‹ ŒuvresChapitre 14 sur 56 · POUR AVOIR ESTÉ DÉROBÉ · texte numérisé non relu

POUR AVOIR ESTÉ DÉROBÉ

On dict bien vray, la maulvaise Fortune Ne vient jamais qu'elle n'en apporte une Ou deux ou trois avecques elle (Syre).

Vostre cueur noble en sçauroit bien que dire ; Et moy, chetif, qui ne suis Roy ne rien, L'ay esprouvé, et vous compteray bien, Si vous voulez, comme vint la besongne.

J'avois un jour un vallet de Gascongne, Gourmand, ivrongne, et asseuré menteur, Pipeur, larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart de cent pas à la ronde, Au demeurant, le meilleur filz du monde, Prisé, loué, fort estimé des filles Par les bordeaulx, et beau joueur de quilles.

CLÉMENT MAROT

Ce vénérable hillot fut adverty De quelque ar/^ent que m'aviez deparfy,

Et que tna bourse ;• >s»e apofttnmc ;

Si se leva plus tost . coostome,

Et me va prendre en tapinoys icelle,

Puis la vous meit trcsbien soubz son eucUc,

A.r^ent et tout (cela se doit entendre),

Et ne croy point que ce fust pour la rendre,

Car oncques puis n'en ay ouy parler.

Bricf, le villain ne s'en voulut aller Pour si petit ; mais encor il me hap>pe Saye et bonnet, chausses, pourpoint et cappe ; De mes habitz (en effect) il pilla Tous les plus beaux, et puis s'en habilla Si justement, qu'à le veoir ainsi estre, Vous l'eussiez prins (en plein jour) pour son maistre.

Finablement, de ma chambre il s'en va Droict à l'estable, où deux chevaulx trouva Laisse le pire, et sur le meilleur monte, Pique et s'en va. Pour abréger le compte, Soyez certain qu'au partir du dict lieu N'oublia rien fors qu'à me dire adieu.

Ainsi s'en va, chatouilleux de la gorge, Ledict vallet, monté comme un sainct Georges, Et vous laissa Monsieur dormir son soûl. Qui au resveil n'eust sceu finer d'un souL Ce Monsieur là (Syre) c'estoit moy mesme, Qui, sans mentir, fuz au matin bien blesme, Quand je me vey sans honneste vesture.

Et fort fasché de perdre ma monture ; Mais de l'argent que vous m'aviez donné, Je ne fuz poinct de le perdre estonné ; Car vostre argent (trèsdebonnaire Prince) Sans point de faulte est subject à la pince.

Bien tost après ceste fortune là, Une autre pire encores se mesla De m'assaillir, et chascun jour m'assault, Me menaçant de me donner le sault.

Et de ce sault m'envoyer à l'envers, Rithmer soubz terre et y faire des vers.

ÉPITRES

C'est une lourde et longue maladie De trois bons moys, qui m'a toute eslourdie La povre teste, et ne veult terminer, Ains me contrainct d'apprendre à cheminer, Tant affoibly m'a d'estrange manière ; Et si m'a faict la cuysse heronniere.

L'estomac sec, le ventre plat et vague : Quand tout est dit, aussi mauvaise bague (Ou peu s'en fault) que femme de Paris, Saulve l'honneur d'elles et leurs maris.

Que diray plus ? au misérable corps Dont je vous parle il n'est demouré fors Le povre esprit, qui lamente et souspire. Et en pleurant tasche à vous faire rire.

Et pour autant (Syre) que suis à vous, De trois jours l'un viennent taster mon poulx Messieurs Braillon, Le Coq, Akaquia, Pour me garder d'aller jusqu'à quia.

Tout consulté, ont remis au printemps Ma guarison ; mais, à ce que j'entens, Si je ne puis au printemps arriver, Je suis taillé de mourir en y ver, Et en danger, si en yver je meurs, De ne veoir pas les premiers raisins meurs.

Voylà comment, depuis neuf moys en ça, Je suis traicté. Or, ce que me laissa Mon larronneau, long temps a l'ay vendu, Et en sirops et julez despendu ; Ce néantmoins, ce que je vous en mande N'est pour vous faire ou requestc ou demande Je ne veulx point tant de gens ressembler. Qui n'ont soucy autre que d'assembler ; Tant qu'ilz vivront ilz demanderont, eulx; Mais je commence à devenir honteux, Et ne veulx plus à voz dons m'arrester. Je ne dy pas, si voulez rien prester, Que ne le prenne. D n'est point de presteur (S'il veult prester) qui ne face un debteur. Et sçavez vous (Syre) comment je paye ? Nul ne le sçait, si premier ne l'essaye ;

CLEMENT MABOr.

CLÈMRNT M A ROT

Vous me devrez (ai je poit) de retonr, Et vous fera y encore^ un bon ' A celle fin qu'il n'y ait faulte .

jc vous feray une belle cedulle, A vous payer («ans u^nre, il s'entend) Quand on verra tout le monde contcut ; Ou, si voulez, à payer ce sera Quand vostre los et renom cessera.

Et si sentez que soys foible de reins Pour vous payer, les deux princes Lorrains Me piégeront. Jc les pense si fermes Qu'ils ne fauldront pour moy à l'un des termes. Je sçay assez que vous n'avez pas peur Que je m'enfuyc ou que je soys trompeur ; ^ais il faict bon asseurer ce qu'on preste ; Çref, vostre paye, ainsi que je l'arrcste, Est aussi seure advenant mon trespas Comme advenant que je ne meure pas.

Avisez donc si vous avez désir De rien prester ; vous me ferez plaisir, Car puis un peu j'ay bastyà Clément, Là où j'ay faict un grand desboursemcnt ; Et à Marot, qui est un peu plus loing, Tout tombera, qui n'en aura le soing.

Voylà le poinct principal de ma lettre : Vous sçavez tout, il n'y fault plus rien mettre. Rien mettre? Las ! Certes, et si feray, Et ce faisant, mon style j'enfleray, Disant : « O Roy amoureux des neuf Muscs, Roy en qui sont leurs sciences infuses, Roy plus que Mars d'honneur environné, Roy le plus roy qui fut onc couronné, Dieu tout puissant te doint pour t'estrener Les quatre coings du monde gouverner.

Tant pour le bien de la ronde machine, Que pour autant que sur tons en es digne. »

EPITRES

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