VN PEU DE THÉOLOGIE
Et nos portes ! nos pauvres portes, qui avaient une teinte dorée si bien d'accord avec le reste de l'édifice, qui semblaient toujours illuminées par les rayons du soleil, avec quelle rigueur les avezvous traitées? Profane que vous êtes, vous les avez fait peindre en vert bouteille, comme des portes de remise! Diles-moi, n'avezvous pas quelquefois des remords d'avoir aussi barbouillé de suie les apôtres sculptés sur ces antiques panneaux ? Vous êtes bien heureux que la loi sur le sacrilège soit abolie. Je suis sûr que si vous n'étiez pas allié à la bourgeoisie par madame votre épouse, Dieu vous eût condamné à la peine du talion. Mais vous n'en êtes pas encore quitte; peut-être qu'il vous attend à la seconde couche. Et vous, M. Senet, vous le David de la peinture en bâtiment, comment avez- vous pu vous décider à vous faire l'instrument de ce nouveau martyre, l'exécuteur des hautes œuvres de M. R...? Comment, à l'aspect de ces vénérables effigies qu'il vous fallait barbouiller comme on fait des hommes ivcfis, n'avez-vous pas jeté votre pot de couleur et votre pinceau loin de vous, et n'avez-vous pas pris la fuite en vous écriant : « Non, je ne puis peindre en vert bouteille les grandes portes de l'église Saint-JMartin ! » Et vous, monsieur le curé, comment ne vous étes-vous pas rendu sous le portail de l'église avec votre clergé et votre conseil de fabrique, croix et bannière en tête, et n'avez-vous pas dit à M. Senet : « M. Senet, avant d'arriver à ces portes, il faudra que vous mettiez en vert bouteille moi et ces messieurs, les chantres inclusivement? » Et vous, saint Martin, infortuné patron de l'église restaurée, comment n'êles-vous pas descendu du ciel, et avec votre terrible sabre n'avez-vous pas fait une botte d'allumettes du pinceau de M. Senet !
Hélas ! notre pauvre portail n'a pas été restauré avec plus d'égards que nos portes. Il ne prêtait cependant à la restauration que par une pierre ou deux effeuillées par la gelée Mais la devise de M. R... c'est : Ce qui me tombe entre les mains, je le restaure* Venez donc voir, M. U.., le bel effet que produit votre lourd em-
liT d'architbctdbe. m
plaire de pierres de taille sur cette surface si léi^éreinent sculptée. Vous diriez une pièce neuve mise à un vieil habit. Est-ce donc ce que nous devions attendre d'une restauration de trente nnille francs? M. Dupin ferait bien de réserver sa protection pour la basilique deGacogne. On nous a imposés pour restaurer notre église, mais nous nous imposerions bien encore plus volontiers, pour qu'on nous la refît ce qu'elle était. Un homme, un célèbre comédien, aima mieux mourir que de porter une jambe de bois. Si M. Dupin eût consulté noire église, elle eût été probablement de l'avis de cet homme de goût.
Mais admettons que celte couche de verl-de-gris dont vous avez empâté nos portes soit une consolidation ; admettons, si vous le voulez, que les sculptures que vous avez abattues pour poser vos pierres de taille fassent vivre notre église dix siècles de plus ; quel effet attendez-vous donc de ces sept à huit mille francs de terre que vous avez fait enlever sur l'emplacement de l'ancien cimetière? Convenez-en, vous avez fouillé le sol pour le plaisir de le fouiller, peut-être parce qu'il vous restait quelque chose de vos trente mille francs et que vous vous croyiez obligés de les dépenser jusqu'au dernier liard, comme un paysan se croit obligé de vider son verre jusqu'à la dernière goutte.
C'était, dites-vous, pour assainir l'église. Grand merci du soin que vous prenez de notre santé I mais, dites moi, depuis les sévices que vous avez exercés sur notre place, monsieur le curé est-il plus blanc et plus rose? les béates ont-elles refleuri ? M. Vivier dit-il, d'un poumon plus vigoureux : « Pour la fabrique, s'il vous plaît?» Le conseil municipal pleure sans doute ses sept mille francs; pour moi, ce que je regrette, ce sont ces beaux marronniers qui épandaient une ombre religieuse le long de l'église, et éparpillaient les rayons du soleil sur les dalles de la nef. M. Gobeau aura beau faire des transparents, il n'en fera jamais qui vaille celui-là. Dire qu'il faut à Dieu trente ans pour faire pousser
346 IN PEU DE THÉOLOGIE ET DAllCHITBCÏURB.
un bel arbre, et qu'il ne faut à un architecte que quelques coups de pioche pour le jeter à bas !
Il y a un ignoble appentis, attaché après coup au flanc de notre église pour servir de .«acristie et qui sert en même temps de chapelle au collège. C'était cet appentis, M. U.., qu'il fallait faire disparaître au lieu de nos beaux marronniers. Monsieur le curé , qui est homme de goût, vous eût applaudi comme nous ; et lui, M. Durand, ce brave officier de l'Université, que nous voyons les jours de fête se frayer intrépidement, à la pointe de son parapluie, un passage vers sa chapelle, où il n'arrive, le pauvre homme, qu'après avoir mouillé son gilet de flanelle, que d'actions de grâce il vous eût rendues ! Mais vous avez fait comme cet opérateur distrait qui vous laisse la dent cariée qui vous faisait souffrir, et vous arrache une dent saine et blanche, l'honneur de votre mâchoire. Prions Dieu pour que M. U.. soit une autre fois moins distrait.
êS
^4ia2»a,
Lettre de Tillier à Timo?< i
Lettre de Tision à Tillier v
Lettre au Système, sur la réforme électorale 1
Comment Y Association peut être remplacée 59
Sainte Flavie 71
Quelques pamphlets de mes adversaires 107
Du Pamphlet 125
A M. Dufêtre, sur l'indemnité de roule qui lui a été allouée
par le conseil général 151
Distribution de prix aux Ecoles chrétiennes 161
Une croix de plus 197
Madame Déal 207
Dotation du duc de Nemours 225
Comme quoi j'aurais voulu me vendre à M. Dupin 277
Deux épisodes d'une tournée épiscopale 313
Un peu de théologie et d'architecture 329
PQ Tillier, Claude