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LETTRE III

Au Duc DE Nevebs

En suite de la précédente.

ur cette mer dVme au superlatif Voguer encor s'imputeroit à rage ; Puis de ta nef pour, ensi long voyage, Suivre le cours par trop tempestatif, Besoin seroit d'avoir en patronage La Grand Serpente avec les gensd'Alquif, Qui porta jeune et dès son premier âge Le Damoisel de la mer putatif ; Mais c'est ici , comme ailleurs , grand dommage Qu'un si beau conte on répute apocrif.

Notre pilote aussi, devenu sage Pour à deux doigts s'être vu du naufrage Par à te suivre être trop attentif.

Et bien recors qu'en ce dernier orage Prêt à virer il vit son frêle esquif.

Dit que , depuis que le rude abordage De ton navire à double et triple étage L'a tant battu dans ce dernier estrif , Qu'il est sans voile, antenne , ni cordage, Et dénué de tout conservatif,

OEUVUES LIVERSES. Il3

Son métier veut, sans risquer dcavantage, Que terre à terre et le long du rivage Il fasse aller un bateau si chétif.

Et bien lui sied de tenir ce langage : Car à Toulon ou sous le canon d'If, Tous ports amis et d'un très bon ancrage, 11 fera mieux de prendre un nouveau suif, Qu'un trop ardent et brusque itératif En pleine mer à te suivre l'engage.

Sitôt pourtant que pour son équipage Il aura fait quelque préparatif, Ce lui seroit, Doc , un sensible outrage Si tu croyois qu'en repos et qu'oisif, 11 attendît d'être mené captif Par tes vaisseaux en superbe esclavage.

Non, non, bien loin d'être au combat rétif Pour ta victoire, et devenu craintif D'en avoir fait si rude apprentissage, Las de se voir dans l'état défensif.

Par quelque exploit noble et de haut parage. Qui te sera d'un nouveau choc le gage. Jusque chez toi, plus vigoureux et vif. Te veut porter un cartel offensif.

Comme autrefois fit ce grand personnage Qui, d'Annibal voyant appréhensif Le peuple et Rome être presque au pillage. Porta la guerre aux portes de Carthage. Tel donc bientôt , avec gros rhabillage De ce qu'il croit le plus à son usage. Le plus de mise et le plus portatif.

D'aucun bureau , d'aucun port ni péage

l4 OEUVRES

Sans redouter le plus rude tarif

Fût-ce celui du vieux censeur Ménage,

Ou bien du noble et docte Aréopage (i).

En pareil cas juge indéclinatif,

Tu le verras vers toi tourner visage.

Mais c'est assez être Océanivage (2),

Car moins il doit , en marchand lucratif

Qu'à son gain mène un honteux asservage.

Qu'en voyageur raciocinatif

Que pousse un autre et plus digne motif,

Se gouverner en si long navigage.

N'infère point de là que, moins actif,

Et moins en mots d'if et d'âge inventif,

Tl ait eu peur d'en être en arrérage.

H en a fait riche accumulatif

Et s'est lesté de leur gros ralliage,

Plus qu'un vaisseau ne fait de cailloutage ;

Et que l'enfant, de chez lui fugitif

Pour Saint-Michel voir en pèlerinage.

Ne s'en revient chargé de coquillage.

Et, pour montrer que cet affirmatif

Est bien réel, et non comminatif,

Ni d'un gascon le fanfaron langage ,

Mais le discours d'un pilote effectif.

Viens par plaisir jusques à Ténérif.

Le vin croît bon dans son heureux solage ;

Deux ou trois coups en boirons à l'ombrage

Du couvert frais, sombre et récréatif

(1) L'Académie françoise.

(i) Qui erre sur l'Océan.

Diverses. ii5

De quelque aimable et verdoyant bocage , Où du serin de ces beaux lieux natif Toujours résonne un musical ramage.

Là cent vaisseaux faire leur radoubage Vont, et d'agrès nouveau réparatif Qui dans la suite à propos les soulage : Car du long cours c'est le fameux passage.

Veux-tu, comme eux, mais plus expéditif, Passant la ligne au point définitif Qui jour et nuit en douze heures partage, Doubler le cap nommé de Bon Présage (i) Parceque là cessa d'être pensif Et se vit prêt d'avoir le pucelage Du tour d'Afrique, à lui seul primitif, Gama, qui mit ses princes hors de page , Et leur conquit si vaste possessif Dans l'Indostan et son archipélage?

Veux-tu , laissant dans son chaud marécage Le sale Caffre impudique et lascif.

Qui de ses pieds se sert au larronnage , Et son voisin le pauvre Ethiopage Qui son pays ne tient qu'en vasselage Du Prêtre-Jean, chrétien assez métif, Voir l'Erythrée (2), où se tient le chérif, Après avoir pris de lui quelque otage : Car tu sais bien qu'on y brûle tout vif Quiconque n'a d'un rasoir ou canif De son prépuce accourci le pelage?

(i) Le cap de Bonne-Espérance.

(2) La mer Rouge.

1 1 G OE U V R E s

Ah ! quel bonheur si dans un ermitage

Nous trouvions là quelque révérend mage,

Affable , humain et point rébai'batif,

Grand cabaliste et très spéculatif,

Surtout pratic, plus qu'onc ne fut Baïf,

De la Massore et son baragouinage;

Qui nous apprît comment le grand roi Juif (i)

Faisoit des biens si gros amoncelage,

Qu'il doubla bien de David l'héritage;

Et, loin d'en être indigne ou destructif,

Bâtit un temple à son douzain lignage,

Qu'il lui laissa tout couvert d'or massif!

Or te voilà dans l'heureux paysage ,

Au Paradis terrestre relatif,

Où l'oiseau rare et d'unique plumage

Sur son bûcher, de soi reproductif.

Se vient brûler dans l'épurant chauffage

D'encens , de mirrhe et bois odoratif.

Veux-tu d'encens qu'on te mène au fourrage ,

Puis regagner Paris , le gros village?

11 s'y vend cher par qui n'est apprentif

D'en savoir faire un flatteur étalage.

Aimes-tu mieux, d'un cours consécutif,

Entrer au Golfe ou Sein 'i) qui du Calif

Reçut les lois et lui rendit hommage,

Pour le présent paie au Sophi carage ,

Depuis Abas (3), par ordre successif?

Veux-tu, sans voir Ormus le maladif,

(il Saloraon.

(a) Le golfe Persique.

(3) Le grand Abas, roi de Perse.

Diverses. 117

Où de tous biens la terre est en veuvage,

Gagner Surate et son port ou barrage,

D'où repartant de peur que sauvagif

Ne nous y trouve et ne nous y saccage,

Dans le Bengale, en quelque heureux mouillage,

Comme en ces lieux l'air est dessiccatif,

Aller goûter le frais restauratif

Du savoureux et tant vanté breuvage ,

Que du coco, sans aucun expressif,

Tire le simple et seul apéritif.

Pour donc te rendre un dernier témoignage

Que, chaque jour plus Imaginatif,

De l'Univers au coin le plus sauvage

Il peut aller, par tout pénétratif,

Notre pilote assure encore et gage

De te mener jusqu'à l'anthropophage.

En tout contraire au Banian pensif.

Qui, dans sa hutte ou sous l'épais feuillage,

Le long du Gange entretient son ménage ,

Et croit son cours si purificatif

Qu'il y nettoie en tout temps son corsage ,

Et qui , content d'herbes et de laitage ,

De ce qui vit ne fait son nutritif.

Et simplement s'adonne au labourage ,

De Pythagore en tout imitatif,

Au lieu que l'autre , âpre au sang et carnage.

Sur chair humaine exerce brigandage,

Et , trop glouton et trop vindicatif,

Ose s'en faire un horrible apanage.

D'où comme il faut bientôt plier bagage,

Et de s'enfuir n'être pas trop tardif,

Si tu m'as vu , toujours plein de courage ,

T'amener jusqu'en cette étrange plage; Tu me vas voir, sur le mémoratif De ton retour, sans en être craintif.

Savoir virer le cap du Gange au Tage.

Car, aussi bien un prudent rétrécif Veut qu'on finisse un si long badinage, Qui deviendroit , sans un tel correctif, De mots rimes un fade verbiage ; Et seroit vrai dire au contemplatif.

Qui dans le port en repos se ménage, Qu'il s'attend bien que de cet excessif Embarquement et sur if et sur âge Je ne saurois me sauver qu'à la nage ; Et sur la rive, haletant et poussif.

De mon débris par trop lamentatif En ex voto faire une triste image.

Envoi .

Nous te laissons , pour t'en venir hâtif, Et plus encor, charriage, attelage.

Ta venue est du prince l'optatif; 3Iais, si tu crois valable retentif De dix et six le fameux assemblage , Pour nous répondre on t'accorde message Et de ces mots le rimant fagotage ; Pas n'avons cru, par total ablatif.

En devoir faire un si cruel ravage , Qu'il ne t'en reste assez gros collectif Pour en remplir encore mainte page.

LETTRE

A Monsieur ***

Pour l'inviter à revenir de la campagne (i)

mi , dis-moi , que je le sache , W^^^ Dedans les champs ce qui t'attache, ~ A présent que leur vert panache Impitoyablement s'arrache A coup de vent , à coup de hache ; Que le brouillard les vallons cache , Et gèle leur rude moustache ; Que l'air d'une obscure rondache Couvre la terre et toujours crache Sur le vilain plancher à vache ;

(x) Rec. de Sercy, t. m, p. 235. Sans nom d'auteur.

Si j'attribue cette lettre à Chapelle, c'est uniquement pareeque le style, le tour du vers et la manière d'amener les rimes ont beaucoup de ressemblance avec d'autres lettres en vers qu'on lit dans cette édition, et qui sont certainement de lui. {S. -Marc.)

Il faut avoir un bien grand désir de n'être pas moins complet que ses prédécesseurs pour admettre ici cette pièce et la note naïve de Saint-Marc.

Qu'on ne peut aller sans gamacho Ou grand soulier qui crotte écache , Que de Corbeil Torde patache Plus que jamais les grègues tache.

Il faut que quelque douce flèche Dans ton estomac ait fait brèche , Que quelque bergère t'allèche , Comme un enfant qui sirop lèche , Ou comme un agneau près sa crèche.

Aurois-tu la tête assez sèche Pour prendre comme de la mèche A cette amoureuse flammèche ?

Dans ce soupçon dis si je pèche.

Quoi donc! pour tuer une biche

Et trouver où faisan se niche ,

Ou faire au lièvre quelque niche,

Cours-tu pré, bois, montagne et friche

Avec lévrier et barbiche?

Ou, grimpé dessus la corniche

D'un rocher, tout un jour, sans miche ,

Attends-tu le hasard qui triche ,

Qui promet dedans son affiche

A chacun de le faire riche,

Ou quelque autre colle nous fiche,

Et de bon succès est très chiche?

Ne souffre pas qu'on te reproche Un pareil travers , qui s'approche De la rage et du cœur de roche Des animaux à l'ongle croche.

Diverses. 121

Ne prends le gibier qu'à la broche ,

Comme les clercs de la bazoche;

Tu ne craindras point la taloche

D'un cerf, ni qu'un sanglier t'accroche,

Ou qu'une branche l'œil te poche ,

Qu'un chicot déchire ta poche,

Qu'il te vienne au pied quelque cloche,

Que le trot d'un cheval te hoche ,

Qu'il tombe, qu'il bronche ou qu'il cloche.

Ou qu'il ait quelque fer qui loche.

Viens donc , et que nulle anicroche

N'embarrasse plus ta caboche;

Tu seras gras comme une coche

Cent ans , sans faire sonner cloche ,

Sans que pour toi fosse on pioche ,

Et sans humer suc de bouroche.

Viens, te dis-je, prends la galoche.

Vite comme un trait qu'on décoche,

A cheval ou dedans un coche.

Assis là tout près d'une huche, Sur qui maint garnement se juche Pour mieux hausser gondole et cruche , Pendant qu'autour mainte guenuche Toutes les nouvelles épluche , En bourdonnant comme une ruche , Emmitoufle-toi dans ta pluche ; Cet an l'almanach de Coluche Nous menace de coqueluche.

Adieu, ton valet je me huche.

LETTRE A Monsieur Moreau(i).

e ne vous ferai point ici la description de la maison de Saint-Lazare, où je suis , puisque je vous la vais faire en vers. Je me contenterai seulement de vous dire , pour vous exciter à compassion , que je suis dans un lieu où on me donne tout ce qui m'est inutile et rien de ce qui m'est nécessaire. J'ai un bénitier, et je n'ai point de pot de chambre auprès de mon lit. J'ai un prie-Dieu, et je n'ai point de chaise ni de table dans ma chambre. J'ai un surplis (2), et je n'ai point de chemise. J'ai un bonnet pour le jour, et je n'en ai point de nuit. J'ai une soutane, et je n'ai point de robe de chambre. A table j'ai des serviettes, des

(1) Chapelle, que ses tantes avoient fait enfermera Saint-Lazare, n'avoit que vingt ans lorsqu'il écrivit cette lettre, en envoyant la pièce suivante. (S.-Marc.)

(a) Par ces mots : j'ai un surplis , et par ceux— ci qu'on va lire plus bas : j'ai une soutane , on peut conjecturer que Chapelle avoit été destiné d'abord à l'état ecclésiastique. {S.-MaTc.)

assiettes, des couteaux, des cuillères, et je n'ai rien à manger. Enfin, Monsieur, dans les conversations je n'ai que des gens qui m'importunent , et je n'en ai point qui me divertissent : car tous leurs entretiens ne sont que des invectives contre les vicieuses coutumes du siècle, et de s'emporter particulièrement contre ceux qui, au lieu de dire : Je me recommande à vos bonnes grâces, disent, quand ils se quittent : Je suis votre serviteur.

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