‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 5 sur 28 · JE VEUX ÊTRE RECENSÉ · texte numérisé non relu

JE VEUX ÊTRE RECENSÉ

que de réminiscences, c'est un pauvre affamé réduil à manger ses excrémenls.

Allons, qu'on me recense pour quatre-vingt-six rédacteurs attachés au bureau de l'esprit public, afin que chaque département ait le sien.

Je veux aussi être recensé, parce que les forts détachés ne s'élèvent pas assez vite, et que, d'un moment à l'autre, M. Guizot peut en avoir besoin.

N'est-ce pas, monsieur l'agent, que vous voudriez les voir sortir de terre et grandir comme une touffe d'herbes dans l'espace d'un été? N'est-ce pas que vous dormiriez plus tranquille s'ils étaient hors des mains des ingénieurs, déjà pleins de soldais et tout hérissés de canons?

Que nous font, à nous, les révolutions ? Nous n'y gagnons rien, et nous y perdons toujours quelque chose. Les cachots du Mont- Saint-Michel sont aussi profonds que ceux de la Bastille ; les mandats préventifs sont d'aussi rudes empoigneurs que les lettres de cachet; et les lois de septembre sont pires encore que la censure.

Vous avez peur de la monarchie ! Et que nous fait la monarchie à nous autres prolétaires ? que nous importe de crier vive le roi au lieu de vive la constitution? c'est quatre syllabes de moins dont nous bénéflcions? qui vous a dit que le régime monarchique ne valait pas bien le régime constitutionnel ? Ces Allemands que vous appelez des lêtes carrées ont un gouvernement monarchique ; pourtant ils sont gras et frais, leur pipe ne s'éteint pas, leur pot de bière n'est jamais vide, leur poêle est toujours chaud ; ils ont des tas de choucroute sur leur table, du lard à leur plancher et des jambons à leur cheminée; parmi les Français, au contraire, qui ont l'avantage d'être libres, il y a deux ou trois millions de familles qui n'ont pas le pain quotidien.

N'admirez-vous pas, du reste, avec quelle subtilité M. Guizot a fait faire volte-face aux bastions et aux contrescarpes de son pré-

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déccsscur. M. Thiers avait mis ces pierres Tune sur i'aulre pour nous seivlr de rempart contre l'étranger; M. Guizot lui a dit :

« Petit homme, vous vous trompez d'adversaires : mes ennemis, à moi, ne sont pas au dehors, ils sont au dedans ; et mes amis ce sont les étrangers qui me glorifient.

« Vos faubourgs sont très aimables, — un auguste personnage l'a dit, et il ne m'appartient pas de le contredire ; — mais ils sont remuants, batailleurs, toujours prêts à dresser des barricades; la charte s'est mise sous leur protection ; si, au lieu de la froisser, comme je fais de temps en temps, je voulais la déchirer, ils sont là quatre-vingt mille qui verseraient tout leur sang pour la défendre ; mais quand je les tiendrai un jour avec mes forts détachés, il faudra bien qu'ils restent en repos, et je ferai de leur charte des papillottes pour M^e de Lieven.

« Tu n'es que Thiers, et moi je suis Guizot ; ton génie humilié doit se tenir chapeau bas devant le mien. Tu as fait poser, à grands frais, à l'entrée de la maison, une porte lourde et solide pour te défendre des voleurs, et moi je me sers de cette porte pour le tenir caserne dedans, et encore c'est toi qui portes la responsabilité de cette dépense. A. ce grand cri d'opposition qu'on jelle contre le recensement, je fais répondre par le Journal des Débats : C'est l'œuvre de M. Thiers; il a fait un trou profond au milieu du trésor, il faut bien que je jette dedans millions sur millions pour le combler. »

EnGn je veux^être recensé.

Parce que le gouvernement, vu la modicité de son budget, ne peut faire à Alger assez de dépenses inutiles, que la chambre des députés ne se dégoûte pas assez vite de cette dispendieuse conquête, que personne n'a encore osé dire qu'il fallait abandonner cette province de sable qui n'est bonne que pour des Bédouins et des lions, et que les Anglais commencent à douter de la sincérité de nos promesses.

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