‹ ŒuvresChapitre 44 sur 45 · UN PEU DE THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

UN PEU DE THÉOLOGIE

en parlant du maître : Nous requérons contre le nommé Jésus, fils de Joseph et de Marie, l'application de l'art. 174 du Code pénal ainsi conçu, etc., etc., etc., et les serviteurs souffrent qu'on les appelle monseigneur !

Voilà ce que dit le tentateur. Pour moi, de peur que les béates, qui se croient saintes, parce qu'elles mangent de la carpe frite le vendredi, n'aillent partout chuchottant que je suis un impie, je me hâte de déclarer que j'aime Jésus-Christ.

Allez, c'est chez Jésus-Christ, surtout, qu'il y a du Fénélon et du saint Vincent de Paule ; toujours et partout, soit qu'il marche sur les palmes fleuries, soit qu'il aille courbé sous sa croix, il est, pour l'homme comme pour le chrétien, un sublime modèle.

L'auréole qui rayonne sur son front, il ne s'en aperçoit point; il est humble avec les humbles, petit avec les petits. C'est un père qui se baisse pour faire marcher son enfant. Mais en présence des docteurs et des scribes, des grands et des orgueilleux du siècle, il se relève de toute sa hauteur, il les flagelle de ses sarcasmes, il les enveloppe entre les replis de ses admirables paraboles, il les tient haletants entre les dures tenailles de son inflexible logique, et il les rejette à la porte de leurs synagogues, tout meurtris et avec leurs oripeaux de vertu mis en pièces !

Ces pompes hautaines dont s'entourent les prélats et les grands dignitaires de l'église, il les dédaigne; il ne fait point venir sur son passage des hommes armés et des sonneurs de trompette : le peuple seul se presse autour de lui. Ces lépreux que l'on repousse du pied dans la rue, peuvent toucher le bord de son vêtement, et ils sont guéris de leur souillure.

Il y a dans sa bonté quelque chose de tendre, de chaud qui fond en tièdes ruisseaux d'amour la glace du plus dur égoisme. Quand il ordonne, il met dans sa parole une telle autorité de raison et de sagesse, que devant lui le murmure est impossible, et que la volonté la plus rebelle se courbe coujine un roseau sur

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lequel il appuierait sa main. Sa grandeur est jaris prétention, il ne l'étalé pas plus qu'il ne la dissimule; il ne reclierche les acclamations ni ne les évite ; il dédaigne cette vaine modestie qui semble dire : Admire-moi, parce que je suis modcsto. Il est toujours au milieu du peuple, comme s'il était seul ; il sait ce qu'il est, Il ne veut pas paraître autre chose.

Sa philosophie n'est point celle des anciens sages qui ne s'adressait qu'à quelques hommes d'élite, qui prenait un individu à part et lui enseignait à être vertueux : la sienne s'adresse aux masses. C'est la réforme sociale qu'il prêche, c'est la réhabilitation de l'homme qu'il veut.

La terre est un vieux palais souillé, et il vient le nettoyer de ses ordures. Quand Rome élreint le globe de sa chaîne immense , quand ses empereurs passent sur le monde comme un cavalier qui galopperait sur les tôles de la foule, il proteste hautement contre l'onmipotence du sabre et des sesterces.

Il a dit aux maîtres : « Ces hommes dont vous vous êtes fait un troupeau et que vous appelez vos esclaves, ils sont vos égaux. » A ceux qui sont gorgés d'opulence et qui ont dans leurs palais les richesses de toute une province : « Ces pauvres qui ramassent dans la poussière les miettes de vos festins, ils entreront dans le royaume des cieux, et vcis, vous serez jetés comme un vil copeau, comme une ordure qu'on balaie de la maison, dans les flammes éternelles ! »

Lut qui fait pousser l'or dans les graviers de la terre, il a voulu honorer la pauvreté en vivant de la vie des pauvres; c'est sur l'escabelle du pauvre qu'il s'assied, c'est sous le toit du pauvre qu'il s'abrite, c'est pour le pauvre qu'il fait des miracles, ce sont des pauvres qu'il choisit pour recevoir ses divins enseignements et les répandre ensuite parmi les peuples de la terre; et quand sa mission est accomplie, c'est encore de la mort du pauvre qu'on persécute qu'il veut mourir!

Son gibet n'est pour lui un objet ni d'orgueil ni de honte ; il no

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fail [loiiit lin spectacle de sa mort, il ne jette pas au peuple, du haut de sa croix, des maximes philosophiques; mais avant de rendre le dernier souffle, il absout un malheureux que les hommes ont condamné, et lui ouvre les portes du ciel.

En quittant la terre il y a encore laissé, comme un magnifique enseignement, le gibet sur lequel il est mort. Il a voulu que du haut du Capitole ce gibet dominât le monde, afln que les persécutés sussent bien qu'au bout des persécutions est la gloire, et que les persécuteurs apprissent aussi qu'ils ne peuvent faire périr une vérité sous le sabre de leurs soldats, et qu'elle sort tôt ou tard triomphante du sang où ils croyaient l'avoir noyée !!!

Maintenant j'ai dit, et je prends acte de mes paroles ; qui osera insinoer, parce que j'aime Jésus-Christ, que je n'aime pas la religion qu'il a enseignée?

Toutefois, je dois déclarer, pour être juste, que monsieur le curé de Clamecy est le prétexte plutôt que la cause de ces réflexions. Remercions-le d'avoir donné, au lieu de le blâmer de n'avoir point donné assez ; car enfin il pouvait ne rien donner du tout.

A présent, un mot de notre égl...., de notre basilique, voulaisje dire, car je ne veui pas indiposer te conseil de fabrique contre

moi

Ul. j ,,

N'est-ce pas r-i'elle devait être belle notre basilique, quand elle avait toutes ses dentelles; quand ses guirlandes de vigne sauvage et d'acanthe avaient toutes leurs feuilles ; quand ses saints avaient tous leurs têtes; quand sa tour vomissait la pluie par les gueules béantes de ses monstres! N'est-ce pas que l'an passé elle était belle encore, avec son portail mutilé mais encore si élégant, si riche avec ses deux flèches de pierre qui s'élancent à droite et a gauche du portail, semblables à deux rochers capricieusement sculptés par la foudre ; avec sa tour si svelte, si légère, si bien habillée; sa tour pareille à un ange qui, prêt à remonter vers le ciel, a encore un pied sur la terre. Hélas ! après avoir passé par le marteau de nos terribles iconoclastes de 93, qui se souciaient aussi

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peu de guillotiner un saint qu'un traître, il ne lui restait plus que d'être restaurée par M. R... !

Voici comment cet accident est arrivé à notre basilique. La basilique de Clamecj , comme dit M. Dupin, a l'bonneur de faire partie des monuments à conserver. Elle a besoin d'être restaurée ; le conseil municipal et M. Dupin sont d'accord sur ce point. On fait venir >I. U.., un des babiles de Paris. M. U.. examine, il mesure, il est de l'avis de ces messieurs. La ville et le gouvernement se cotisent; on met trente mille francs à la disposition de M. U... et M. U.. retourne à Paris, et il envoie ses plans, et il charge M. R..., conducteur de la grande voirie, de les faire exécuter. Voyons donc comment M. U.. a employé nos trente mille francs.

Voilà d'abord, dit >L R..., un magnifique jubé, un vrai chefd'œuvre en pierres de taille, posé entre les jambes de notre nef de peur qu'elle ne s'écartèle. Votre nef peut tomber, nous n'en répondons pas; mais si votre jubé tombe, c'est moi R... qui en réponds. D'ailleurs, vous pouvez le mettre à l'épreuve. Hissez dessus un couplet de répilhalamisleRévol,deux ou trois calembourgs de M. Paillet, l'adresse de M. Dupin, et je réciterai sous cette énorme pression toutes les litanies des saints.

— Homme audacieux! et s'il vous tembait sur la fêle un calembourg de M. Paillet ou un paragraphe de M Dupin ? Mais, dites-moi, M. R..., vous ètes-vous aperçu que votre magnifique jubé n'avait qu'une galerie?

— Si nous nous en sommes aperçu... répond M. R... Mais, vous-même, architecte de pamphlets, ne vous apercevez-vous p.is que notre jubé n'est fait que pour être vu du côté des grandes portes? Le regarder en autre sens, ce serait manquer aux notions les plus simples d'architecture. Ce serait manquer en même temps de respect à M. U., qui est bien décidé à demander raison à qui le regarderait ainsi.

ET d'architkcturk. :u:}

— En lout cas, M. U.. aurait bien dû faire sou jubé de façon à ce qu'il ne fût point vu du tout.

— Voilà encore, poursuit M. R..., un magnifique dallage inventé par M. U.. et exécuté par moi.

Voyez comme ces losanges que j'ai fait tracer au ciseau font bon effet! Vous diriez la croûte d'un grand pain bénit. Et pour ce beau travail de consolidation vous en êtes quilles pour la bagatelle de quatre mille francs. C'était, du reste, une réparation indispensable. Ces vieilles pierres estropiées et bossues étaient des pierres d'achopemenl pour plusieurs. M. Paillet, se rendant l'autre jour à la sacristie, a failli s'y estropier de sa canne, et sa pose a élé un instant dérangée.

— Certes, je serais fâché qu'il arrivât malheur soit à M. Paillet, soit à sa canne. Toutefois, M. R..., votre magnifique dallage me semble un peu cher. Et que coûterait donc une église que vous construiriez tout entière? Vous ne seriez pas à deux mètres du sol que la commune serait ruinée. Puis, s'il faut vous dire tout, ces vieilles dalles contemporaines de l'église et jaunes comme des feuilles de cuivre, ces vieilles dalles que nos ancêtres avaient usées et qui gardaient encore quelques syllabes effacées de leurs noms et de leurs titres, je les trouvais, moi, plus poétiques que vos pierres neuves. >'ous avez séparé d'un coup de pioche le passé du présent. Vous avez rajeuni ce qui devait rester vieux : il y avait entre les pierres de ce pavé, les pierres de ces colonnes et celles de ces arceaux, un air de famille que vous avez fait disparaître; et que diriez-vous, M. R..., si vous faisant restaurer par quelque charlatan, il vous rajeunissait la moitié d'une joue.

Et cette pente, M. R..., que vous avez donnée à voire dallage, depuis le choeur jusqu'au portail, que signifle-l-elle? est-ce une pente symbolique et mystérieuse, un hiéroglyphe, une figure, un rébus, ou tout simplement une pente comme celle que vous faites exécuter sur les grandes routes, et pratiquée pour l'écoulement de l'eau bénite et des fidèles.

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