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plus que vous, el si vous ne l'éles pas assez, qu'est-ce qui vous empêche de l'élre davantage?
Ces éducations religieuses produiraient beaucoup de mal si elles étaient efficaces : elles déformeraient les générations sur lesquelles elles s'abattent , et il faudrait frapper d'interdidion les conseils municipaux qui votent des Ignorantins. Mais Dieu qui fait tout pour le mieux , a voulu qu'elles ne vinssent pas à profit. Cette noire soutane dont vos instituteurs tonsurés revêtent l'enfant presque au sortir de ses langes , s'use et tombe comme le premier pelage des bêles fauves , comme le duvet que secoue l'oiseau en sortant de son nid. Malencontreux jardiniers du Seigneur, ils préparent leur terrain avec beaucoup de soin et de fatigue , ils y sèment leur graine , ils l'arrosent surabondamment d'eau bénite , et ils croient avoir fait une planche de prêtres : mais quand vient la saison luxuriante de la sève , au lieu de tricornes qu'ils attendent, ils voient poindre de leurs sillons des chevelures parfumées et des (êtes ardentes de jeunes hommes qui les regardent à les faire pâmer d'effroi. La Restauration était bien religieuse , sans doute , si religieuse qu'elle a fait mourir ses lys en les replantant trop prés de l'autel ; elle ne nous a épargné ni les écoles chrétiennes , ni les petits séminaires , ni les abbés recteurs d'académie , ni les abbés proviseurs et censeurs du collecte ; elle nous eût volontiers fondu en méaailles de saints le bronze glorieux de la place Vendôme ; mais à quoi cela lui a-t-il servi? Cette génération qu'elle avait élevée au son des cloches et dont elle avait remis les lisières aux mains des Jésuites , c'est elle qui a renversé le trône bénit de saint Louis , qui a découronné le chef oint et sacré de Charles X et qui a fait choir les prêtres de leurs grandeurs usurpées.
D'où vient donc l'impuissance de ces pieux faiseursd'éducalion? C'est qu'ils font toujours el fatalement au rebours du bon sens et de l'expérience : ils s'y prennent comme s'ils avaient encore affaire aux générations à peine adultes du moyen-âge : ils ont un vieux moule tout rouillé et que par tradition ils croient excellent , et
ils veulent , bon gré , malgré, y refondre la civillsallon'actuelle. Au lieu de faire aimer la religion à leurs disciples , de la discuter de bonne foi avec eux et de la leur laisser discuter librement , ils la leur imposent comme un esclavage. C'est à coups de verge qu'ils leur démontrent qu'il faut croire en Jésus-Christ. Si l'un d'eux osait révoquer en doute deux syllabes d'un article de foi, ils le chasseraient avec ignominie de leur ji^suiliére , et le renverraient bien et dûment damné à ses parents. Ils n'ont qu'intimidé, et ils croient avoir convaincu ; mais tandis qu'ils tiennent dans leurs liens la langue qui dit oui et la main qui fait le signe de la croix , la pensée déployant ses ailes de flamme , s'envole librement vers les espaces interdits et en redescend avec le doute et l'objection , objection et doute d'autant plus pernicieux qu'ils se cachent dans un pli de l'ame , et que personne ne sachant où est le mal , ne peut y appliquer le remède. Ces pauvres gens se croient illuminés par Dieu , et ils en sont encore à savoir que l'esprit humain , et surtout celui des enfants , est rétif à toute contrainte; que si au lieu de le caresser, vous le lirez violemment par son licou vers votre opinion , il rue et se jette vers l'opinion opposée. Ils ont le coffre , ils le gardent pendant dix ans avec une vigilance qui ne s'assoupit point, sans s'apercevoir qu'un adroit voleur, Voltaire , par exemple , ayant passé par là , leur a dérobé ce qui était dedans. A force de soins et de zélé, ils produisent un efl'et précisément contraire à celui qu'ils voulaient obtenir. En bourrant leurs élèves de lourdes messes et d'indigesles oflices, ils les dégotilenl à tout jamais de l'église. Dès que s'appartiennent à eux-mêmes ces pauvres affranchis , ils disent adieu à la religion, el cetadieu est presque toujours éternel. Ce qu'ont fait dix ans de contrainte, uneheuredeliberlésufïît pourledétruire. Au lieud'apprivoiser leur oiseau , ils l'ont tenu en cage; aussitôt que la porte lui a été ouverte , il a gagné d'une aile rapide les verles retraites de la forêt ; demain il aura oublié tous leurs airs d'épinelle, et s'ils passent au-dessous de sa branche , il fera ses ordures sur leur tcte.
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Si quelqu'un révoquait en doute ces t'-^plorables effets de la contrainte , je le prierais d'observer ce qui se passe autour de lui. Voyez ces jeunes hommes voués par leur famille à la prêtrise ; on les a tenus dix années sous les verrous d'un séminaire, ils ont grandi tant bien que mal au milieu des austérités d'une vie toute monastique. Cependant, si une circonstance imprévue met Gn à leur esclavage , ils ne font qu'un saut de leur blanche et pudique cellule , dans ces lieux de délices inconnues où se perd le monde. Semblable à ces chevaux long-temps retenue à l'écurie , qui s'énivrent , aussitôt que leur lien est rompu , de la poussière de la grande route, et s'emportent dans une course désordonnée , ils se livrent avec une impétuosité sans frein à toute la fougue de leurs passions . et laissent bien loin derrière eux, sur les pentes rapides de la débauche, ceux de leurs jeunes compagnons que le joug de la discipline avait à peine elTIeurés. Du reste , toujours après la violence vient la réaction; cet effet se produitaussi infailliblement sur les masses que sur les individus. Qu'un roi s'avise de mettre un rabat sur sa pourpre , qu'il se fasse prêtre et qu'il force ses sujets d'aller à la messe , il léguera au siècle qui vient une génération anti-religieuse. Ainsi voyez Louis XIV : il passe de l'extrême débauche à une dévotion exagérée , il épouse une de ses vieilles maltresses , il fait de la fin de son régne un lugubre et mortel oUice; mais à peine est-il dans son cercueil , que ses grands seigneurs et ses belles marquises . déchirant impatiemment ce cilicedont ils faisaient leur toilette, se vautrent à la face du peuple l'un sur l'autre , et cette orgie, commencée sous la Régence , se continue jusqu'au régne austère de Louis XVI.
S'il m'était permis d'avoir une opinion sur celle matière , je dirais qu'en général les instituteurs sont trop pressés d'inculquer des idées religieuses à leurs élèves ; il semble qu'ils aient peur que le diable ne vienne les leur prendre entre les mains. La religion , selon moi , n'est pas un joujou qui convienne à l'enfance ; ses sombres vérités qui ont fait éclater tant de forts cerveaux d'hommes
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ne peuvent tenir dans un&tête de dix ans: qui veut les y faire entrer, ressemblée un homme qui s'aviserait de planter un chêne dans un pot à fleurs. Pour un instituteur, il ne s'agit pas de dire , il faut prouver. Or, de quelles preuves appuierez-vous les prescriptions religieuses que vous imposez à vos élèves ? S'ils vous demandent : Pourquoi faut-il aller à la messe ? Pourquoi nous envoyezvous à confesse? Pourquoi se damne-t-on en manant de la soupe grasse le vendredi ? Que leur repondrez-vous ? Que ce sont les commandements de l'Église ; mais qu'est-ce que l'Église ? de quel droit fait-elle des commandements et les damne-l-elle s'ils ne s'y conforment ? Si l'Église leur avait ordonné de faire tous les matins , en se levant , la roue du moulin, seraient-ils pareillement damnés pour s'être abstenus de ce pieux exercice ? Telle est l'objection qu'ils vous feront , et je vous défie d'y répondre; puis ce mol damner qui revient dans toutes vos instructions , ce mot abominable qui résume à lui seul toute cruauté possible , ne leur donnera-l-il pas de Dieu l'idée d'un tyran plutôt que celle d'un père. Voilà , se dironl-ils un être qui nous impose des lois dont nous ne comprenons pas le but ; il nous condamne à des peines atroces , si nous les enfreignons , et on veut que nous l'appelions notre père ! est-ce donc là de la bonté paternelle ? Assurément, noire père d'ici-bas, qui nous pardonne quand nous, lui avons désobéi, qui nous habille de neuf à Pâques et nous donne dix cenlimes tous les dimanches, est meilleur pour nous que noire père qui est aux cieux. Pour moi , si j'étais chargé d'élever un enfant ,au lieu de lui faire craindre Dieu , je chercherais à le lui faire aimer , et cela ne me semble pas bien dilBcile. Je l'emmènerais dans la campagne par une pâle journée d'automne , alors que le regard du soleil est doux comme celui que jelle une mère à son enfanl , et je lui dirais : « Ces fruits qui pendent aux arbres et qui sont pleins d'un suc si doux , ces belles fleurs dont la prairie est brodée , ces papillons qui vont flollans dans les airs comme un morceau de soie emporté par le vent et semblent vouloir jouer
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avec vous , c'est pour vous que Dieu votre père a fait tout cela , pour vous qu'il a fait tout ce que vous voyez; en échange des biens qu'il vous envoie , il ne vous demande qu'une chose : c'est que vous l'aimiez de tout votre cœur, et q-ue vous aimiez de même les hommes qui sont vos frères. » L'observation de ce grand précepte de morale qui renferme tous les autres et que l'auteur de l'Évangile seul a trouvé, ne peut-il suffire pour les rendre agréables à Dieu ? A quoi sert que vous leur fassiez perdre sous les sombres voûtes dune église leurs heures les plus douces : celte écorce épineuse de la science qu'il leur faut rompre sous leurs dénis , n'a-t-elle pas déjà pour eux assez d'amertume , sans que vous leurs fassiez encore endosser le noircilice de la religion? Laissez-les donc jouir de leur jeune saison. Décembre viendra assez tôt avec ses neiges , permeltet donc qu'avril ail pour eux des violettes! Nesave«-vous pas que pour qu'un arbre porte des fruits, il faut qu'il fleurisse? Ne les forcer pas d'envier à l'enfant abandonné des rues sa liberté vagabonde. Et qu'importe à Dieu celle piélé que vous leur faites à coups de verges 1 Quand vous les chassez devant vous comme un troupeau vers l'église , ou que vous les traînez à la remorque d'une procession , couverts de peaux de bêtes et chargés de croix , quel gré peut-il leur savoir de celte corvée ? Croyez-vous qu'il ne sache pas très bien que s'ils étaient libres ils aimeraient mieux jouer dans la prairie ? Ce Dieu qui est leur père , ce Dieu qui aimait , lorsqu'il était sur terre , à s'entourer de leur faces souriantes et rebondies , trouve très mal , assurément, qu'on les torture en son nom et pour l'amour de lui ; SI aime mieux les voir jouant et courant qu'attachés par les genoux aux dures pierres d'une cathédrale. Quand vous le croyez occupé à regarder deux armées qui se heurtent sur un champ de bataille, il contemple du haut de son trône des enfants qui se roulent dans l'herbe. Dieu est assurément un meilleur père pour les hommes que je ne le suis pour mes enfants ; cependant si on les plantait tous les matins à genoux devant moi , et qu'on leur ordonnât de
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me réciter un grand imbécile de compiimenl donl ils ne comprendraient pas un mol , je leur dirais : « Pauvres petits , allez jouer, et aimez-moi, voilà pour l'instant ce que je vous demande.» Quand la raison de mon élève serait plus forte, je lui parlerais de la religion , et je tâcherais de lui en faire comprendre le peu que j'en comprends moi-même. La foi doit être appuyée sur la raison, dans ce sens que si nous sommes obligés de croire Dieu sur parole , celte parole, il faut au moins qu'on nous prouve qu'il l'a donnée. Dans la question que je traite, je n'ai pas l'aiilorité d'un concile ; mais si j'étais curé, les parents auraient beau dire , je n'admettrais à la communion que des jeunes gens de 18 ans bien accomplis; et si on me contredisait trop fort , j'exigerais qu'ils fussent bacheliers és-lettres. Selon moi, les instituteurs commencent par la fin. La religion , au lieu d'être la base de toute éducation , devrait en être le complément , comme la croix est le complément d'une église.
Quant à M. Dufétre , je le vois venir avec ses sandales violettes ; quand il préconise les frères Ignorantins ils prêche pour les jésuites ; si les Ignorantins éduquenl si bien et si chrétiennement notre jeunesse , il serait dommage que l'Université gâtât ce qu'ils ont si bien commencé. Lorsqu'un habile architecte a fait sortir de terre une chapelle , il ne faut pas livrer son œuvre ébauchée à un maçon inintelligent qui vous en fera un corps-degarde ; la conséquence de cela , c'est qu'il faut nous hâter de livrer aux jésuites le monopole de l'instruction secondaire , et leur demander pardon de ce qu'on les a fait si longtemps attendre.
Si j'étais un ennemi de la religion , comme aucuns le supposent , j'appuierais de toutes mes chétives forces ces tentatives d'usurpation , car je suis bien convaincu que de dessous une férule de jésuite il ne peut sortir que des incrédules ou des athées ; mais je révère la religion à cause de Dieu , et je l'aime pour le bien qu'elle fait aux hommes : bien loin de l'attaquer moi-même , je regarderais comme un mauvais citoyen celui qui tâcherait d'en dé-
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tourner le peuple. A celte société si misérable , mendiante qui se croit riche parce qu'elle a de loin en loin quelques perles cousues à ses haillons , il faut les croyances consolantes du clirisliaiiisnie. Tous ces philosophes de journaux et d'académie, qui Iravaillenl, avec tant de bruit et si peu de besogne , à soulager la misère du peuple , ont-ils trouvé encore quelque chose qui vaille les paroles de l'Évangile ; « Heureux ceux qui souffrent, parce que le royaume des cieux leurapparlienl. » Si lourde que soit, sur l'épaule du prolétaire , la besace où Dieu a mis son bagage de misères , il la portera avec résignation , et même en chantant, si , après celle faligue de quelques soleils, il espère une élernilé de délices. Le voyageur qui a un court trajet à faire dans une mauvaise voiture , et qui doit , au bout de sa course , entrer en possesion d'un palais plein de richesses , se plaindra-l-il des boues du chemin et de la brutalité du postillon ?
Non, le christianisme n'est pointune religion de vieilles femmes ; ce n'esl point un vain bruit de cloches et de chants d'église , une stérile fumée d'encens qui se perd dans les nues du ciel ; c'est, au contraire, une religion d'hommes, de citoyens, de philosophes. Le christianisme a un large côté politique , et ce côté , c'est la plus rayonnante de ses faces. Qu'est-ce que nos chartes , en comparaison de l'évangile ? nous les écrivons sur parchemin avec une plume trempée dans notre sang , et , le lendemain , passe , avec son armée , un roi qui les déchire ; mais l'Évangile , cette magnifique déclaration des droits de l'homme , est éternel; sa couverture de fer est à l'épreuve du boulet et de la bombe ; les conquérants auraient plus tôt fait de raser toutes les capitales du monde que d'en retrancher une syllabe! L'Évangile, c'est l'oppression interdile aux rois ; c'est la liberté assurée aux peuples comme un droit et imposée comme un devoir. Jésus-Christ , dans ce divin livre , nous recommande de nous aimer les uns les autres ; il y proclame encore qu'il est notre père , et que nous sommes tous frères ; or, parmi les frères , y a-t il des maîtres et des esclaves 1
ce Dieu qui est mort pour tous , pour le cul-dejalte qui pétrit sous ses mains la boue de la rue , comme pour le grand seigneur qu'emporte à travers la foule le galop retentissant de quatre chevaux , a-t-il partagé ses enfants en deux familles , l'une , race immonde et déshéritée , condamnée éternellement au travail et à la servitude , l'autre , dynastie ventrue et solidement endentée , faite pour dominer et pour jouir ? Puis, quand nous nous aimerons les uns les autres comme des frères , lorsqu'un de nos frères opprimés jettera vers nous un cri de détresse, nous accourrons à son secours , comme au bruit du tocsin nous accourons autour d'une maison qui brûle. Si la France eût été vraiment chrétienne, elle n'eût point souffert que la Pologne , sa sœur à tant de titres , fût assassinée. La grande famille des chrétiens primitifs n'avait d'autre charte que l'Évangile , et aucun peuple de la terre ne fut plus libre et mieux nivelé qu'elle ; là , toutes les conditions , toutes les intelligences , tous les genres de mérites étaient confondus dans la même égalité; la foule assemblée nommait les évêques sans que la volonté d'aucun fût répudiée sous prétexte qu'elle n'était point éclairée par la raison ; tous travaillaient ensemble ; tous s'asseyaient à la même table , et le prêtre , blanchi à l'autel , n'avait pas un siège plus haut que le néophile , ni le fort une coupe plus large que le faible ; ils ne formaient qu'une même famille vivant du même pain quotidien , et semblable à un grand arbre dont toutes les feuilles vivent de la même sève. Pourquoi donc celte douce égalité qui devait faire passer tous les hommes sous sa guirlande de fleurs a-t-elle disparu , tandis que la croix est restée debout? C'est que les prêtres d'autrefois ont, dans l'intérêt de leur ambition , faussé l'espritdu christianisme ; ils ont détourné, sur des espaces arides ce vaste fleuve qui devait fertiliser les royaumes et les empires. L'Évangile avait été mis dans leurs mains comme un instrument d'esclavage; ils ont vendu au boucherie troupeau qu'on leur avait donné à conduire ; ils ont traîtreusement pactisé avec les rois ; ils leur ont permis d'oppri-
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mer les peuples , à condilion qu'eux , les prél.es , ils opprimeraient les rois eux-mêmes et marcheraient sur leur couronne. Aussi , il n'est point de tyrannie si abominable qu'ils n'aient bénite, point de front souillé de crimes, qu'ils n'aient frotté de
leur huile sainte.
J'ai quelquefois entendu dire que le christianisme avait fait son temps... Il l'a à peine commencé. Ce sillon , large comme le monde, qu'il doit faire, lien a peine soulevédeux ou trois glèbes. La croix est partout; mais la liberté et l'égalité doivent être agenouillées au pied de la croix , et la liberté et l'égalité ne sont nulle part. Ce vieux monde ne peut faire un mouvement sans qu'on entende un bruit de chaînes. Il respire, mais comme un esclave qui a le genou de fer d'un vainqueur sur la poitrine ! Mais, quand le christianisme sera revenu à l'esprit qui l'a fondé , quand la croix sera redressée et mise d'aplomb sur sa véritable base , quand celte grande voix de l'Évangile : c Peuples , aimez vous comme des frères ! » aura retenti parmi les masses , les fers du genre humain tomberont d'eux-mêmes , comme au son des trompettes de Josué tombèrent les murs de Jéricho.
Nous , les hommes de la liberté et du progrés , si jusqu'alors nous ne sommes pas venus au Christ, c'est que ce large tricorne dont on l'a affuL^'é nous cachait la majesté de son front et la sérénité de son regard. Mais , pourquoi ne serions-nous pas les prêtres de ce christianisme qui doit affranchir le monde? Sur le gibet de Jésus, ils ont écrit : i.n.r.i. ; écrivons , nous , sur son front couronné d'épines : « Jésus , fils de Dieu , premier martyr de la liberté » , et rallions les hommes autour de cette enseigne sacrée.
Vous le voyez bien , depuis un siècle que nous nous débattons entre la liberté et l'esclavage, nous n'avons rien fait qui vaille; nous avons tiré des coups de fusils , nous avons chargé des canons et troué des murailles , nous avons fait des veuves et des orphelins, jious avons renversé des trônes , et chassé du plat de notre sabre ,