STANCES
Du Dec DE Saim-Aignan
A M. LE Dec DE Vendôme
Sur la petite vérole, en 1680.
rince excellent à mettre à toute sauce, \ Votre vérole a troublé mes esprits.
Pour votre honneur j'attendois bien la Mais la petite m'a surpris. [grosse ;
Nulle dame pourtant ne plaint votre infortune , Car votre teint ne sera pas gâté.
Combien de fois l'ambassadeur Bétliune (i), En repassant du fromage au pâté Et s'éloignant d'une foule importune, N'a-t-il pas bu votre santé?
Un dieu charmant en ces lieux vous rappelle. Un rare esprit à sa valeur est joint ; Son épouse est aussi sage que belle ;
(1) Le marquis de Béthune , ambassadeur de France en Pologne auprès du roi Jean Sobieski.
Et je pourrai vous faire une querelle, Si vous ne le devinez point (i).
Prince , oubliez enfin un pays de cocagne ;
Apportez-nous quelque madrigalct.
Vous quitterez, pour vous, un peu tard la campagne, Si le temps des sermons a chassé le ballet.
(i) M. le Duc et madame la Duchesse.
RÉPONSE Pour Monsieur le Duc de Vendôme
Aux Stances du duc de Saint-Aignan.
uc, qui portez avec vous votre sauce, ' Tout vert encore et dans tout succulent , De votre rare et singulier talent, Sans prendre ailleurs aucune beauté Tirez toujours quelque trait excellent, [fausse.
C'est bien ici que, pour faire réponse , Il faudroit être et poète et guerrier, Dons qu'hormis vous nul n'a su marier; Car partout croît le chardon et la ronce , Mais non partout la palme et le laurier.
Mais , bien qu'en rien on ne vous puisse suivre. Ni, comme vous, être digne du cuivre Dans le métier d'Apollon et de Mars , Il faut pourtant montrer et qu'on sait vivre, Et qu'on connoît les deux plus beaux des arts.
222 OKUVRES
De la vertu qui par trop nous devance La raison veut qu'on adore les pas :
Mais avec cœur et sûre confiance Que de la joindre à nous n'appartient pas , Oser la suivre aura sa récompense.
Si de celui (i) qui pensa mettre en cendre Avec son roi (2) la fameuse Sardis L'exemple eût plus étonné que su rendre Les peuples grecs plus forts et plus hardis , Eussent-ils eu pour vengeur Alexandre.
Elle eût été reine de l'univers ,
Mais n'eût point eu Rome son cher Virgile,
Si l'Iliade eût rebuté ses vers.
Notre Paris n'eût point vu mainte idille
Courir partout dans les quartiers divers ,
Si l'abbé (3) n'eût , d'une force virile ,
Osé marcher après le grand Nevers.
Si du Béthune , ambassadeur à Rome Qui parle encor de sa noble vigueur, Au rejeton la mémoire eût fait peur, Eussions-nous vu pénétrer ce grand homme Jusqu'où de vers grossit son triste tome (4) Nason, pleurant de ces lieux la rigueur?
(i; Cyrus.
(2) Crésus.
(3, L'abbé de Chaulieu.
(4) Les Triâtes d'Ovide et ses Eléjiei de Ponto.
Diverses. 223
Bref, de Dantzic jusqu'à Crim , le vieux tome Eût-il marqué son esprit et son cœur?
Puis nous avons encor cet avantage
Qu'une princesse (i), en qui tant exceller
On voit le beau de Tâme et du corsage ,
Sans oublier ce doux air de visage
Dont on ne peut jamais assez parler,
Par sa présence accroît notre courage ;
Et son savoir, son favori partage ,
A bien voulu parmi ces vers mêler,
Voyant qu'à vous s'adressoit cet ouvrage.
Il ne faut pas en dire davantage;
Ce seroit trop à vous nous déceler.
Adieu, grand duc; adieu, grand personnage.
Déjà d'ici , finissant cette page ,
Je vous l'entends de son nom appeler.
(a) La duchesse de Bouillon.