‹ ŒuvresChapitre 16 sur 56 · DU TEMPS DE SON DICT EXIL · texte numérisé non relu

DU TEMPS DE SON DICT EXIL

En mon vivant, n'après ma mort avec,

Prince royal, je ne tournay le bec

Pour vous prier : or devinez qui est ce

Qui maintenant en prend la hardiesse?

Marot banny : Marot mis en requoy.

C'est luy sans autre ; et sçavez vous pourquoy

Ce qu'il demande il a voulu escrire?

I CLÉMENT M AROT

C'est pour autant qu'il ne l'otc aller dire.

Voyla le poinct, il iic fault pas meatir,

Que l'air de France il u'osc allar aaatir ;

Mais s'il avoit &a demandi «^e*

Jambes ne teste il n'a si o ,

Qu'il n'y voilât. En vous parlant ainsi.

Plusieurs diront que je in'cnnuye icy,

Et pensera quelque caffart pelle

Que je demande à cstrc rappelle ;

Mais (Monseigneur) ce que demander j*<

De quatre pars n'est pai> si grande choac

Ce que je quiers et que de vous espère,

C'est qu'il vous plaise au Roy vostre cher perc

Parler pour moy, si bien qu'il &oit indaict

A me donner le petit saufconduict

De demy an, que la bride me lasche,

Ou de six moys, si demy an luy f ascbe ;

Non pour aller visiter mes chasteaulx.

Mais bien pour veoir mes petits Marotteaox,

Et donner ordre à un fais qui me poyse ;

Aussi affin que dire adieu je voysc

A mes amys et mes compaignons vieux :

Car vous sçavez, si fais je cncores mieulx,

Que la poursuyte et fureur de l'affaire

Ne me donna jamais temps de ce faire.

Aussi affin qu'encor un coup j'accoUe

La court du Roy, ma maistresse d'escollc.

Si je voy là, mille bonnetz ostez,

Mille bons jours viendront de tous costez ;

Tant de Dieu gards, tant qui m'embrasseront,

Tant de salutz qui d'or point ne seront.

Puis ce dira quelque langue friande :

« Et puis, Marot, est ce une grand' viande,

Qu'estre de France estrangc et banny ?

— Par Dieu, Monsieur, ce diray je, nenny. »

Lors que de chère et grandes accolées

Prendray les bons, laisseray les voilées.

« Adieu, Messictirs. — Adieu donc, mon mignon. »

Et cela faict, verrez le compaignon

Tost desloger : car mon terme sailly,

■-— ^ ÉPITR^S

Je ne craindrois sinon d'estre assailly Et empaulmé. Mais si le Roy vouloit Me retirer, ainsi comme il souloit, Je ne dy pas qu'en gré je ne le prinssc, Car un vassal est subjcct à son prince. Il le feroit s'il sçavoit bien comment Depuis un peu je parle sobrement :

Car ces Lombars avec qui je chemine M'ont fort appris à faire bonne mine ; A un mot seul de Dieu ne deviser, A parler peu, et à poltronniser.

Dessus un mot une heure je m'arreste.

L'on parle à moy : je responds de la teste, Mais, je vous pry, mon saufcouduict ayons, Et de cela plus ne nous esniayons ; Assez avons espace d'en parler Si une foys vers vous je puis aller.

Conclusion, royalle geniture, Ce que je quiers n'est rien qu'une escripture Que chascun jour on baille aux ennemys ; On le peult bieu octroyer aux amys.

Et ne fault ja qu'on ferme la campaigne Plus tost à moy qu'à quelque Jean d'Espaigne ; Car, quoy que né de Paris je ne sois, Point je ne laisse à estre bon Françoys ; Et si de moy comme espère l'on pense, J'ay entreprins, pour faire récompense.

Un œuvre exquis, si ma Musc s'enflamme, Qui maulgré temps, maulgré fer, maulgré flamme, Et maulgré mort, fera vivre sans fin.

Le roy Françoys et son noble Daulphin.

CLEMENT MAROT

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