ÉPIGRAMME
Kaile sur -le champ pour répondre à Pespréaux, qui lui reprochoit la trop grande négligence de sa versiCciition.
out bon fainéant du Marais ^-'^^- Fait des vers qui ne coûtent guère ;
Pour moi, c'est ainsi que j'en fais, Et, si jelesvoulois mieux faire.
Je les ferois bien plus mauvais ;
Mais, pour notre ami Despréaux,
Il en compose des plus beaux (i).
(i) On n'avoit pas encore imprimé cette petite pièce entière ni si correcte. Il ne faut pas s'arrôîer à ce que l'on voit ici des rimes masculines de différents sons qui ne sont point séparées par des féminines : c'est sur quoi Chapelle se gênoit peu. (Sainl-Marc.)
LETTRE I
Au Duc DK Ne VERS
En réponse à deux lettres en vers qu'il avoit écrites au sujet de la petite vérole que le duc de Vendôme eut !i la Cbarilésur-Loire en 1680 ('}.
our répondre à vos deux en ime , Dont cette dernière amplissime Pousse ime à toute extinction , Son altesse Sérénissime,
Et de plus microcroutissirae (2),
D'autant qu'aviez l'intention
De venir moins, comme Hermotime,
En visite qu'en vision
Foleter dans l'iufectissime
Chambre de son afûiction,
Vous récrit qu'obligatissime
De viscère et de parenchyme
(i) Voir, sur ces trois lettres au duc de Nevers, les œuvres de l'abbé de Chaulieu , édition de Saint-Marc, et surtout l'édition donnée en 1774 par la famille de Chaulieu.
(2) Mot forgé du grec et du françois , pour dire : qui n'fl plus que de très petites ctoûIcs, (S.-Marc.)
OEUVRES DIVERSES. lo5
Elle est à votre affection ,
Comme à présent saluberrime ,
Plus que ne Tétoit ripsissime
Faculté, devant qu'Albion
Vous donnât sa probatissirae
Et fébrifuge potion.
Plus encor, Duc humanissirae ,
Vous mande le décroutissime
Et très guéri Césarion(i),
Hormis d'une ésurition
Très contraire à Quadragésime ,
Que près de vous chacun est grime
En poétique invention;
Et qu'ainsi , sans fard et sans frime ,
Il a plus d'admiration
Pour la vive façon dont rime
Moriez(2), le héros dudit me.
Que jadis n'eut de passion
Pour le rapsodeur d'ilion,
Qu'il mit comme auteur qui tout prime
Dans un étui d'un million,
Celui (3) dont fut l'ambition
Telle que, pour être isotime
A la céleste nation ,
11 préféra l'illégitime
A la royéde extraction
(i) Nom que le duc de Nevers donnoit au duc de Vendôme.
(a) Nom sous lequel le duc de Nevers avoit écrit les deux épitres auxquelles Chapelle répond.
(3) Alexandre.
i06 OEUVRES
Et se fit un père anonyme , Et de plus cornutissime , Dans Taréneuse région.
De vrai , pareil au chantre rare (i) Qui sut la Grèce ensorceler Des jeux, que vint renouveler Iphyte avec tant de fanfare (2); Si haut Moriez s'élève en Tair, Qu'après lui qui voudroit voler, Par quelque cascade bizarre , Feroit de son nom appeler Une mer lointaine et barbare , Comme la Russe ou la Tartare , Où le marchand n'osant aller, De ce fol et nouvel Icare On n'entendroit jamais parler; Et dans une nuit éternelle Croupirait mangé des poissons , A moins que la troupe immortelle Des neuf maîtresses des beaux sons, Sur leur mont à croupe jumelle Remontrant à leurs nourrissons, Pour réprimer leur hypozèle , N'allât leur dire en leurs leçons :
Gardez-vous d'imiter Chapelle , Qui , pour vouloir à tire d'aile Suivre Moriez dans ses chansons ,
(j) Pindare.
(2) Iphyte rétablit les jeux olympiques qu'Hercule avoit fondés. (S.-Marc.)
Diverses.
Répandit son peu de cervelle Sur les bancs et sur les glaçons D'une mer où toujours il gèle , Et périt d'une mort cruelle Où périrent les Barentsons.
De plus, au temps d'un fier comète, N'appartient à tète bien faite Voler si haut, lorsque l'on peut Jouer en bas à cligne-musette (l).
Maint prince déjà s'inquiète De sa queue en forme d'aigrette.
Qu'à tort et qu'à travers il meut , La prenant pour une vergette Qui vient faire ici place nette.
Moi , qui sais qu'au plus il ne pleut De son influence secrète Que bourse vuide et que disette, Je gagerois bien qu'il n'en veut Qu'à quelque malheureux poète.
C'est donc pourquoi je me retire :
Car sur rimeurs sans doute il tire , Et contre moi se fâcheroit , Au même instant qu'il me verroit Suivre en si haut genre d'écrire Celui qui seul le peut de droit , Tant pleinement Phébus l'inspire.
Puis nous manque notre bras droit , L'abbé (2) que chacun tant admire ;
(1) Voir la note de la page 69.
(2) L'abbé de Chaulieu.
Qui , comme à tous plaire il voudroit , Point n'est loisible au docte sire D'être long-temps en même endroit.
Lui , qui sait Marot sur son doigt Et l'art d'épitre en vers construire , Dans celle-ci vous eût su dire .
Tout ce que dire il vous faudroit.
LETTRE II Au Doc DE Nevers
Sur le même sujet, en réponse à une lettre en vers dont toutes les rimes étoient en ime et en ors.
ncor que dans ta lettre ultime Tu consommes si bien tout Y ime Et si bien épuises les ors.
Cependant , Duc poétissime ,
Loin de nous étonner, c'est lors
Que la troupe scarronissime
Des quatre nouveaux Amidors
T'en écrit lettre pleinissime ,
Sans fouiller du sieur Des-Accords
Le volume bigarrissime (i).
Par là tu vois que mieux records
Du style macaronissime
Que du patois sauvagissime
Des Fouilloux et de leurs consorts ;
Nous montons moins nos Brilladors
Que le cheval volucrissime
Qui de son pied fit jaillir hors
(x) Les Bigarrures du seigneur Des-Accords.
110 OE D V R E s
Cette source fécondissime Où tant burent les Fracastors.
Et , quant à ce que tu nous mors Sur notre retraite chronirae , Songe que Fabius Maxime , Le roi de tous les cunctators , Par sa conduite lentissime , Nous donne exemple sagissirae D'empêcher le sérénissime D'aller sitôt mettre dehors Son visage écarlatissime.
De plus , à nos vieux corridors Nous joignons salon amplissime , Où , selon l'art vitruvissime Brilleront lapis et marmors.
Tels qu'en ce temple sanctissime Où Ton offroit avec l'azyme Toutes bêtes hormis les porcs , Avant qu'à sac funditissime L'eût mis la main profanissime Et plus que sacrilégissime Des fiers Nabuchodonosors.
Mais pourquoi , Duc pindarissime , Dans notre état tranquillissime Veux-tu faire des Galaors De ton couple népotissime (i); Dans le temps opportunissime Tu le verras audacissinie
(i) De ton couple de neveux, le duc et le chevalier de Bouillon.
Diverses. m
S'affourcher sur des pilladors ;
Et dans cette ardeur qui l'anime,
Pousser la gent à tapabords
Jusqu'au fleuve rapidissime ,
Où régnoient les Bétlen-Gabors (i).
Par quoi , baron loquacissime (2),
Si le premier tu ne démors
De ta rage opiniâtrissime
A tant rimailler en issime.
Nous t'envoyerons vingt recors
Et du sergent rapacissime
Tous les ordinaires supports
Sceller ta bouche copronyme
Et te conduire par Gisors
Aux lieux où le bartholissime
Modèle de tous les 3Iédors
Se feroit fait Catonissime
Pour terminer son ostracime ,
S'il eût eu les fermes conforts
De ton grand duc Sénéquissime (3).
(i) Bétlen Gàbor, vaïvode de Transylvanie.
(2) Moriez , baron de L'Arsée. V. la note 2 de la page 105.
(3) Le duc de Nevers lui-même.