SUR LA RÉFORME ÉLECTORALK. SS
Aiais, pourquoi le mendiant achcterail-il ce qu'il a pour rien? La commisération des bonnes âmes est un revenu qui ne peut le tromper; si votre seuil est inexorable pour lui, si votre chien le mord aux jambes, il va frapper à une autre porte. Quand vous lui avez donné son liard et qu'il vous a remercié par une oraison, il est quitte avec vous ; il vit comme le sauvage au milieu de votre société, il n'obéit à personne, il ne craint personne, il n'aime personne, il est, par sa petitesse, insaisissable à la corruption. Quand il s'étale comme un lézard au soleil de la place publique, qu'il broie sous sa dent de requin l'os que vous lui avez jeté, qu'il se repose le long du chemin sur sa besace pleine, il est le plus heureux de tous les hommes. Et ce bonheur, il ne sait à qui il le doit ; son pain quotidien est composé d'une multitude de miettes, qui lui viennent il ne sait d'où. Le mendiant , c'est l'homme d'Horace, qui n'admire rien : le suisse galonné de la cathédrale, le tambour-major du régiment et le préfet en costume, c'est pour lui la même chose ; il ne les estime que pour ce qu'ils valent au creuset. Votre cordonbleu est le personnage le plus important qu'il connaisse, et votre roquet la puissance qu'il redoute la plus.
Le mendiant est un homme dégradé , dites-vous. Vous vous trompez: c'est un philosophe pratique qui entend bien la vie; il en a retranché toutes les superfluilés et l'a réduite au strict nécessaire : c'est l'oraison dominicale en action ; c'est l'herbe des champs de l'Evangile , qui est chaudement vêtue , qui est bien nourrie et qui ne sait ni coudre ni Uler. Le grand philosophe Molière s'étonnait de renconl'-er de la probité dans un mendiant ; mais le mendiant est celui de tous les hommes qui est dans la meilleure position pour être probe. Je suis sûr qu'on trouve peu de voleurs parmi les mendiants.
Le mendiant ne paie pas de contributions ; il arrive franco jusqu'au 31 décembre. Qu'est-ce que cela fait? Les nobles non plus, avant 93, ne payaient pas de contributions, et les prêtres, loin d'en payer, en recevaient.
5i LETTRES AC SYSTÈME
On fait arrêter les mendiants. Qu'est-ce que cela fait encore? Ce sont ceux qui les arrêtent qui sont des voleurs d'hommes. Voilàt-il pas un délit bien grave, de tirer le cordon d'une sonnette et de tendre la main à une servante ! Coureurs d'anti-chambres, qui vous faites les sbires de la société , rappelez-vous l'histoire du pirate et d'Alexandre 1
Vous croyez que le mendiant vous donnerait sa voix pour un fétu. Mais le mendiant, du moins le mendiant de vieille roche , a une haine d'instinct pour le riche. Allez lui demander son suffrage, il vous répondra ce que vous lui répondez quelquefois : Dieu vous bénisse !
Tout ce que je viens de dire est peut-être exubérant; mais je tenais à réhabiliter le mendiant , car nul ne sait ce qu'il deviendra.
Un conventionnel a dit :« Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! » Quand je dis : « Faisons les mendiants électeurs plutôt que de laisser périr un principe, » ai-je plus tort que ce rigide citoyen ?
Le spirituel biographe du bœuf Lombard m'a demandé pourquoi nous n'admettrions pas les femmes dans les collèges électoraux. La raison en est simple : c'est qu'il n'y a plus d'Amazones ; c'est que les femmes sont des enfants qu'il faut éloigner du péleraêle de nos assemblées ; en termes plus graves, c'est que les femmes ne sont pas faites comme nous, qu'elles ont des goûts, des instincts, des passions et des capacités différentes des nôtres.
Sauf quelques grandes et rares exceptions, qui a jamais vu une idée politique se loger sous un bonnet de gaze ? Si cela arrivait, l'idée, en grandissant, ne ferait elle pas éclater sa belle, mais fragile enveloppe. Plante-t-on un chêne dans un vase de porcelaine? Un rossignol qui chante sur un rameau en fleurs pourrait-il entonner la ^iarse!7/aiïe? Croyez-moi, la bouche des femmes est faite pour sourire et non pour discuter: un argument leur ferait faire la grimace. Si vous apportiez votre urne sur les genoux d'une
SCR LA. RÉtOHMK ELECTORAI.B.
femme, elle n'y pourrait mettre qu'une feuille de rose. Les femmes sont des fleurs qui ont besoin, pour s'épanouir, du jour amorti des salons et de la douce chaleur du foyer : un orage politique les effeuillerait. Ne voyez-vous pas que nous gâterions nos femmes en leur donnant nos mœurs, nos habitudes, nos p":ssions et môme nos vertus? n'avez-vous pas remarqué que le charme le plus doux et le plus puissant des femmes, c'est d'être autres que nous sommes ? El, dites-moi , vous éprendriez-vous d'une femme en habit à la française et en pantalon à sous-pieds? N'avez-vous pas observé encore que cet instinct des contrastes préside à presque toutes les unions, quand elles sont libres ? que l'homme fort épouse ordinairement une femme faible , et le petit homme une femme d'une grande laille? Je ne sais si vous êtes comme moi ; mais, si j'étais Apollon, je ne voudrais pas épouser une Muse.
Elle est belle la femme qui baise de ses lèvres souriantes un enfant qui lui sourit et qu'elle presse contre son sein ! Vous diriez de ces deux êtres qui ne font plus qu'un , une branche de rosier en fleur. Elle est belle encore la femme, lorsqu'elle est penchée sur le lit d'un mourant, comme un ange envoyé de Dieu pour délieradroilement notre ame des chaînes de la vie ! Je vous accorderai encore, si vous le désirez , que les femmes seraient meilleures que les hommes pour exercer les fonctions sacerdotales; mais vous figurez-vous madame Poutretde Mauchampsà la tribune? Le bœuf Lombard écoulant gravement dans une loge de l'Opéra, ses deux jambes appuyées sur la banquette, la musique de Rossini, produirait-il un effet plus disgracieux ?
Puis, si vous accordez des droits politiques aux femmes, il faudra leur accorder des droils civils, et, par extension , en accorder aux enfants. Alors chaque ménage sera un petit état constitutionnel où le menu du dîner sera voté à la majorité des voix.
El de l'indemnité proposée pour les députés, qu'en pensez-vous, mes amis? N'est-il pas vrai que la plus noble des fondions dont un citoyen puisse être revêtu, ne doit pas être mise à prix et cotée