‹ ŒuvresChapitre 13 sur 45 · I.ETTRKS SUn I.A KHFUKMI-: i:i.i:CTOKAI.K · texte numérisé non relu

I.ETTRKS SUn I.A KHFUKMI-: i:i.i:CTOKAI.K

faut les engraisser el les manger, et c'esl ce qu'on fera dans vingt , dans trente, dans cinquante ans, quand cette population qui monte et monte toujours comme les flots du déluge, ne pourra plus tenir entre les limites de la France. Si au contraire ce sont des hommes, pourquoi alors ne pas les traiter en hommes?

Uaillerie à part, les mendiants i)ourraienl bien cire des hommes. Je serais même tenté de pousser l'audace du sopi)isme jusqu'à affirmer qu'un mendiant dans sa peau , surtout quand il n'est pas tortillé, qu'il n'est ni bossu, ni aveugle , ni boiteux , vaut bien un bourgeois dans la sienne. Mai» quels hommes sont donc les mendiants? Eh ! mon Dieu, ce sont des hommes qui n'ont pu trouver place au grand festin de l'industrie; des hommes que le fort, qui veut avoir ses coudées franches cl qui mange avec un glaive, a fuit choir de leur siège, auxquels il a brisé leur écuclle; des hommes dont les fragiles bras n'ont pu lutter avec les bras de fer de vos machines, qui tantôt travaillent comme des géants, et tantôt comme des fées; des hommes enfin qui paient voire luxe du bonheur de leur vie. Vous, mes amis , qui clés riches, si on vous confisquait votre profession, vous seriez encore quelque chose ; mais moi, si on brisait mon martinet, que serais-je? un mendiant. Jésus-Christ qui disait à ses apôtres : « Allez annoncer à tel homme que j'irai faire la pàque en sa maison,» qu'était-il? un mendiant. El ses apôtres auxquels il défendait d'avoir deux habits, deux paires de souliers, de porter de l'argent dans leur ceinture, que voulait-il qu'ils fussent? des mendiants. Jean-Jacques Rousseau, avant d'élre un sublime écrivain, n'était qu'un mendiant. El ces rois, quand un choc populaire a renver.sé leur trône comme un vil labourel, que sont ils? des mendiants, qui de leur pourpre se sont fait une besace. C'est ainsi qu'en toutes choses les extrêmes se touchent. De même que la beauté, la grâce, la force se résolvent, quand la mort les a touchées de son doigl , en un peu de corruption , de même toute grandeur déchue , toute opul?nce larie se résolvent en mendicité.

52 LKTTBRS AU STSTÈMK

Mais, dites-moi, tous les hommes que je viens de nommer ne feraient-ils pas , quoique mendiants, un magnifique collège électoral ? Le sceau dont le malheur marque ses victimes, doit-il être un sceau de réprobation ? Et nous qui proclamons que la richesse est une prééminence, comment pourrions - nous admettre que la pauvreté est une flétrissure?

Vous mettez en état de prévention l'indépendance de mes clients, soit; mais je n'abandonnerai pas la cause avant qu'elle soit perdue. Voulez-vous prendre des arbitres? voilà le marchand ... le négociant, voulais-je dire , ce quatrième pouvoir de notre système consUtulionnel , ce roi du trottoir, cet homme qui a commencé par être cornet de poivre et qui est devenu magasin, qui a des louis plein son bonnet à poil ; c'est un citoyen bien respectable, n'est-ce pas? Eh bien ! soumettons-lui la question. Le mendiant, dit-il, est plus indépendant que moi; il n'a pas à ménager un client riche et gros consommateur, qu'il faut qu'il adore jusque dans la personne de son maître d'hôtel. Et ce fonctionnaire, qu'en pense-t-il ? Il est de l'avis du marchand. A chaque élection, dit-il, le préfet me met sous la gorge un arrêt de destitution, si je ne vote pas selon son désir. Le mendiant ne pourrait être victime de celtr; extorsion de bulletin. Et vous , fils d'électeur, germe de fonctionnaire, qui grandirez en une nuit , comme la courge du prophète, quelleest votre opinion? Le mendiant, répond -il, n'a rien à espérer du gouvernement : il aimerait mieux , lui , un ulcère postiche que la croix d'honneur; je suis plus dépendant que lui. Et vous, riche rentier, monceau d'or, escarcelle qui déborde , que décidezvous? Sloi , dit-il , je pense comme ces messieurs; je dépends d'une mullilude de considérations sociales, qui, prises une à une, sont des fils invisibles , mais qui , réunies ensctnble, forment une chaîne^j'lemendiani, au contraire, ne dépend que de son eslomac.

Mais, dites-vous, on séduira votre électeur pour un morceau de pain ; sa^voix .sera à celui qui lui donnera le plus gros morcea».

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