‹ ŒuvresChapitre 25 sur 50 · ODE IRRÉGULIÈRE · texte numérisé non relu

ODE IRRÉGULIÈRE

Pour Monsieur le Comte de S.

uel bruit de triomphes nouveaux jSe répand dans toutes les villes Du grand fleuve, et, suivant ses eaux , Passe même en des lieux tranquilles , Et fait retentir nos coteaux ?

Ah , bons dieux ! c'est la Renommée ; Non cette hydre horrible, affamée De mensonges et de faux bruits , Dont chaque tête envenimée Crève aussitôt qu'elle est semée Aux climats grossiers et nourris D'épais brouillards et de fumée :

Non , non ; c'est cette bien-aimée De nos guerriers, ses favoris ; Cette belle nymphe , charmée De l'auguste nom de Louis; Cette divinité formée Des chants d'allégresse et des cris D'une victorieuse armée ; Et qui , des échos de Paris Et de feux de joie animée , Vole par l'empire des lys.

C'est elle , vous le pouvez croire , Qui vous annonce, après Thisloire De l'épouvantable débris Qu'à peine en ses plus creux abris Cache encor la montagne noire ,

Que le grand duc , épris

D'amour pour une autre Victoire , Quitte le Rhin et sur la Loire Vient enfin recevoir le prix Que méritent son cœur, son grand nom (^t sa gloire.

Allons donc tous à sa rencontre , Que notre impatience montre Ce qu'on doit à ses longs travaux. Surtout, villes de ces contrées, Que , malgré les affreux assauts De cent nations conjurées , Nous voyons toujours labourées Dans un plein et parfait repos , Déployez vos riches livrées ; Chargez vos femmes de joyaux; Préparez partout des entrées ; Faites parler vos tribunaux , Retentir vos maisons sacrées , Luire et tonner vos arsenaux; Et que vos portes redorées , De myrthe et de laurier parées , Deviennent des arcs triomphaux.

Mais quoi ! Sur l'humide carrière Autant que peut s'étendre l'œil , Dans ce beau lointain de rivière ,

Diverses. 229

Où l'onde orgueilleuse et si fière Le dispute même au soleil ; Paroît déjà sa galiote , Qui, tant plus vers nous elle flotte, Marque un si pompeux appareil , Qu'on voit bien que jamais pilote, Pas même l'illustre Argonaute , Ne vogua pour rien de pareil.

Aussi ni la dépouille antique De ce fabuleux et magique Royaume et palais de Colchos , Pour qui vit la mer Thessalique Les premiers pins du mont Athos ; Ni les perles , ni les lingots , Qu'en l'un et l'autre golfe indique Trouvèrent , méprisant l'enclos Du vieux monde et de l'Atlantique , Ceux qu'à travers de tant de flots La découverte d'Amérique Rend , avec ce long tour d'Afrique , Les plus fameux des matelots ; N'égalent point cette authentique , Illustre , belle et magnifique Conquête , qu'à ce grand héros Réserve la Gaule armorique.

Ménageons-nous cet avantage ; Joignons l'amoureux équipage.

Prenons part à tant de beaux jours Que promet son heureux passage ; Suivez , suivez , peuple de Tours

23o OEUVRES DIVERSES.

Et de tous ses nombreux faubourgs.

Accourez de chaque village.

Laissez les soins du jardinage, Habitants de ces beaux contours.

Que vos vœux et votre suffrage, Vos flageolets et vos tambours , Nous fassent , pendant ce voyage , Oublier ceux des Brandebourgs.

D'un long et d'un épais concours De femmes , d'enfants de tout âge , Bordez ce magnifique ouvrage.

Qui partout vous sert de rivage , Jusqu'où Loire bornant son cours Rendra pour ce coup son hommage , En dépit de Thétis toujours grosse d'orage , A l'infante des mers , la reine des amours.

LETTRE A Monsieur le Marquis d'Effiat

En lui envoyant la pièoe suivante.

uelfutmon trouble et mon chagrin, Et combien j'amassai de bile , Quand plus à la nuit qu'au matin , Et bien moins courrier que lutin ,

Mais plus dispos et plus habile

Que, dans Marot , frère Lubin ,

Pour courir en poste à la ville (i).

Je te vis prendre le chemin

Qui mène et fait gagner enfin ,

Après un désert infertile ,

Les monts , à qui n'est l'Apennin

Que ce qu'aux géants est le nain;

Barrière affreuse , mais tranquille

Et de la paix toujours l'asile ,

Par qui borne un arrêt divin

L'un et l'autre puissant voisin ,

D'où , comme d'un premier mobile ,

(i) Ce vers manque dans Saint-Marc; nous le trouvons dans rédition de 1752.

232 OElVRES

Notre Europe attend son destin !

En effet, comme moi, qui n'eût Mal auguré, par le début.

Du reste de ta destinée?

Te souvient-il bien comme il plut?

Telle et si rude matinée, Au plus beau mois de notre année Jamais du voyageur n'émut L'âme à si bon droit mutinée ; Non , depuis qu'au seigneur il plut De noyer l'humaine lignée , Tant d'eau sur la terre il ne chut.

Au seul bruit dont il me parut Qu'il pleuvoit dans ma cheminée, Je crus qu'une pluie obstinée Et suivre et conduire te dût Jusqu'à ta route terminée ; A moins qu'en faveur d'Hyménée, Le ciel castillan ne voulût T'offrir quelque heureuse journée.

Car, d'entre nous pas un ne crut Qu'un si grand changement se pût Faire ici dès l'après-dînée.

Et cependant à peine fut Par nos cloches carillonnée L'heure à repaître destinée.

Que Phébus , gagnant le dessus , Et le haut du céleste étage , Y ût luire un si clair visage, Que , de tous côtés épandus , Ses traits percèrent le nuage ; Ce qui me remit le courage.

Diverses. 233

Car d'abord , Marquis , je conçus iju'un pareil jour m'étoit l'image De ta course et de ton voyage , Qui , chez les peuples abattus , Par des temps si noirs, si confus, Si pleins d'horreur et de ravage , Leur seroit un heureux présage Que tout autre astre que Phébus , Et brillant cent fois davantage, S'en venoit dissiper l'orage Et les troubles qu'ils avoient vus; Et demeurer pour sacré gage Que désormais ils n'auroient plus Que des beaux jours du premier âge.

Toi donc parti, je n'eus plus d'autre égard Que de chercher à rêver à l'écart , Et dans les bois exciter mon génie A me fournir des vers sur ton départ; Quand en devroit ma poétique manie, Par le Galant Mercure, être au hasard D'avoir encor, malgré moi, quelque part Dans le récit de la cérémonie (i).

Mais c'étoit bien compter sans Montrichard , Qui tient aux gens trop bonne compagnie. Et si le bruit de tous côtés venu Qu'on alloit voir dans la cité d'Amboise

(i) Ce que Chapelle dit ici semble indiquer qu'il avoit composé quelque pièce à l'occasion de quelque fête ou cérémonie publique, et que le Mercure galant l'avoit adoptée. [SaitH-Marc.)

Plus qu'on n'avoit pas même à la Cour vu N'eût fait partir et bourgeois et bourgeoise, L'n seul moment je n'en eusse obtenu , Tant Montrichard sait trop bien chercher noise.

Mais à présent que làne et Tharidelle

Y vont portant et femmes et maris ,

Sur mon Marot, qui dans tel genre excelle,

Ce chant royal j'ai fait et te l'écris.

Ses rimes sont trois en is, quatre en elle.

Vois-le, de grâce, et pour refrain y lis :

Rien de si beau , rien de si noble qu'elle.

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