FRAGMENT
d'Ode impromptu sur Orphée.
^^^t du plus pur et du plus beau ^â De l'essence qui nous éclaire
Un dieu forme un trait de lumière MÊ Dont il pénètre mon cerveau.
Que je sens une pure flamme Se soulever dans mes esprits; Et que le plus beau de mon âme Va paroître dans mes écrits !
C'est toi , grand et divin Orphée , C'est toi que ma muse échauffée Va célébrer dans l'univers.
C'est toi , fils du dieu qui m'inspire. Pour qui je vais faire des vers Dignes des accords de ta lyre.
Je sais bien que , lorsque ta voix Retentit sur les monts de Thrace , Que tes airs rendent mille fois Plus célèbres que le Parnasse, Le rocher sensible te suit , Les aquilons charmés s'apaisent ,
is
226 Œuvres diverses.
Les eaux s'arrêtent et se taisent , Pour ne te point faire de bruit.
Aux accents de ta voix divine ,
Le chêne, malgré sa racine,
Y court pour l'entendre chanter ,
Et nous apprend qu'on peut bien dire
Qu'il a pu parler en Epire ,
Puisqu'en Thrace il sait écouter.
Je sais que ton luth autrefois Sut adoucir l'humeur sévère Du fier tyran de ces détroits , Où jamais n'éclaire ton père, Et qu'attentif à tes merveilles , Le chien du royaume des morts Souhaita de se voir alors Moins de bouches et plus d'oreilles.
Enfin, je sais que les enfers
Te furent autrefois ouverts ;
L'on t'en loue , et moi , je t'en blâme :
Car au fils du plus beau des Dieux
De faire tant pour une femme
Pouvoit-il être slorieux?