n'être pas moins complet que ses prédécesseurs. Nous avons donc reproduit, tout entière, l'édition de Saint** Marc , édition si estimable et si estimée dans sa généralité. Au reste, s'il y a eu , de la part de cet éditeur, quelque exagération à recueillir non seulement tout ce qui appartenoit avec
certitude , mais même tout ce que la tradition attribue à Chapelle et à Bachaiimont , nous sommes moins que qui que ce soit porté à lui en faire un reproche. Lorsqu'un auteur, après avoir produit une sorte de chef-d'œuvre , s'est borné à l'accompagner de quelques morceaux plus ou moins variés, fussent-ils plus ou moins médiocres (et il y en a ici de charmants) , les lecteurs aiment à y chercher l'occasion de comparaisons piquantes, de rapprochements curieux , surtout si cet auteur a conquis une grande popularité dans le monde à la fois et dans les lettres. Cette dernière pensée me conduit naturellement à la nécessité de donner enfin des détails biographiques sur les deux hommes dont nous nous occupons.
Chapelle étoit ce que ceux qui veulent tout relever en abandonnant le mot propre appelpellent un enfant de l'amour. Son père fut M. François Luillicr, maître des requêtes, conseiller au parlement de Metz, homme d'esprit, et fort répandu de son temps. Sa mère s'appeloit Marie Chanut ; elle le mit au monde, en 1626, à La Chapelle-Saint-Dcnis , d'où lui vint ce nom de guerre qu'il porta toujours depuis, même après que son père, l'ayant reconnu en 1642, lui eut donné le sien. C'est ainsi qu'il a été, pour toutes les biographies, Claude Emmanuel Luillier, dit Chapelle.
ÎSOTICE, 23
M. Luillier, comme je -viens de le dire, étoit fort répandu dans le monde ; il Tctoit surtout parmi les hommes de lettres et parmi les savants : Gassendi, Saumaisc , Peircsc, Balzac. Sa liaison avec Gassendi particulièrement devint si intime qu'il l'obligea , au premier voyage que le savant fit à Paris , en 1 624, de s'établir tout à fait chez lui , et qu'il eu fut de même lorsque Gassendi revint à Paris en i64i , et qu'il y passa près de sept ans. Pendant ce dernier séjour, Gassendi , frappé des humanités distinguées qu'avoit faites le jeune Chapelle chez les jésuites , voulut être lui-même son maître de philosophie. Aux leçons qu'il lui donnoit assistèrent aussi, à la demande de Chapelle , Dernier, un de ses condisciples, depuis savant voyageur, savant philosophe , qui a publié un abrégé fort estimé de la philosophie de Gassendi, et Molière , notre divin Molière, avec lequel Chapelle s'étoit lié aussi au collège, et pour toute la vie. Faire sa philosophie sous la direction pei'sonnelle de Gassendi, c'étoit, assurément, une belle fin des travaux scholaires , devenue encore plus frappante pour nous par la célébrité dont les autres noms qui s'y mêlent ont été accompagnés dans les temps qui ont suivi.
Tout permettoit d'espérer que d'excellentes études, couronnées par les soins d'un maître
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(|ui joignoit à tant de science une grande rigidité de mœurs , donncroient aux idées de Chapelle une direction plus grave que celle qu'elles suivirent dès le début. Mais il ne faut pas trop s'étonner si l'exemple de son père, ami du plaisir autant que des lettres, si jusqu'au sang qu'il tenoit de lui , firent de l'enfant de l'amour un homme toujours si bien en rapport avec toutes les circonstances de son origine. Il paroît même que les gouls frivoles de Chapelle, pour ne rien dire de plus, l'entraînèrent dans des égarements de jeunesse qui portèrent des tantes, aux soins desquelles il avoit été confié pendant une absence de M. Luillier, à lui faire subir une détention de quelques mois à Saint-Lazare, d'où il nous est resté une description de cette prison que donnent assez ordinairement les éditeurs mêmes qui ne joignent pas au Voyage les autres morceaux de l'auteur. Enfin , après des erreurs plus ou moins blâmables , plus ou moins excusables , un voyage en Italie et plusieurs courses dans le Midi , Chapelle , âgé déjà de vingt-six ans , perdit son pèi'e, qui, ne croyant pas devoir laisser sa grande fortune à quelqu'un que toutpresentoit comme fort capable de la dissiper promptement, se borna, dans le propre intérêt de son fils, à lui léguer une rente viagère, les uns disent de huit mille , les autres de quatre mille
Notice. 26
francs. Quoi qu'il en soit , la plus faible de ces deux sommes étoit très suffisante, dansée tempslà , pour assurer à Chapelle une existence à la fois douce et convenable. Ce fut alors qu'il prit dans le monde littéraire et dans la société proprement dite la place qu'il y occupa toujoui's depuis.
Dans les premiers temps de cette indépendance tant désirée par Chapelle et enfin conquise , l'on put craindre qu'il ne se livrât plus que jamais aux mauvaises relations de sa première jeunesse ; mais , il faut le dire à son très grand honneur, c'est précisément de cette époque d'une entière liberté que date sa fréquentation de sociétés toutes différentes de celles qu'il avoit suivies jusque là. Sans doute il y portoit des avantages très propres à le faire rechercher de tous : une grande culture d'esprit , cet enjoûment naturel toujours parfaitement sûr de plaire , un goût prononcé pour les choses de l'imagination , enfin cette facilité à manier la langue du monde qui sert si puissamment à faire valoir tous les autres dons. Mais comme, d'après ses antécédents, Chapelle fut nécessairement obligé de faire partout les premières avances , et comme jamais aucune de ses démarches ne fut dictée par des vues d'ambition , ce choix indique , de sa part , de bien plus heureuses tendances qu'il n'avoit
élé encore permis de lui en supposer. Sans doute, dans ses nouvelles relations, Ton trouve toujours un grand nombre dliomines de plaisir ; mais ces hommes sont les d'Elftat, les Vendôme, les De Vardes ; il en est aussi que, joycuseté comprise , Tamour des lettres contribue à rendre ses amis ou ses patrons : Tabbé de Chaulieu , le grand Condé , le duc de N'evers , les deux ducs de Sully, et bon nombre d'auti'es. Dans les lettres seules , c'est Boileau , c'est Racine , c'est Segrais, celui-ci à la fois homme de lettres et homme de cour, c'est Molière surtout; enfin Chapelle est, j'en conviens, le membre le moins grave, ou plutôt le plus léger, de la bonne compagnie, mais c'est du moins à la bonne compagnie qu'il appartient désormais ; il a décidément rompu avec la mauvaise, ce qu'il auroit pu faire , je suis obligé de l'avouer ici, sans imaginer, comme il l'a fait, pour soutenir le ton de plaisanterie adopté dans le récit de son Voyage , toute cette histoire de d'Âssoucy, menacé d'être brûlé à Montpellier pour ses mauvaises mœurs : notre amitié eût-elle élé le plus malheureusement surprise , il n'est jamais permis de manquer entièrement d'égards pour le souvenir des liens mêmes qu'on a dû briser.
A côté de cette situation d'homme d'espnt , d'homme jovial et recherché , bien que portant
Notice. 27
dans le monde quelques uns de ces défauts de tenue qu'on n'y excuse pas toujours , Chapelle s'étoit acquis la réputation d'homme de goût, d'homme littéraire , plutôt que le titre d'auteur proprement dit. En effet, tandis qu'à cette époque les véritables auteurs ne prodiguoient pas ce titre (et ils avoient grandement raison), les hommes du monde eux-mêmes se gardoient bien d'y prétendre au premier mouvement de verve qui les agitoit. Ils aimoient bien mieux, d'ailleurs , en tant que gens de cour , qui ^ comme chacun sait, avoient le privilège de tout savoir sans avoir rien appris, montrer qu'ils pouvoient faire des vers tout comme les gens de lettres, et assurément ni le duc de Saint-Aignan , ni le duc de Nevers lui-même , ne vouloient être considérés comme des auteurs de profession. Chapelle, quoique loin d'appartenir à un pareil bord, mais mu par d'autres motifs , ne songeoit guères plus qu'eux à la qualité d'auteur, pour avoir donné aux recueils du temps quelques pièces plus ou moins agréables , lorsqu'il disoit :
Tout bon fainéant du Marais Fait des vers qui ne coûtent guère.
Pour moi , c'est ainsi que j'en fais, Et, si je les voulois mieux faire.
Je les ferois bien plus mauvais.
Non ; toujoui-s insouciant et toujours incapable
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d'occupation fixe , Chapelle s'est trouvé d'un seul coup, sans s'en douter, au nombre des écrivains notables de notre langue, à peu près comme M™'= de Se vigne, toute proportion gardée, en ne songeant qu'à exprimer, sans aucun effort , sa tendi-esse maternelle , et à conter, comme elle les apprcnoit, les historiettes du temps, s'est trouvée un beau matin à la tête de tous les épistolaires françois.
Chapelle a besoin d'aller prendi'e les eaux d'Encausse , au pied des Pyrénées ; c'étoit en se|)tembre 1 656. Saint-Marc a fait d'innombrables rapprochements pour fixer avec précision cette date, et il me paroît y être parvenu. Le Coigneux de Bachaumont est obligé de faire le même voyage ; ils sont du même monde , ils sont amis , et s'arrangent pour le faire ensemble. Soit avant de partir, soit après être parlis, l'idée leur vient de le raconter, moitié prose moitié vers , aux deux frères du Broussin, autres amis des lettres , et surtout du plaisir, qu'ils avoient laissés à Paris. Que falloit-il pour faire une narration plus ou moins agréable? Beaucoup d'esprit , beaucoup de gaîté ; il falloit surtout beaucoup de naturel. Les deux amis avoient un grand fonds de toutes ces bonnes choses , et ce fut ainsi qu'ils donnèrent , comme en se jouant , au monde des lettres , ..... Le récit de ce voyage ,
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Qui du plus charmant badinage Est la plus charmante leçon.
Ce jugement est de Voltaire. Au reste, tous les contemporains avoient déjà jugé de la même manière, car ce fut probablement alors que Callières caractérisa, comme il le fit, Chapelle, dans les vers qui suivent, vers parfaitement vrais après leVoyage, mais après le Voyage seulement :
Esprit aisé , naturel , liberlin , Et possédé d'une douce manie , Chapelle fit admirer son génie Sans imiter auteur grec ni latin.
Comme l'on voit d'une source féconde Couler sans art les eaux d'un clair ruisseau , Tels les beaux vers couloient de son cerveau, Et , s'en allant errer parmi le monde , Y répandoient un plaisir tout nouveau.
Mais voici que je me livre à de simples appréciations littéraires, lorsque j'ai promis des détails biographiques. C'est qu'en effet il n'y a guère lieu qu'à de pures appréciations littéraires ou personnelles , et qu'on n'a véritablement rien, ou presque rien, à raconter. J'ai beau compulser toutes les biographies, je ne rencontre généralement que tel ou tel trait , tel ou tel mot de Chapelle , et presque toujours lorsqu'il s'est , dit-on , livré outre mesure aux plaisirs de la table. J'imagine qu'on a cru , par là , le peindre plus au naturel. Mais est-ce bien ce que
3o Notice.
fait, ce que dit un homme lorsqu'il est à peu près privé de sa raison, qui peut rendre avec exactitude son véritable caractère? Ensuite, ai-je l'entière certitude que la plupart de ces anecdotes n'aient pas été inventées pour aider à remplir des ana'i Est-ce qu'on pourroit me garantir toutes les circonstances de ce prétendu souper tête à tête avec un maréchal de France , souper à la suite duquel Chapelle et son commensal l'ont le projet d'aller prêcher la foi aux infidèles , puis , se divisant sur une question de préséance , sur l'importante question de savoir auquel des deux appartiendra l'honneur d'être empalé le premier, se précipitent l'un sur l'autre et se gourment à qui mieux mieux , jusqu'à ce que leurs domestiques viennent les séparer ?
Est-ce que , malgré les assurances de Racine le fils, je puis prendre au sérieux cet éternel conte du souper d'Auteuil chez Molière , où les convives , après une longue dissertation philosophique sur les misères de la vie , prennent, d'un accord unanime , la résolution d'y échapper en allant tous se jeter dans la Seine, et, Chapelle en tête , auroient mis leur dessein à exécution si Molière , éveillé à temps , ne leur avoit persuadé d'attendre le grand jour, afin que le soleil put éclairer une action si éclatante, à laquelle 1 ui-mêmc prometloil de prendre part ?
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Certes, s'il y a eu quelque fondement à celte histoire tant rebattue , je ne croirai jamais qu'à une de ces plaisanteries poussées à l'excès que l'on fait parfois dans l'ivresse, comme certains fous, mendiants des rues, pour augmenter l'intérêt en leur faveur, feignent d'être plus fous encore qu'ils ne le sont véritablement.
Cependant je sens bien que je ne puis pas rendre compte d'une vie qui s'est passée tout entière en anecdotes et n'en donner aucune au lecteur. Je vais donc reproduire ici celles qui me sembleront le plus vraisemblables , et qui sont peut-être , en même temps , le plus véritablement gaies. Ainsi , sans m'arrêter à l'oiiginalité un peu forcée du fait, je commence par celui qui, selon toutes les apparences, a eu lieu le matin et avant boire , comme on disoit dans ce temps-là.
Le duc de Brissae , allant passer une saison dans ses terres d'Anjou, obtint de la paresse de Chapelle qu'il iroit l'y passer avec lui. L'on part de Paris , et, après quelques jours de roule, c'est Angers qui est le point de repos , où , arrivés d'assez bonne heure , ils doivent dîner et coucher. Chapelle profite de l'occasion pour aller voir une de ses anciennes connoissances, chanoine de la cathédrale. Il dîne chez lui et y passe le reste de la soirée. Le lendemain matin, au moment du départ , il va trouver le duc de
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Brissac et lui dit avec quelque embarras, mais avec résolution , qu'il lui est impossible de raccompagner plus loin ; que, la veille, il a trouvé, sui'la table du chanoine son ami, un vieux PIutarque, où il a lu, à Touverturedu livre : Qui suit les grands serf déifient. Le duc de Brissac repousse de toutes ses forces un pareil rapprochement ; il lui dit que cela ne peut s'entendre d'un ami particulier, que Chapelle est le sien, qu'il sera maître absolu chez lui, et qu'il ne sera permis à personne d'y troubler sa liberté. Il eut beau insister, Chapelle répondit toujours : « Cela ne vient pas de moi ; c'est Plutarque qui l'a dit, mais je trouve que Plutarque a raison. » Et, cela disant, il prit congé du duc de Brissac et repartit pour Paris.
J'accepte très volontiers ceci comme trait de caractère , puisque Chapelle , alors , étoit vraisemblablement à jeun, ou à peu près. Seulement, je suis disposé à croire, pour ne pas le charger de ce qu'il peut y avoir d'un peu outré dans cette anecdote, que, pendant les quelques jours de tête à tête qui avoient précédé , le duc de Brissac avoit bien pu , de manière ou d'autre, lui fournir l'occasion d'appliquer la maxime de Plutarque, et qu'il l'avoit fait intervenir ainsi , moitié figue , moitié raisin , pour mettre fin, en ce qui le concernoit , à ce voyage, sans le faire trop sérieusement.
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Puisqu'on veut que tout cela soit de la biographie, je puis citer aussi une autre histoire où figure un grand, bien autrement grand que le duc de Brissac, et qui prouve que Chapelle ne se gênoit pas assez avec eux pour craindre le servage dont Plutarque menace ceux quilcs suivent. Le grand Condé Tavoit invité à souper deux jours d'avance , pendant un séjour de Fontainebleau. Le jour arrivé, Chapelle pousse sa promenade du côté du Mail et s'amuse à regarder jouer quelques officiers avec des personnes de la cour. Il devient bientôt un des éléments de la galerie, juge plusieurs coups , et, le jeu fini , les joueurs parviennent aisément à l'emmener dans un cabaret voisin prendre sa part du repas qui avoit servi d'enjeu. Là il s'oublie, suivant son usage, avec des gens fort disposés à s'oublier aussi, et que charme sa gaîté pleine d'esprit et de verve. Cela dure plusieurs heures, et dépasse de beaucoup celle qui avoit été fixée par le grand Coudé. Le lendemain , Chapelle va trouver le prince et se croit parfaitement excusé par le récit de son aventure, qu'il termine ainsi : « Je vous assure, monseigneur, que c'étoient des gens fort aisés à vivre que ceux qui m'ont donné ce souper. » L'on pense bien que le prince de Condé ne s'amusa pas à se formaliser d'un manque de parole si naïvement expliqué.
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J'essaierois , moi , d'expliquer encore ceci d'une autre manière, si je ne craignois pas qu'on ne me i-eprochât d'altérer l'originalité naturelle de notre auteur en donnant toujours un motif plus ou moins raisonnable à ses excentricités.
Chapelle, bien traité à quelques égards par le grand Coudé, n'étoit cependant pas , on ne sait trop pourquoi , au nombre des hommes de lettres qu'il admettoit à son intérieur de Chantilly. L'on trouve dans les pièces diverses la parodie suivante, qui porte évidemment les traces d'un homme piqué de cette sorte d'exclusion :
Que fait à Chantilly Condé , ce grand héros
Et le plus bel esprit de la nature ?
Il admire les vers de trois ou quatre sots,
Et c'est de quoi Chapelle ici murmure.
Se peut-il qu'aujourd'hui ce prince si parfait N'ait plus qu'un Martinet Pour son Voiture?
Ne se pourroit-il pas que Chapelle , usant , abusant peut-être un peu de l'indulgence qu'on avoit dans le grand monde pour la liberté de ses allures, eût voulu montrer ainsi au prince, en sauvegardant les apparences par une feinte naïveté, peu d'empressement pour une faveur qui ne lui étoit accordée que daus une certaine mesure. On a souvent attribué aux hommes
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de lettres de Tordre de Chapelle le défaut d'être quelque peu parasites; mais, comme ils sont eu même temps hommes d'espril , et généralement hommes de goût, il ne laudroitpas s'étonner que les plus adroits ou les plus dignes sussent mettre, sinon de Tart, du moins une letenue qui seroit plus que de l'art jusque dans le genre de penchant qui , à tort ou à raison, leur est reproché.
Dans cette longue suite d'anecdotes de toute nature , il en est une de cabaret, puisque cabaret il y a, tellement consacrée, tellement citée partout, qu'il n'y a pas moyen de ne point la rapporter ici. Mais, si ce n'est dans l'intérêt de Chapelle, dont la réputation d'habitué de taverne n'a guère rien à perdre auprès des lecteurs, je veux, du moins, dans l'intérêt général de la vérité, faire, avant tout, une remarque qui n'a pas été assez faite en pareil cas. Le cabaret, lieu où l'on vendoit du vin et des liqueurs à ceux qui s'y réunissoient, n'étoit pas frappé , dans le siècle de Louis XIV, de la juste défaveur qui pèse aujourd'hui sur lui. Les cafés, plus ou moins fréquentés de nos jours par les hommes les mieux élevés, n'existoient pas alors, ou du moins n'avoient pas pris encore le développement qui les a rendus depuis si populaires , de manière que ceux qui vouloient trouver un petit moment d'indépen-
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dancc en dehors de la famille alloicnt au cabaret comme on va aujourd'hui au café , toutefois avec cette conformité entre les deux époques, qu'un homme qui délaissoit la bonne compagnie pour passer sa vie au cabaret encouroit la même déconsidération qui frapperoil, de notre temps, ce qu'on appelle un coureur de cafés.
Chapelle , il faut bien le dire , hanloit le cabaret un peu plus que n'auroit dû le faire un homme adopté par la bonne société. Ses amis de toutes les classes , qui ne voyoient pas sans douleur tant de belles qualités obscurcies par un aussi grand défaut, ne cessoient de l'engager, sur tous les tons , à prendre des habitudes plus en rapport avec le monde dans lequel il étoit admis. Ce toUe universel ne laissoit pas que de lui causer de l'embarras. Un jour, après quelque incartade publique , suite d'un excès de ce genre, il fut rencontré dans la rue par Dcsprcaux, et lui parut assez confus de ses derniers torts pour lui donner l'espoir d'obtenir plus de succès d'une nouvelle tentative qu'il n'en avoit obtenu jusque alors. Despréaux attaque donc la question, de la manière à la fois la plus vive et la plus amicale , et n'oublie rien de ce qui pouvoit agir sur une intelligence aussi distinguée. Chapelle est vraiment ébranlé ou semble l'être : Vous avez rai-
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son, lui dit-il; je reconnois qu'il est temps que tout cela finisse ; il faut décidément que je me conige d'un aussi déplorable défaut. Despréaux lui saute au cou. Oui, oui, continue Chapelle, cela est raille fois vrai. Entrons nous asseoir ici, mon cher ami; suivez vos raisonnements si justes et ne m'épargnez pas. Il pousse Boileau dans un cabaret qui se trouvoit là; on leur apporte une bouteille de vin ; ils la boivent, en continuant de traiter le même sujet ; une autre succède, et puis une autre. Enfin, Despréaux toujours prêchant et Chapelle toujours promettant, ils s'enivrèrent si bien qu'il fallut, assure-t-on, les reporter chez eux. Rien n'oblige, comme on pense bien, d'accorder une entière croyance à ce dernier couronnement de l'entrevue ; mais l'anecdote, dans ce qui en fait le fond, semble du moins confirmée par ce joli couplet de Chapelle en réponse à la chanson de Despréaux faite à Baville :
Que Baville me semble aimable , etc.
Qu'avecque plaisir du haut style Je te vois descendre au quatrain!
Bon Dieu ! que j'épargnai de bile Et d'injures au genre humain Quand, renversant ta cruche à l'huile, Je te mis le verre à la main.
Je termine par une anecdote qui, de toutes
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celles que j'ai lues sur Chapelle, m'a toujours semblé le mieux peindre la nature de ses rapports avec les grands maîtres du X\II'= siècle, lesquels, comme on sait, le consultoient tous, fois ou autre, sur des ouvrages si divers. C'est la seconde dans les Mémoires et Anecdotes de Segrais. Saint-Marc s'est contenté de l'analyser; mais elle n'a tout son caractère de vérité que dans Segrais lui-même , et je crois devoir le citer ici textuellement :
«J'étois,ditSegrais,logéproprementetcom- « modément au Luxembourg , et j'y fis un jour » un régal à Desprcaux, à Puymorin, son frè- » re, à Chapelle et à M. d'Elbéne, à qui je tâ- )) chois de faiie tout le bien que je pouvois » dans le mauvais état de ses affaires. La fête » étoit faite pour lire im chant du Lutrin de » Despréaux , qui le lut après qu'on eut bien 1) mangé. Quand il vint aux vers où il est par- » lé des cloches de la Sainte-Chapelle (ce sont » ceux-ci :
Les cloches dans les airs de leurs voix argentines Appeloient à grand bruit les chantres à matines),
» Chapelle , qui se prcnoit aisément de vin , » lui dit : Je ne te passerai pas argentines, ar- » gentine n'est pas unmot frauçois. Despréaux « continuant de lire sans lui répondie, il re- » prit : Je te dis que je ne te passerai pas ar-
)) gentines ; cela ne vaut rien. Despréaux ré- » partit : Tais-toi, tu es ivre. Chapelle répli- » qua : Je ne suis pas si ivre de vin que tu es » ivre de tes vers. Leur dialogue fut plaisant, » et M. d'Elbéne , qui avoit du goiit, prit le » parti de Chapelle. Il étoit tard quand Des- » préaux et Puymorin se retirèrent, et je me » couchai. Chapelle et M. d'Elbéne demeurè- » rent près du feu , se mirent à plaisanter sur )) le mot d'argentine , et dirent mille choses sur « ce sujet qui m'empêchoient de dormir, mais » qui me divertissoient beaucoup. «
J'ai dit que cette anecdote me paraissoit rendre parfaitement le caractère des rapports de Chapelle avec Boileau , Molière, etc. J'ajouterai qu'elle explique très bien aussi à quel titre ces hommes de génie daignoient le consulter quelquefois sur leurs écrits. Certes, dans ce cas particulier, la raison comme la postérité ont donné tort à Chapelle ; mais reportonsnous au temps. Cette expression t^oix argentines^ laquelle rend merveilleusement le son des cloches de petite dimension , étoit alors une expression hardie, qui, trouvéepar le génie de Boileau, pouvoitbien, eu dépassant celui de quelques uns de ses amis, effaroucher un goût un peu timoré. En effet, ne semble-t-il pas eirlendreun classique des plus distingués de 1820 critiquant telle expression, quelque peu hasardée, de M.
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de Lamartine, et universellement acceptée depuis? Ainsi, ce jugement de Chapelle, tout erroné qu'il étoit assurément, n'en indiquoit pas moins un homme d'un goût généralement sur, et que ses illustres amis pouvoient, à juste titre, consulter dans l'occasion , sauf à se réserver le droit de prononcer en dernier ressort.
J'ai cherché à montrer ici , de mon mieux , ce que fut Chapelle, beaucoup plus que ce qu'il fit; car, au bout du compte, il ne fit jamais rien , sinon quelques sottises plus ou moins saillantes, plus ou moins spirituelles, ce qui ne constitue guère la matière d'une biographie comme on l'entend généralement. Mais, en définitive, malgré toute sa légèreté de conduite, malgré son insouciance en toute chose, malgré tous les défauts que nous lui avons reconnus, ce n'étoit pas un homme ordinaire que celui qui, par ce que nous appelons aujourd'hui de fortes études , et surtout par un goût plus épuré qu'on n'eût cru pouvoir l'attcndie d'une pareille nature , fut jugé en état de donner des conseils aux premiers hommes du plus grand siècle littéraire de la monarchie ; qui , par les aimables qualités de son esprit et de son caractère, put conquérir une sorte de vogue dans la plus haute société de ce siècle ; enfin qui , sous la simple inspira-
Notice. 4*
tion d'iine gaîté naturelle, sut, avec les accidents vulgaires d'un voyage ordonné par les médecins, produire un des ouvrages les plus spirituels, les plus agréables et les plus populaires que nous possédions en françois.
Chapelle mourut à Paris en 1686, au mois de septembre, âgé d'environ soixante ans.
Quant à son compagnon de voyage , François Le Coigneux, seigneur de Bachaumont, les éléments biogi-aphiques , bien que d'un ordie moins terre-à-tcrre, sont encore plus restreints. Né en 1624, et, par conséquent, de deux années plus âgé que Chapelle, il étoit le fils puîné du président Le Coigneux , qui figura si activement dans les troubles de la Fronde, et il l'y seconda de tout son pouvoir. Son frère aîné devant succéder à leur père dans sa charge , Bachaumont fut pourvu d'une place de conseiller-clerc. Il eut un sentiment assez vif des lettres; mais il se contenta de les cultiver en homme du monde, faisant des couplets plus ou moins piquants contre Mazarin et des pièces plus ou moins jolies pour ses maîtresses. Saint- Marc n'a pu en réunir que quatre , dont il ne garantit pas même l'authenticité. Nous les donnons à la suite de celles de Chapelle.
Après la guerre de la Fronde, Bachaumont se démit de son emploi et se retira tout à fait des affaires publiques pour se livrer entière-
4a Notice.
ment à ses goûts llttéiaires et à ses plaisirs. Ce fut sans doute ce rapport de penchants qui amena sa liaison avec Chapelle et cette communauté dans le voyage d'Encaussc, ainsi que dans la relation qui le suivit. Si, comme le dit Voltaire avec une entière assurance, suivant son usage, et sans citer d'autre autorité que la sienne, Bachaumont étoit l'auteur des vers sur un berceau du parc de M. d'Aubijoux, ce morceau étant évidemment le diamant de l'ouvrage, la palme de la communauté lui appartiendroit sans conteste. Mais ici j'entre tout à fait dans la pensée de Ch. Nodier, qui remarque à ce sujet que Voltaire, jaloux de toutes les gloires, cherche toujours à les éparpiller pour les amoindrir. J'ajouterai qu'en attribuant le morceau à celui des deux voyageurs qui étoit le mieux posé dans le monde , il enlevoit cette pièce à la lutte littéraire pour en faire un heureux hasard, une sorte de madrigal à la Sainte- Aulaire; en un mot une de ces bonnes fortunes qui ne tirent pas à conséquence pour la réputation d'auteur. En effet, rien, comme je l'ai dit , ne prouve que cette assertion ait pris naissance ailleurs que dans la pensée de Voltaire, qui, comme sur tant d'autres choses, n'en croyoit lui-même peut-être pas un mot. Les pièces qui restent de Bachaumont sont encore plus loin que celles de Chapelle de ce
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délicieux morceau. Segrais dit, en parlant de Chapelle : « Il est auteur du voyage qui a paru sous son nom et sous celui de Bachaumont, qui peut y ai'oir eu part ^ car il ai'oit aussi beaucoup d'esprit. » Est-ce ainsi qu'eût parlé un contemporain , et un contemporain comme Segrais, du collaborateur de Chapelle, s'il l'avoit jugé capable de faire ce qu'il y avoit de mieux dans l'ouvrage commun ? Certes les égards pour la qualité, pour la position plus nette et plus distinguée de Bachaumont, ne manquèrent pas dans ce temps-là. 11 fut d'abord nommé le premier dans toutes les éditions ; La Monnoye, en 1 7 i4i dit encoi'e : Vofage de MM. de Bachaumont et La Chapelle (1). L'éditeur de 1732 eu fait autant. Saint-Marc
(1) Il y eut parfois confusion entre Chapelle et La Chapelle, auteur de différentes pièces dramatiques. L'abbé de Chaulieu fit l'épigramme suivante à l'occasion d'une publication où l'on avoit réuni quelques unes de leurs poésies :
Lecteur, sans vouloir l'expliquer Sur cette édition nouvelle Ce qui pourroit t'alambiquer Entre Chapelle et La Cliopelle, Lis leurs vers , et dans le moment Tu verras que celui qui si maussadement Fit parler Catulle et Lesbie N'est point cet aimable génie Qui fit ce Voyage charmant, Mais quelqu'un de l'Académie.
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le premier rétablit avec justice Tordre des noms, que Tascendant littéraire de Chapelle a fini par rendre définitif. Ne donnons donc pas à Bachauniont, sur le seul dire de Voltaire, ce que les premiers, les véritables juges, ne lui ont pas donné. C'est précisément lorsque , protégé par un grand nom , l'on se croit dispensé de tout examen, qu'on est le plus exposé à faire de grandes injustices, ou, du moins, à propager de grandes erreurs.
Au reste , ceux qui veulent absolument que Bachaumont ait laissé une création quelconque trouveront suffisamment de quoi se satisfaire dans le fait suivant. C'est lui qui créa le nom de la Fronde (la faction), mot qui, dans ce sens particulier, appartient maintenant au Dictionnaire de l'Académie avec tous ses dérivés. Ln jour, au sein d'une réunion de frondeurs, lesquels ne s'appeloient pas encore ainsi, Bachaumont dit que le Parlement faisoit comme ces écoliers qui, se livrant à l'exercice de la fronde dans les fossés de Paris, se sépaioient dès qu'ils apercevoient le lieutenant de police , et se réunissoient de nouveau lorsqu'ils ne le voyoient plus. La comparaison réussit, et ce fut alors que les ennemis du ministre, ayant pris comme signe d'opposition des cordons de chapeau en forme de fronde, furent appelés frondeurs ; le mot est resté.
Notice. 45
Bachauraont avoit épousé la mère de ^1™*= de Lambert, cl n'avoit pas peu contribué, dit-on , à former l'auteur des Ai'is d'une mère à sa fille . Il mourut en 1702 , âgé de 78 ans. Son ami Chapelle n 'avoit pas pu pousser sa carrière épicurienne aussi loin.
Je me plaignois , en commençant , qu'on se fût généralement trop étendu sur les circonstances d'une vie qui offre aussi peu d'événements sérieux et autant d'anecdotes frivoles que la vie de Chapelle. J'ai cherché à me renfermer dans de justes limites, et je ne suis cependant pas bien sûr qu'aucun lecteur ne me fasse le reproche que j'ai adressé à mes prédécesseurs.
Tenant de Latour.
Le voyage et les autres écrits de Chapelle et de Bachaumont appellent un assez grand nombre de notes explicatives, tant sur des personnages maintenant loin de nous que sur divers points de localité. Saint-Marc n'a pas précisément multiplié ses notes outre mesure, mais il les a rendues parfois, sans aucune nécessité, d'une longueur interminable, C'est ainsi qu'il a donné la plupart du temps des détails égale-
4G Notice.
ment étendus ou touchant des hommes tout-àfait obscurs et qu'il n'y avoit aucune raison de mieux faire connoître , ou concernant des écrivains trop universellement connus pour qu'il fût besoin de s'étendre ainsi sur leur compte , même dans un temps où Ihistoire littéraire étoit moins répandue qu'elle ne l'est aujourd'hui. Nous n'avons donc admis des notes de Saint-Marc, concurremment avec les nôtres, que la partie donnant des indications qu'il nous eût fallu sans cela donner nous-même ; seulement , lorsque ces notes ont contenu des jugements littéraires ou autres , nous les avons signées avec soin du nom de leur auteur, tant pour ne pas nous approprier ce qui lui appartient que pour lui laisser la responsabilité entière de ses appréciations.