PREFACE
saintes en français est entachée d'hérésie. Marot, abandonné par le roi, abandonne la France, passe à Genève, où il ne peut séjourper, et meurt à Turin en 1544.
Marot, le premier en date des poètes de l'époque moderne, appartient au moyen kge par beaucoup d'endroits. Il y tient en premier lieu par sa culture ; il avait lu et relu le Roman de la Rose, Alain Chartier, Villon et les grands rhétoriqueurs. Il avait également emprunté à ses écrivains, avec un peu de leur esprit, le goût des formes fixes et l'amour des calembours, des vers équivoques, des jeux de mots, des coq-à-l'ânc et autres sortes de gentillesses dont nos vieux poètes eurent le tort de se montrer trop souveut prodigues. On a aussi voulu voir en Marot un novateur aussi hardi, sous des apparences plus benoîtes, que ce Malherbe qui devait venir à la fin du siècle fixer à tout jamais la langue classique du vers. C'est là une grave exagération. Certes, par instants, Marot qui a lu les Italiens, qui connaît Pétrarque, et surtout, par malheur, l'Arélin, a quelques accents qui font pressentir la Pléiade, mais il serait parfadtement vain de prétendre que la Renaissance littéraire commence avec lui.
Il n'avait pas plus l'esprit d'un réformateur littéraire qu'il n'avait l'àme d'un réformateur religieux. Il fut sympathique aux idées théologiques nouvelles, parce que son intelligence avide de clarté y trouvait son compte, mais il ne se préoccupa jamais de conformer aux rigueurs de la nouvelle doctrine ses mœurs, qui furent de tout temps fort dissolues. Dans un certain sens, il était assez fondé à nier qu'il fût protestant. Il avait donné à la secte l'adhésion d'un esprit libre, mais il n'avait sans doute pas connu la conversion, qui exige l'abandon total d'un cœur sincère et passionné, et ce fut toujours plutôt par légèreté que par conviction profonde qu'il se compromit si gravement. Comme poète, sa principale originalité est d'avoir su garder dans ses œuvres légères de poète courtisan, une inspiration spontanée, franche, et somme
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toute populaire. Chacnn sait, en--"-* —icc'estavecPrsnçoUI", que commence rcellcmcut en 1 la vie de cour, et tout a
été dit sur la tendresse particulière dont les Valois choyèrent Ifcs lettres et les arts. C'est pour plaire à un milieu raffiné et délicat que Marot dut écrire mille petites pièces de circonstance : étrennes, balladen, rondeaux qui, â coup sûr, ne sont pas toujours d'un goût absolument parfait, mais qui, la pinpart, laissent entrevoir des qualités de fine éléj^ance, de mesure et d'esprit. En effet, Marot fut spirituel avant tout, et, quand l'inspiration le servit, il le fut avec naturel et simplicité, à la manière de La Fontaine, avec lequel on l'a comparé avec justice. Comme le poète champenois, il a le don précieux de savoir badiner avec agrément, et de donn<,r du prix à la chose la plus futile par la manière dont il sait l'exprimer. Mais il faut avouer que sa sensibilité est assez pauvre. On pourrait même aller jusqu'à dire qu'il en est presque totalement dépourvu. S'il sut, dans certaines pièce comme l Enfer, se hausser sans effort jusqu'au ton de 1. satire, il n'en faudrait pas conclure que ces traits partent d'un cœur douloureusement affecté. Contre des ennemi« acharnés à lui nuire, sa nature s'exaspère, son esprit lui suggère des mots heureux et cruels, mais jamais, dans ses poèmes, on ne trouve les cris d'une âme souffrante, en révolte contre sa destinée et contre la méchanceté des hommes. Dans le5 épitres qu'il adresse à ses bienfaiteurs et à ses amis, il arrive à nous toucher parfois par l'expression sans apprêts de quelques sentiments très simples, mais ses plus grands mérites résident dans la forme de ces poèmes. On y goûte les char, mes d'une langue à la fois vigoureuse et élégante, à la fois choisie et pleine de verdeur. C'est la poésie d'un homme qui était né pour vivre heurenx, et que la destinée châtia peut être un peu trop rudement de ses hardiesses et de ses incon. séquences.