Môme quand il serait léger
Amour me feit escrire, au moys de may, Nouveau refrain, par lequel vous nommay. Comme sçavez, la plus belle de France.
Mais j'ay failly, car veu la souffisance De la beaulté qui dessus vous abonde.
Dire debvois la plus belle du monde.
Ce qui en est et qu'on en voit m'accuîie De telle faulte, et vostre amour m'excuse Qui troubla tant mes doloreux espritz Que France alors pour le monde je pris.
0 doncques vous, du monde la plus belle, Ne cachez pas un cueur dur et rebelle , Soubz tel beaulté; ce seroit grand dommage. Mais à mon cueur, qui vient vous faire honnnage, Faictes recueil ; je vous en fais présent. Voyez-le bien, il est, certes, exempt De faulx Penser, Fainctise ou Trahison.
11 n'a sur luy faulte ne mesprison ; En luy ne sont aulcunes anjours vaines ; Tout ce qu'il a de maulvais, ce sont peines Qui de par vous y ont esté boutées, Et qui sans \ous n'en peulvent cstre ostées.
Si vous supply, mamye et mon recours.
Relie, en (\\n gist ma mort ou mon secours.
ÉLÉGIES. n
Prenez mon cueur que je vous viens offrir, Et s'il est faulx, faictes-le bien souffrir; Mais s'il est bon et de loyalle sorte, Arrachez-luy tant de peines qu'il porte.
18 •oeuvres de clément marot.
Pour à plaisir ensemble deviser, On ne sçauroit meilleur temps adviser Que de Noël la mynuict et la veille.
En ceste nuict le Dieu d'amours resveille Ses serviteurs et leur va commendant De ne dormir, mais rire, cependant Que faulx Dangier,^ Maubec et Jalousie Sont endormiz au lict de Pantasie.*
0 nuict heureuse, ô doulce et noire nuict, Ta noireté aux amans point ne nuyct î Plus tost endort les langues serpentines. Si que, faignant d'aller droit à iMatines, Plusieurs amans peulvent bien, ce me semble, En lieu secret se rencontrer ensemble.
Les prebstres lors bien hault chantent et crient. Et les amans tout bas leurs dames prient, Et puis entre eulx comptent de leur fortune, En mauldisant les langues importunes.
Ou en disant choses qui mieulx leur plaisent.
1. Dans les poèmes allégoriques, Dangier pei'sonnifie les maris et généralement tous les êtres chagrins et méticuleux, chargés de surveiller, d«» persécuter ou de punir les amoureux.