DISTRIBUTION DE PRIX AUX ÉCOLES CHRÉTIENNES
des dynasties; mais, qu'est-ce que tout cela a produit pour le bonheur du genre liumain ? Ce sang que nous avons versé , il il s'en est allé à l'égoût de la rue comme l'eau de la pluie, el , comme elle , n'a point laissé de trace. En vain nous faisons des révolutions , toujours les anneaux de la chaîne brisée , semblables aux tronçons d'un ver cassé, se ressoudent d'eux-mêmes ; toujours le peuple victorieux et souverain ressemble à un cheval fougueux qui , ayant renversé son cavalier, s'embarrasse dans ses rênes tombées et se laisse saisir par un autre maître. La bonne graine de liberté, celle qui sort de terre el qui milrit , ce n'est point de la poudre et des balles de plomb. Appelons-en à une puissance plus forte que celle des hommes. Au lieu de ces réformateurs postiches , qui nous flagornent quand ils sont petits et se vendent quand nous leur avons fait une réputation qui vaut quelque chose , prenons Jésus-Christ pour chef ; nous serons bien >.iirs, du moins, que celui-là n'acceptera point de ministère. La réforme électorale est dans l'Évangile bien plus encore que dans la charte. Tous les hommes sont frères, donc ils sont égaux entre eux ; n'est-ce pas là le principe de toute législation ?
Certains des nôtres m'appelleront peut-être cagot , tandis que les prêtres me dénoncent au ministre des cultes comme un impie ; mais, peu m'importe ! j'ai dit ce que je pense.
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(osanna!!! .. M. Dufctre a reçu la croix d'hon-
\neur ! Je voudrais êlre cymbale et grosse caisse
(pour faire relenlir cette bonne nouvelle jusque sous iie plus humble chaume... Quel honneur pour nous tous d'appartenir à un diocèse décoré!... Quand les patrons de Sens de Bourges, d'Aulun, rencoulreront le nôtre dans le ciel, il faudra qu'ils lui ôlenl leur mitre. Depuis cet heureux jour les cloches sonnent à mon oreille comme des trompettes, la cathédrale me semble avoir grandi de cent mètres, et le bon saml Lyr lui-même affecte , sur sa bête, l'altitude fière et martiale d un officier de cavalerie.
Mais je félicite à peine M. Dufêtre de cet honneur, et même, s il
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était un peu plus mon ami, je lui en ferais mes compliments de condoléance. Qu'est-ce donc que deux ou trois centimètres de ruban pour un si grand homme? Il lui en faudrait une pièce tout entière. C'est comme s! le ministre décorait d'un lampion le phare de Brest. Mais ce ministre croit-il donc, dans son orgueil , avoir toute gloire enfermée sous le couvercle de ses cartons ? croit-il qu'il n'y a en France de gloire que celle qu'il distribue? En vérité, bientôt il fera offrir à Jésus-Christ le litre de baron. Ne s'aperçoit-il pas qu'il insulte notre évéque? Lui dire : « Je veux vous rehausser, » c'est lui dire: « Vous pouvez l'être encore. » Or, tous tant que nous sommes, et M. Dufèlre le premier, nous savons bien que cela est impossible. S'il veut offrira l'illustre prélat un cadeau décent, c'est de lui faire apporter de Rome, par notre ambassadeur, le chapeau de cardinal. Si j'étais dans la soutane violette de notre Fénélon, je lui apprendrais à qui il s'adresse : je ne voudrais pas porter son ruban quand j'irais par la ville vaquer aux fonctions de mon épiscopat, et, dans l'intérieur de mon palais, je le ferais porter par mon valet-de-chambre. Et, d'ailleurs, lorsque M. Dufctre, pour obéir à Dieu qui le lui avait expressément enjoint, est entré lriom|ilialement à Nevers, n'a-t-il pas assez souffert dans son humililé, sans qu'on le force encore à repasser par ce chemin bordé de lauriers?
Cette croix, du reste, n'est pas digne d'une illustration comme la sienne : il lui faudrait, sur la poitrine, le grand aigle de Napoléon en personne, tant qu'il s'étend et se compo'-le. Et quelle différence, mon Dieu des décorations d'autrefois à celles que les ministres jettent maintenant par les fenèlres de leurs hôtels !
La soie dont on faisait les vieux rubans avait été trempée dans dn sang versé par la patrie; la France, de sa navette d'or, la tissait pour des poitrines cicatrisées de soldats, pour ces hommes vaillants et forts qui suivaient l'empereur dans des courses bien autrement triomphales que les vôtres, M. Dufèlre ; dont le sable ardent de l'Egypte avait brûlé les pieds, et dont l'incendie de
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Moscou avait roussi la moustache. La biographie de ces hommes, c'est l'histoire de nos conquêtes, pI leurs trophées à eux, ce ne sont point des métaphores; ces trophées, ils sont répandus autour de vous, et votre cœur saigne de désespoir de les voir : c'est l'arc' triomphal de l'Etoile, c'est la colonne Vendôme, ce sont ces noms de victoires donnés à nos ponts, à nos rues, à nos places publiques ; c'est la trace de leur talon d'airain ineffaçablement empreinte sur le pavé de toutes les capitales. Auprès de cette croix, l'or était vil; elle restait dans les familles comme une relique; souvent Napoléon l'avait lui-même attachée, et elle gardait comme une trace lumineuse de ses glorieuses mains. Napoléon avait beau dire qu'elle devait récompenser tous les mérites, il distrayait rarement quelques fils de celle étoffe pour les hommes pousseteux de ses administrations. Aussi, pour le peuple, ce ruban sent toujours la poudre, et il s'obstine à ne voir en lui que le signe distinclifdes braves.
Hommes des banquettes ministérielles! hommes de la paix toujours et partout ! notabilités trouvées au fond d'une urne, et que souvent un sous préfet, bien disant et bien marchant, a faites de la poussière de sa chaussure ! ne vous enorgueillissez pas tant de vos décorations ! Si quelques pauvres artisans du peuple s'inclinent encore devant elles, c'est qu'ils vous prennent pour un autre. Dans votre ruban, c'est la gloire militaire de la République et de l'Empire qu'ils saluent. Il est des croix glorieuses ; mais savez-vous où elles sont? Elles sont à Waterloo, parmi les ossements des braves qui ont brûlé la dernière cartouche de l'Empire et que le lion belge écrase maintenant de sa masse indolente. Allez, si vous l'osez, les tirer de ce vaste cercueil, et apportez-lesnous à votre poitrine; alors, tous tant que nous sommes, nous nous découvrirons devant vous.
Mais non, cette pourpre de l'ancien temps est usée ; nous n'avons plus la teinture qui la faisait resplendir; la France a fait des lames de canif de la latne de sonépée; elle n'a plus d'autres
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champs de bataille que les élections, et ses héros meurent à l'hôpital. Pourtant, elle n'a pas dit adieu pour toujours aux champs de bataille; sa poudre, que l'humidité des mauvais jours a avariée, un soleil plus chaud peut la sécher ; elle peut encore avoir besoin de l'éclat de cette resplendissante étoile pour guider nos jeunes et fiers bataillons, indignés de n'avoir que des sauvages à combattre, dans les routes que leurs pères ont tant foulées. Mais qui voudra aller chercher cette croix au milieu des redoutes hérissées de canons, quand d'autres hommes n'ont qu'à se baisser pour la prendre, et qu'on la ramasse dans la poussière des cathédrales?
Si encore on ne la donnait qu'à des hommes qui ne l'ont point méritée ! si d'obscurs ambitieux n'en faisaient pas la récompense de leurs valets et de leurs agents de corruption ! Mais, qu'attendre de ce ruban, quand on le prodigue à des indignes? Vous avez greffé, sur le tronc du laurier, des rameaux de buisson : il ne peut plus produire que des épines.
Cette croix, donc, ne convient pas à M. Dufétre ; les médailles à son effigie, qu'il distribue, sont beaucoup plus glorieuses ; s'il consentait à s'en revêtir, ce ne serait que pour la réhabiliter en la portant sur son auguste poitrine. Mais, je l'en préviens, cette complaisance peut avoir de graves inconvénients; d'abord, il donnera le mauvais exemple à ses prêtres; quand ils verront leur évêque décoré, ils voudront tous avoir un bout de ruban ministériel sur leur soutane ; dès lors, le doux crépuscule de leur presbytère leur deviendra importun ; ils jalouseront le maire et le juge de paix de la paroisse ; ils voudront, à leur tour, jeter leur ombre au soleil de la vie publique; d'hommes de prières que nous les supposons, ils deviendront hommes d'intrigue; ils auront un candidat politique; ils iront crotter leur soutane au milieu de la cohue des électeurs.
Puis, Jésus-Christ l'a dit : son royaume n'est pas de ce monde ; ce n'est pas d'un ministre, c'est de lui seul que les prêtres doivent