‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 340 · Arquebuse · texte numérisé non relu

Arquebuse

iO (EUVRES DE CLÉMENT MAROT.

Si ta promesse amoureusement faicte Estoit venue à fin vraye et parfaicte , Croy, chère sœur, qu'en ferme loyaulté Je serviroys ta jeunesse et beaulté.

Faisant pour toy de corps, d'esprit et d'âme Ce que servant peult faire pour sa dame.

Je ne dy pas que de ta bouche sorte Mot qui ne soit de véritable sorte ; * Mais, quand h l'œil voy ta belle stature Et la grandeur d'une telle adventure Qui ne se peult mériter bonnement, Je ne sçaurois croire qu'aucunement Je peusse attaindre à ung si hault degré, S'il ne me vient de ta grâce et bon gré.

Puis que ton cueur me veulx donc présenter Et qu'il te pluist du mien te contenter, Je loue Amour. Or évitons les peines.

Dont les amours communémeiTt sont pleines; Trouvons moien, trouvons lieu et loisir De mettre à lin le tien et mien désir.

Voicy les jours de l'an les plus plaisans ; Ghascun de nous est en ses jeunes ans ;

\. Sincèrcî.

Faisons donc tant que la fleur de nostre aage Ne sjuive point de tristesse l'oultrage : Car temps perdu , et jeunesse passée Estre ne peult par deux foys amassée.

Le tien office est de me faire giâce ; Le mien sera d'adviser que je face Tes bons plaisirs^ et sur tout regarder Le droict chemin pour ton honneur garder. Si te supply que ta dextre m'annonce De cest escript la fmalle response , A celle fin que ton dernier vouloir Du tout me face esjouyr, ou douloir.

lKi:VRES DE CLÉMENT MAROT.

ELEGIE MESLEE l) UNE JOYE DOUBTEl'SE.

Le plus grand bien qui soit en amytié. Après le don d'amoureuse pitié.

Est s*entrescrire ou se dire de bouche, Soit bien, soit dueil, tout ce qui au cueur touche Car si c'est dueil, on s entre réconforte; Et si c'est bien, sa part chascun emporte. Pourtant je veulx, mamye et mon désir.

Que vous ayez vostre part d'ung plaisir Qui en dormant l'aultre nuict me survint.

Advis me feut que vers moy tout seul vint Le Dieu d'amours, aussi clair que une estoille. Le corps tout nud, sans drap, linge, ne toille, Et si avoit (afin que l'entendez) Son arc alors et ses yeulx desbandez.

Et, en sa main, celluy traict bien heureux, Lequel nous feit Tung et l'aultre amoureux.

En ordre tel s'approche et me va dire :

« Loyal amant, ce que ton cueur désire Est asseuré, celle qui est tant tienne Ne t'a rien dict, pour vray,* qu'elle ne tienne;

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