‹ ŒuvresChapitre 10 sur 50 · PLACET · texte numérisé non relu

PLACET

A Monsieur le Comte du Ldde

Grand-maltre de l'arlillerie

Pour lui demander du pelil-salé.

laise à monseigneur le grand-maître Oublier un peu son salpêtre , t^QJii Boulets , canons , et tout l'emploi S>W6 Dont il vient de faire connoître

Si bien ce qu'est notre grand roi ;

Et n'oublier certain saloi,

Ni la provision champêtre

Qui déjà même y devroit être ,

Suivant les us, coutume et loi,

Qui veulent petit lard renaître ,

Sitôt qu'on voit en désarroi

Les jours d'Automne et les nuits croître.

C'est le seul mets , en bonne foi ,

Qui peut mon trop petit dequoi

Sur ma table faire paroître

Pour nourrir ma famille et moi ,

Jusqu'au temps que vient un bon prêtre

Nous dire à chacun : Souviens-toi

De ta bouc et de ton bicêtre.

OEUVRES DIVERSES. ifl

Ce fut par une matinée , fEt même sans être sorcier, Bien dirois l'heure et la journée) Qu'ordonné fut au sieur Boursier De ne laisser passer année, Ni Saint-Martin sur son coursier, Qu'on ne vît dans ma cheminée La belle et gaillarde échinée Au poil blondin s'associer.

Et cependant mes dieux larés ,

Qui s'attendent à l'ordre exprès ,

Portent chez moi de chambre en chambre

Un nez plus friand de porc frais ,

Que de myrrhe , civette et d'ambre ,

Et , ne trouvant rien qu'âtres froids ,

En font déjà mille regrets,

De voir ainsi s'enfuir Novembre

Sans rien avoir de vos forêts.

RONDEAU

arotte n'est adjugeable aisément, Tant méritée elle est communément, Et par plaisir, voyons, je vous supplie. Si plus de fous le peuple a dans sa lie Que la noblesse et tout le parlement.

Plus, tel on garde en son appartement Moins fou que tel qui s'y tient follement; Si qu'encor bien prise et bien établie Marotte n'est.

Mieux donc seroit dire indifféremment :

Chapelle est fou , Saint-Victor mêmement , Nul parmi nous n'est exempt de folie ; Et tant mieux c'est, puisqu'à passer la vie Et bien mener, inutile autrement Marotte n'est.

LETTRE

A Madame la Duchesse de Bouillon

En lui envoyant la pièce suivante.

I ous m'accusez obligeamment , En tout très parfaite duchesse, iQue tard et bien négligemment ' Je m'acquitte de ma promesse;

Sur quoi, si vous demandez qu'est-ce

Qui cause ce retardement ,

Il faudra bien qu'ingénument

Je vous avoue et vous confesse

Ecrire faire mon tourment ,

Paresse être mon élément ,

Et cela sans nulle flnesse :

Puisqu'à vous parler franchement ,

Autre chose est, belle princesse,

Paresse, mot de compliment,

Autre chose , fine paresse ,

Qui n'écrit point ou rarement ,

Telle qu'a trop vu Votre Altesse

Etre la mienne absolument.

Quand j'ai relu cette tirade d'adverbes en ment, j 'ai trouvé qu'elle tenoit fort des commandements

l44 OEUVRES DIVERSES.

qu'on récite à l'église, et j'allois tout effacer, quand un meilleur génie ma inspiré que M. de Jussac, bien loin de s'en dégoûter, ne m'en suivroit que plus volontiers. Je lui veux donc laisser la plume pour faire à Votre Altesse une dédicace en belle prose davant-propos de tout ce que nous avons fait depuis que nous sommes ensemble, et dont non seulement pars magna fuit, sed maxima . Quant à moi, pour vous marquer autant que je puis, Madame, lextrême désir que j'ai de contribuer à la réjouir par ces bagatelles de Parnasse , je ne laisserai pas , malgré ce que j'en pense , d'y joindre un méchant Hiver burlesque, que j'adressois à -M. l'abbé de Chaulieu. Je croyois le lui envoyer devant qu'il fût de retour ; mais je n'ai pu trouver d'occasion, et ce sera lui-même qui en sera le porteur. Au reste Votre Altesse sait trop bien tous les beaux endroits de l'auteur (i) dont j'ai pris le commencement , pour oser lui marquer. Je la prierai seulement de le vouloir lire avec toute l'indulgence que demande cette façon d'écrire.

(i) Horace.

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