‹ ŒuvresChapitre 21 sur 50 · EXTRAIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT

D'une Lettre écrite de la campagne k M. de Molière.

e n'ai encore vu chez lui qu'un ou deux gentilshommes fort aisés et fort honnêtes gens ; néanmoins , comme il ne faut jurer de rien , s'il faut que les autres ne leur ressemblent pas , et que dans la suite quelqu'un de ces messieurs s'avise de nous venir faire ce beau compliment ordinaire , et d'être ,

Pour mon malheur, aussi courtois Que ceux de tant d'autres endroits , Que pensez-vous que je devienne, S'il faut que pendant plus d'un mois Soir et matin j'en entretienne Tout au moins deux , fort souvent trois, De tout ce qu'on fait en Guienne Pour l'allianee des deux rois?

Au reste, il nous est impossible de manger sur le lieu ni de vous envoyer du gibier, à cause du

mauvais temps, et que nos meilleurs oiseaux ne sont pas encore en état de voler. Nous n avons pour tout vaillant qu'un tiercelet de faucon, qui n'approche point du tout de la bonté des autres, et qui de plus a mué ;

Mais comme il ne fait rien qui vaille Et qu'il pleut ici tous les jours, Nous ne voyons perdrix ni caille. Et ne pouvons avoir recours, Pour notre ordinaire mangeaille , Qu'aux pigeons et qu'à la volaille Que fournissent nos basses-cours.

Cependant mon cher hôte, à qui j'avois demandé quelque chose pour vous régaler, et qui le souhaite encore plus que moi,

Voyant cette étrange indigence De cailles, guignards et perdrix , Vous veut donner en récompense Un pâté , bon par excellence , Fait de deux lapins , tous deux pris Dans le meilleur endroit de France, Comme en pâte aussi tous deux mis Par un pâtissier d'importance.

Goûtez-le bien, et je vous dis Qu'il est pâté de conséquence , Qui, bien que bis en apparence, N'en vaut assurément pas pis :

Car, outre que la prévoyance Pour envoyer en assurance

Un pâté jusques à Paris, Par une longue expérience, Veut qu'il tire un peu sur le gris , C'est, cher ami, qu'en conscience Nos Chartrains emportent le prix Pour savoir pâtisser en bis (i).

(i) Le fragment qu'on vient de lire, ainsi que lu lettre qui îe suit, ont toujours appelé mon allenlion et mes réflexions particulières. Comment se fait-il que Chapelle, un des hommes le plus sans façons de son temps, qui tutoyait librement Despréaux et tant d'autres, dise vous à son ancien condisciple Molière, et aille môme une fois jusqu'à s'écrier: Grand honmie! avec un élan de conviction qui se fait aisément s ntir? Seraitce qu'en raison du genre de talent de Chapelle , le génie de Molière exerçât sur lui un ascendant plus marqué, plus irrésistible que celui de ses autres amis ? Quoi qu'il en soit, ces deux morceaux, en tant que lien sympathique et comme élément de l'existence morale et littéraire de Chapelle , sont assurément une des circonstances qui le grandissent et qui l'honorent le plus.

LETTRE Âc Même.

otre lettre m'a touché très sensiblement, et dans Tim possibilité daller à Paris de cinq ou six jours, je vous souhaite de tout mon cœur en repos et dans ce pays. J'y contribuerois de tout mon possible à fau-e passer votre chagrin , et je vous ferois assurément connoître que vous avez en moi une personne qui tâchera toujours à le dissiper, ou pour le moins à le partager. Ce qui fait que je vous souhaite encore davantage ici, c'est que dans cette douce révolution de l'année , après le plus terrible hiver que la France ait depuis long-temps senti, les beaux jours se goûtent mieux que jamais, et sont tout autrement beaux à la campagne qu'à la ville, où, quand vous les avez, il vous manque toujours des endroits pour en prendre tout le plaisir. Je me promène depuis le matin jusqu'au soir avec tant de satisfaction et de contentement d'esprit que je ne saurois croire m'en pouvoir lasser. En vérité, mon très cher ami , sans vous je ne songerois guère à Paris de long-temps , et je ne pourrois

me résoudre à la retraite que lorsque le soleil fera la sienne. Toul^cs les beautés de la campagne ne vont faire que croître et embellir, surtout celles du vert, qui nous donnera des feuilles a« premier jour et que nous connuençons à trouver à redire depuis que le chaud se fait sentir. Ce ne sera pas néanmoins encore sitôt, et pour ce voyage il faudra se contenter de celui qui tapisse la terre , et qui , pour vous le dire un peu plus noblement ,

Jeune et foible , rampe par bas Dans le fond des prés, et n'a pas Encor la vigueur et la force De pénétrer la tendre écorce Du saule qui lui tend les bras.

La branche, amoureuse et fleurie, Pleurant pour ses naissants appas, Toute en sève et larmes , l'en prie , Et, jalouse de la prairie.

Dans cinq ou six jours se promet De l'attirer à son sommet.

Vous montrerez ces beaux vers à mademoiselle Menou seulement; aussi bien sont-ils la figure d'elle et de vous. Pour les autres, vous verrez bien qu'il est à propos surtout que vos femmes ne les voient pas, et pour ce qu'ils contiennent, et parcequ'ils sont, aussi bien que les premiers, tous des plus méchants. Je les ai faits pour répondre à cet endroit de votre lettre où vous particularisez le déplaisir que vous donnent les partialités de vos trois grandes actrices pour la distribution

Diverses. 2o3

de vos rôles. Il faut être à Paris pour en résoudre ensemble, et, tâchant de faire réussir l'application de vos rôles à leur caractère , remédier à ce démêlé qui vous donne tant de peine. En vérité, grand homme , vous avez besoin de toute votre tête en conduisant les leurs , et je vous compare à Jupiter pendant la guerre de Troie. La comparaison n est pas odieuse , et la fantaisie me prit de la suivre quand elle me vint. Qu'il vous souvienne donc de l'embarras où ce maître des dieux se trouva pendant cette guerre sur les différents intérêts de la troupe céleste , pour réduire les trois déesses à ses volontés.

Si nous en voulons croire Homère, ('e fut la plus terrible affaire Qu'eut jamais le grand Jupiter.

Pour mettre fin à cette guerre , Il fut obligé de quitter Le soin du reste de la Terre.

Car Pallas , bien que la déesse Du bon sens et de la sagesse.

Courant partout le guilledou Avec son casque et son hibou , Passa pour folle dans la Grèce ; Et lui, qui l'aime avec tendresse.

Pensa devenir aussi fou.

Sa Junon , la grave matrone , Sa compagne au céleste trône, Devint une dame Alison

En faveur de Lacédémone ; Jurant que le bon roi grison (i) En auroit tout du long de l'aune , Et que tous ceux de sa maison En seroient un jour à Taumône.

Mais de l'autre côté Cypris Donna congé pour lors aux ris, Aux jeux, aux plaisirs, à la joie, Et , prenant l'intérêt de Troie, S'arma pour défendre Paris.

Le bonhomme aussi Neptunus, Gagné par sa nièce Vénus, Et Phébus, l'archer infaillible , Devant qui le fils de Thétis Ne se trouva pas invincible , Firent tous deux tout leur possible Pour les murs qu'ils avoient bâtis.

Voilà l'histoire. Que t'en semble?

Crois-tu pas qu'un homme avisé Voit par là qu'il n'est pas aisé D'accorder trois femmes ensemble.

Fais-en donc ton profit; surtout.

Tiens-toi neutre, et, tout plein d'Homère, Dis-toi bien qu'en vain l'homme espère Pouvoir jamais venir à bout De ce qu'un grand Dieu n'a su faire.

(i) Priani.

RONDEAU

ScR LES Métamorphoses d'Ovide

Mises en rondeaux par Benserade.

M^^^*^^^ la fontaine où l'on puise cette eau 'i^Èx^M û"' ^^^^ rimer et Racine et Boileau ly|^%^ Je ne bois point ou bien je ne bois guère. ^*^'^" Dans un besoin si j'en avois affaire, J'en boirois moins que ne fait un moineau.

Je tirerai pourtant de mon cerveau Plus aisément, s'il le faut , un rondeau. Que je n'avale un plein verre d'eau claire A la fontaine.

De ces rondeaux un livre tout nouveau A bien des gens n'a pas eu l'heur de plaire ; Mais quant à moi, j'en trouve tout fort beau, Papier, dorure, images, caractère , Hormis les vers, qu'il falloit laisser faire A La Fontaine (i).

(i) Voici ce qu'on lit dans le Ménagiana , t. a, p. 375, ail sujet de cette petite pièce : « Dans le temps qu'on faisoit les présents des Métamorphoses d'Ovide en

LETTRE

A MoxsiEUR LE Marquis ue Joxzac.

lier marquis, les vers qu'au beau Maine ■c,W^ De l'agréable Pivangou ""•^ "^ Pait. couler ton heureuse veine,

Vertu, non de Dieu , mais de chou, Ne sont pas vers à la douzaine.

Quiconque rime ainsi sans peine , Après avoir bu comme un trou , Doit avoir au moins pour marraine

rondeaux, no'jvelleœeDt imprimées au Louvre, M. de Benserade, qui en est l'auteur, en envoya un exemplaire très bien relié à un de ses amis, avec une lettre où il le prioit de lui en écrire son sentiment. Cet ami lui envoya quelques jours après ce rondeau (le rondeau suit). » Après quoi M. de La Monnoie ajoute : Ce rondeau, qu'on attribue à Chapelle, est irrégulier; il n'est pas clos et ouvert, et les rimes n'y sout pas dans leur ordre au troisième couplet; mais le sens des vers y est d'une grande finesse. Tout ce qu'où pourroit dire , c'est que la maîtresse pensée en paroît empruntée du fioman bourgeois de Furetière,p.i4:«Cela » seroit bien aussi nécessaire que tant de figures de » combats, de temples et de navires, qui ne servent de

Celle (i) qui causa la migraine Dont Jupin crut devenir fou.

Mais encor te faut-il dire où Nous avons lu Tépître tienne.

Ce fut à la Croix-de-Lorraine (2).

Lieu propre à se rompre le cou.

Tant la montée en est vilaine , Surtout quand, entre chien et loup.

On en sort, chantant Mirdondaine.

Or là nous étions bien neu vaine De gens valant tous peu ou prou.

>• rien qu'à faire acheter plus cher les livres. Ce n'est » pas que je veuille blâmer les imaues, car on diroit » que je voudrois reprendre les plus beaux endroits de » nos ouvrages modernes." Quoique l'opinion commune soit que le rondeau qu'on vient de lire est de Chapelle, on lui donne pourtant un autre auteur dans le livre intitulé : La vie de Pierre du Bose, ministre du Saint Evangile, enrichie de lettres, harangues, dissertations et autres pièces importantes qui regardent ou la théologie ou les affaires des Eglises réformées de France, dont il avoit étélong-lem](s chargé. Rolerdain, Leers, 1694, iu-8". A la page 577 commence un recueil de vers grecs, latins et frauçois, composés par M. du Bose en diverses occasions, avec quelques autres faits à sa louange. Notre rondeau termine ce recueil, sans que l'éditeur donne aucune preuve qu'il soit du sieur du Bose, dont les vers sont bien éloignés d'avoir la finesse et la légèreté de ce petit ouvrage. S. -Marc]

(1) Pallas.

(2) Enseigne d'un célèbre traiteur où Chapelle et plusieurs de ses amis s'assembloient.

208 OEUVBES

J'entends, pour expliquer mon ou.

Moi valant peu, car la huitaine Valoit assurément beaucoup.

Mais aurois-tu pour agréable , Toi qui sais ce que nous valons, Que je t'apprisse aussi les noms Et les rangs que tenoient à table Ces neuf modernes Epulons?

L'illustre chevalier Qu'Imporle Etoit vis-à-vis de la porte , Joignant le comte de Lignon, Homme à ne jamais dire non, Quelque rouge bord qu'on lui porte.

Après lui, l'abbé du Broussin, En chemise montrant son sein , Remplissoit dignement sa place, Et prenoit soin d'un seau de glace Qui rafraichissoit notre vin.

Molière, que bien connoissez.

Et qui nous a si bien farces

Messieurs les coquets et coquettes ,

Le suivoit, et buvoit assez

Pour, vers le soir, être en goguettes.

Auprès de ce grand personnage Un heureux hasard avoit mis Du Toc, d'entre nous le plus sage, Ravi de voir les beaux esprits ,

Diverses. 209

Quitter Marais et marécage Pour venir dans son voisinage Boire à l'autre bout de Paris.

Quant à notre illustre et grand maître Le très philosophe Barreaux (1) En ce moment il fit paroître Que les anciens ni les nouveaux N'ont encore jamais vu naître Homme qui sût si bien connoître La nature des bons morceaux.

Le petit monsieur de la Mothe ,

Non celui qui toujours a botte

Et d'un grand prince est précepteur (2'^,

Mais son frère, qui toujours trotte.

Et qui, comme il est grand trotteur,

En mille endroits par jour buvotte

De ce bon vin, et de la grotte

Etoit le célèbre inventeur.

Aussi faisoit-il le neuvième

Avecque moi, qui bien fort l'aime

Et suis son humble serviteur.

C'est là donc qu'on lut ta légende, Que l'on trouva pleine de grande Gentillesse et facilité.

Ensuite avec solennité

(1) Le célèbre Des Barreaux.

(q) François Le Vayer de la Mothe éloit précepteur de Monsieur, frère unique de Louis XIV.

Toute notre bachique bande But un grand verre à ta santé.

A cet agréable repas

Petitval ne se trouva pas.

Et sais-tu bien pourquoi ? C'est parce

Qu'il est toujours avec sa garce,

Ou que sans cesse il court après.

Pour La Planche, attendu l'absence De tant d'ivrognes d'importance, Il craignit fort pour le Marais, Et jugea qu'il falloit exprès Y demeurer pour sa défense.

Ton cousin, l'aimable Dampierre, Qui m'a dit, s'en allant grand'erre, Qu'il te devoit voir à Jonzac, M'a promis, cher marquis, de mettre Cette longue. et méchante lettre Dans sa valise ou dans son sac.

Et c'est ce qui m'a fait la faire , Car elle ne vaut, ma foi, guère.

Et, sans mentir, je plaindrois fort Ce qu'il coûteroit pour le port De l'envoyer par l'ordinaire.

SONNET

A Monsieur le Marquis de Jo>zac (i).

, ue dans une petite ville f^ Le saint père est bien obéi ; j Et qu'en carême il est facile Qu'un honnête homme y soit haï !

Le chevalier (2) eût dans sa bile Bien juré contre Adonaï, Et par l'âcreté de son style Rendu Cognac bien ébahi.

Mais ce n'est pas là la manière, Cher marquis, dont j'use pour faire Que personne ne dise mot.

Quoique ta puissance y soit grande (3),

Il me faut faire le dévot

Pour pouvoir manger de la viande.

(1) Ce sonnet est le début d'une lettre de Chapelle au marquis de Jonzac. Il étoit suivi d'un autre sonnet de même mesure, et le reste de la lettre étoit mêlé de prose et de vers. Voilà ce qu'on en sait par tradition. Je n'ai pu recouvrer que ce que je donne. [S.-Marc.)

(a) Le chevalier d'Aubeterre, beau-frère du marquis de Jonzac.

(3) Dans Cognac, dont le marquis de Jonzac éloii gouverneur.

E?J STANCES Au Duc DE Sai>t-Aignax.

Messieurs les chevaliers de Lorraine el de Marsan , M. le Grand-Maître , MM. les marquis de Termes, d'Effiat el de Manicant , et MM. du Boulai et Chapelle, ayant demandé à M. le duc de Saint-Aignan sa maison de La Ferté-Saint-Aignau , près Chanibort , pour y faire la Saint-Hubert, ce duc, qui fait son plus grand plaisir d'obliger de bonne grdce, leur accorda aussitôt ce qu'ils souhaitoient. Ils s'y reudirent, et, pour lui en marquer leur reconnoissance, M. Chapelle lui envoya ces vers..., dans lesquels il fait iiartout allusion à la chasse d'un furieux sanglier que M. de Saint- Aignan tua autrefois, et dont le portrait est dans la salle de cette maison. Il parle, sur la fin, d'un autre combat pilus périlleux , lorsque ce même duc se défendit avec tant de courage et de valeur contre quatre hommes qui étoient venus l'attaquer. Cette aventure si glorieuse pour lui est sue de tous ceux qui ont un peu de commerce dans le monde.

j'Extraitdu ifercurc galant de nov. 1678.)

Grand duc, en tout tout merveilleux.

Surtout pour être assez heureux Détre, contre ta propre attente, 'Sorti de cent dangers affreux ; Et non seulement de tous ceni,

Que pour le pays Mars présente , Mais, ce que plus en toi je vante, De mille autres exploits fameux.

Que ta grande âme , impatiente De paix, et non jamais contente Qu'elle n'affronte le trépas , D'un noble feu toujours brûlante, En tant de périlleux combats.

Dont le seul récit m'épouvante, Fit naître à tout propos et partout sous tes pas.

Qu'avec plaisir la compagnie, En qui ton accueil gracieux (i) A Toury redoubla l'envie De se voir vite en ces beaux lieux, A présent , surprise et ravie , Y contemple de tous ses yeux Ce monstre vraiment furieux (2), Qui, sans ton fer victorieux.

Eût partout sa rage assouvie De Cléri jusqu'à Brassieux, Et dont l'écumante furie.

Capable de venger les Cieux

(j) Variante du Recueil des plus belles pièces des poètes français (attribué à Fontcnellej; Barbin, 1692 :

A qui cet accueil , etc.

(2) ilerc. gai.

Y contemple de tous ses jeux , Des r.ibord surprise et ravie .

Ce monstre , etc.

2l4 OEUVRES

Et d'assembler les demi-Dieux , A tout autre qu'à toi n'eût point laissé la vie.

Mais quoi! la béte d'Erimante, Pour qui la Grèce eut le frisson , Quelque rude et mauvais garçon Que son Méléagre elle vante, Ni tout ce qu'Homère nous chante De Phénix et son nourrisson, Dont la colère trop constante Et le trop cuisant marrisson Pour la perte d'une servante Combla de tant de morts le Xante, Ne sont de vrai qu'une chanson, Au prix de ce que le Cousson (i) A vu de ta valeur brillante, D'une bien plus guerrière et toute autre façon.

Cousson, dont l'onde claire et pure (2)

Tantôt brille et tantôt se perd

Sous l'épaisse et fraîche verdure

Du long et fidèle couvert

Qui forme ta belle bordure.

Par ta divinité je jure

Que jamais rien ne s'est offert

Au petit talent de nature

Qui souvent assez bien me sert

Pour oser faire une peinture ,

;i) Petite rivière qui passe à la Ferté Saint-Aignaii. (a) Rec. de Barb. :

Ruisseau dont l'onde, etc.

Diverses. 2t5

Rien, dis-je, tel que l'aventure, Dont fut témoin l'affreux désert Où même encor je sens que dure Une horreur dont seul me rassure L'aspect toujours riant et vert De ton cours qui de loin m'en trace la ceinture.

Et, n'étoit que la modestie Est la grande et digne partie Du héros à qui l'on écrit , Cousson, il faut que je le die(i).

Comme jamais le ciel ne vit Rien d'égal à tout ce qu'il fit Dans ce bel endroit de sa vie, Piien aussi n'auroit pu me donner plus d'esprit.

(i) Rec. de Barb. : « Il faut que je te die, »

RÉPONSE Dd Duc de Saist-Aignax.

imable et brillant Chapelle, ^k^a Enfin , suivant mon souhait , ~ Ta lettre savante et belle

Vient me rendre satisfait , Car, sans blâmer le génie De ceux de ta compagnie, Dont les talents sont divers.

Si ma raison n'est trompée, La pointe de leur épée Vaut bien celle de leurs vers.

Ce n'est pas que ta flamberge Ne pût prouver ta vigueur, Et qu'en mon petit auberge Elle ne fît voir ton cœur, Les sangliers de mes bocages Y demeureroient pour gages ; Mais j'ai de très forts soupçons Que tu crois plus raisonnable

(i) Dans le Mercure galant , cette pièce suit la lettre de Chapelle , avec ce titre : Réponse impromptu.

De les percer sur la table

Que dans leurs affreux buissons.

J'en reviens donc à ta muse, Et je soutiendrai ce point, Qu'il faudroit être bien buse Si l'on ne Testimoit point Comme on tient pour des merveilles Les fruits de tes doctes veilles, Quand Phébus vient t'embraser ; Ton humeur libre et galante Par mille agréments enchante Ceux qui t'entendent jaser.

Tes beaux vers sont, sur mon âme,

Dignes d'admiration.

De MoNsiEOR et de Madame

Ils ont l'approbation.

D'un prince tout plein d'estime (1),

De qui l'esprit est sublime ,

Ils feront tout l'entretien ;

Mais je suis fort en demeure,

Car cette ode d'un quart d'heure

N'y répondra pas trop bien.

Ces chasseurs , dont la naissance Est égale à la vertu.

Sans doute auront connaissance De ce méchant impromptu.

Dis-leur, illustre Chapelle,

(1) Le grand Condé.

2l8 OEUVRES DIVERSES.

Que mon cœur, mon alumelle, Ma bourse, tous mes amis, Mon gibier, mes bois, ma plaine.

Mes poissons et ma fontaine, Enfin, tout leur est soumis.

Mais dis de plus, si tu m'aimes, Au jeune prince lorrain.

Qui par des efforts extrêmes Fit rougir les eaux du Rhin, Que , quand le destin contraire Ramena son brave frère , Dont chez moi chacun pesta, Mon âme , alors désolée , Ne put être consolée Que parcequ'il y resta.

0 Chapelle, que j'estime Et que j'aime tendrement!

Sois certain que cette rime Est faite dans un moment.

Allonge ta promenade, Redouble sauce et grillade Dans mon antique maison.

Et cependant je vais boire Ta santé deçà la Loire ; Songe à m'en faire raison.

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