Oeuvres
tombal dans un profond assoupissement, pendant lequel je rêvai qu'on me flagellait avec des verges trempées dans de l'eau bénite, et je ne m'éveillai qu'à dix pages de 15, lorsque le prêtre disait ces mots : « A ces causes, après en avoir délibéré, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit. » Ce protocole gascon me piqua l'oreille. Voilà, dis-je à mon voisin, un tonsuré bien péremploire! Il serait empereur de la Chine ou czar de toutes les Russies, qu'il ne parlerait pas sur un autre Ion. Jésus-Christ ne disait point à ses disciples : « Je vous ai ordonné et je vous ordonne.... » Il est vrai que Jésus n'est que le fils de Dieu, et que M. Dufètre est le fils d'un chaudronnier; chose, du reste, dontjcle féliciterais bien davantage encore, si ce monseigneur qu'il a ajouté à son nom et ces honneurs de cardinal qu'il se fait rendre, ne juraient un peu avec son origine plébéculienne. Mais voyons ce qu'il a ordonné et ce qu'il ordonne....
— Pourvu, me répondit, mon voisin, que ce ne soit pas de lire tous les jours son Mandement !
Mais 31, Dufétre n'est point cruel. Malgré ses Nous avons ordonné et ordonnons, c'est le meilleur homme du monde. Ce n'est point, lui, un jeûneur, un xérophage; il ne veut point que son diocèse dépérisse entre ses mains ; il lui faut, à ses processions , des vierges joufflues et des fabriciens le moins jaunes possibles. M. Dufétre, donc, nous permet l'usage des œufs et du lait durant tout le carême, et des jours gras de la semaine il ne retranche que le jeudi, ce pauvre jeudi qui m'apportait, quand j'étais maître d'école, de si douces heures, et avec lequel j'ai foulé dans les bois tant d'herbe qui ne repoussera plus, hélas! sous mes pieds. C'est avec une vive douleur que je vois ce vieux cl infortuné camarade tombé dans la disgrâce de son évêque et obligé de manger des légumes secs jusqu'au Vendredi-Saint. Si encore je pouvais adoucir la rigueur de son jeûne ! Mais , hélas ! condamné moi-même à un régime barbare par mon médecin, je ne saurais lui faire manger qu'un fade bouilli, et de temps en temps quelque maigre
slr cn mandement. »
blanc (le volaille. Par la grâce de M. Durêlrc, le carnaval se prolongera dans ce département jusqu'à Pâqufs. Ce n'est que pour la forme, pour faire acte de présence seulement, que le carême se présentera parmi nous ; et s'il raisonne, l'illustre prélat lui ordonnera de touiner sa broche. Je ne doute point que désormais les fldélcs do l'Yonne, du Cber et de l'Allier ne viennent en foule sur notre heureuse terre passer la rigoureuse quarantaine ; et le jour de Pâques, quand saint Cyr paraîtra à la grand'messe au milieu de ses confrères vides et décharnés, ayant, lui, les joues pleines et rebondies et son rabat tout macule de taches de graisse, je suis bien sûr que les bienheureux le jalouseront, et que plus d'un de ceux qui l'ont raillé voudraient bien être sur sou cochon.
Et voyez comme RI. Durêlre est bon évêque ! pour tant de concessions, il ne vous ordonne, en faveur de ses établissements diocésains, qu'une aumône proportionnée à votre fortune. Mais, faites-y bien attention, celle aumône est obligatoire. Eussiez-vous nourri pendant le carême tous les pauvres de la localité , votre dette envers les établissements diocésains n'aura pas diminué d'un centime.
M. Dufèlre dira peut-être que je canonise le vice et que je flétris la vertu; mais j'ai un petit éclaircissement à lui demander relativement à l'article 5 de son mandement. Une aumône proportionnée à la fortune du mangeur du viande, cela est très moral ; malheureusement cela n'est pas très clair. Dans quelle proportion doit donc élio cette aumône avec notre fortune? Est-ce dans la proportion de dix, de vingt pour cent? Les émoluments de l'employé, le revenu du rentier, la pension de la belle dame entretenue, le salaire de l'artisan sont-ils passibles de cette aumône ? Combien de temps aura-t-on pour s'en acquitter? Les bedeaux porteront-ils à domicile des petits avertissements sans frais? Reçoit-on le papier sur Paris, et les crucifix indulgenciés passentils au comptoir? Voilà, pour ôlcr tout prétexte de discussion
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entre nous et les curés chargés de percevoir l'aumône obligatoire, ce qu'il aurait fallu nous expliquer. Pour moi , si j'avais été à la place de M. Dufêlre, j'aurais ainsi rédigé mes ordonnons :