PREFACE
Peu de poètes ont eu une vie aussi agitée que Clément Marot. Il naquit à Cahors, en Quercy, vers 1496. Son père, Jean des Marets, surnommé Marot, était originaire des environs de Caen, Il fut d'abord élevé dans le Midi, et ne vint qu'assez tard dans les pays de langue française. Amené à Paris par son père qui faisait partie de la maison d'Anne de Beau jeu, il fut mis au collège, et ne semble pas, si l'on en croit quelques vers qu'il écrivit par la suite, avoir gardé de ses maîtres un souvenir bien respectueux. Comme on le destinait aux emplois juridiques, on le plaça chez un procureur. Mais le jeune homme, au lieu de s'adonner sérieusement à l'étude, s'affilia à la Basoche, aux Enfants sans souci, joyeuses compagnies d'étudiants et de clercs qui avaient pour maxime de prendre la vie par son bon côté. En 1515, il est page au service du seigneur de Villeroy. C'est à ce moment qu'il dédie au roi François I*"' une pièce de vers assez médiocre, le Temple de Cupidon. L'attention du prince fut attirée sur le jeune homme. Il fit cadeau de Marot à sa sœur Marguerite, alors duchesse d'Alençon. Jean Marot, son père, étant mort, il passe au service du roi, combat à ses côtés à Pavie, est fai+ prisonnier et vite relâché.
A dater de cette époque commencent les tribulations que lui valent ses idées novatrices en matière religieuse. Er 1526, il est accusé d'hérésie et enfermé au Châtelet ; mais un
CLÉMENT MAROT
puJ5<iant ami, Louis Goillarti cvcqtie de Chartres, évoque l'affaire devant sa juridiction et donne pour prison à Marot une niai!K)n de plaisance on tout le jour il a loisir de converser avec SCS amis. Il écrit à cette occasion le poème intitule tEnfcr, chef-d'œuvre de malice spirituelle et de mordante satire, peu fait pour endormir les haines qu'il pouvait avoir suscitées. Il est clarj^i et remis en possession de sa charge de valet de chambre du roi. En 1530, il se marie. En 1531, accusé à nouveau d'hérésie, il est vivement défendu par le roi, qui croyait alors avoir intérêt à ménager les novateurs, et par Marguerite, qui se montra toujours sympathique à la Réforme. En 1532, il publia un premier recueil de ses œuvres, sous le titre de V Adolescence Clémentine. Le roi s'intéressait vivement à ses travaux. Il lui avait commandé une réédition du Roman de la Rose. Tout semblait promettre au poète une suite d'heureux jours. Brusquement l'orage éclata. En 1534, des protestants eurent l'audace d'aller afficher dans le palais d'Amboise, jusque sur la porte de la chambre du roi, des placards injurieux pour la religion catholique. Il est pro> bable que Marot n'était pas mêlé à l'affaire. Néanmoins il prit peur et n'eut que le temps de quitter Blois où il se trouvait. Il passa en Bcarn, mais, ne s'y sentant guère en sûreté, il alla demander asile à Renée de France, duchesse de Plaisance, qui pratiquait la religion réformée. Il ne sut se maintenir longtemps auprès d'elle. Le duc de Ferrare, qui recherchait l'amitié du pape, ne voyait pas d'un bon œil les relations de sa femme avec les amis de la Réforme. Par l'entremise du Dauphin, il obtint la permission de revenir en France. H passa par Lyon, où il fut admirablement reçu, et gagna la cour. En 1539, Marot semble au comble de la faveur ; le roi lui fait don d'une maison sise faubourg Saint-Germain et encourage vivement la traduction des Psaumes qu'il se plait à chanter, avec toute sa cour, sur des airs alors en vogue. Cependant la Sorbonne s'émeut. Toute traduction des Ecritures