‹ ŒuvresChapitre 4 sur 56 · DIALOGUE DE DEUX AMOUREUX · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE DEUX AMOUREUX

I.E PREMIER cr.mmenc* en chantant Mon cueor est tout cndonny,

Res veille moy belle :

Mon cueur est tout endormy, ResveiUc le my.

LE SECOND

Hé, compaignon.

Hé, mon amy,

Comment te va ?

LE SECOND

Par le corps bieu, beau sire, Je en te le daigaerois dire Sans t'accoller. Çà ceste eschine :

De l'autre bras que je t'esciiine De fine force d'accollades.

LE PREMIER

Et puis ?

LE SECOND Et puis ?

LE PREMIER

Rondeaux, ballades, Chansons, dizains, propos menus.

Compte moy qu'ilz sont devenuz :

Se f aict il plus rien de nouveau ?

LE SECOND

Si faict : mais j'en ay le cerveau

Si rompu et si altéré.

Qu'en effcct j'ay délibéré

De ne m'y rompre plus la teste.

LE PREMIER

Pourquoy cela ?

__ DIALOGUE

LE SECOND

Que tu es beste î Ne sçais tu pas bien qu'il y a Plus d'un an qu'Amour me lya Dedans les prisons de m'aniye ?

LE PREMIER

Est ce encor de Barthclcmyc La blondelette ?

LE SECOND Et qui donc ?

Ne sçais tu pas que je n'euz onc D'elle plaisir ny un seul bien ?

LE PREMIER

Nenny vrayement, je n'en sçay rien :

Mais si tu m'en eusses parlé, Ton affaire en fust mieux allé.

Croy moy, que de tenir les choses D'amours si couvertes et closes, Il n'en vient que peine et regret.

Vray est qu'il fault estre secret, Et seroit l'homme bien coquart Qui vouldroit appeller un quart ; Mais en effect il fault un tiers.

Demande à tous ces vieilz routiers, Qui ont esté vrays amoureux.

LE SECOND Si est un tiers bien dangereux, S'il n'est amy Dieu sçait combien.

LE PREMIER

Hé ! mon amy, choisy le bien.

Et quand tu l'auras bien choisy, Si ton cueur se trouve saisy De quelque ennuyeuse tristesse.

Ou bien d'une grande liesse, A l'amy te deschargeras ; Sçais tu comment t'allégeras ? Tout ainsi, par le sang sainct George, Comme si tu rcndois ta gorge Le jour d'un caresme prenant.

CLEMENT M A ROT

I.E SECOND Il faut donc iniculx des niaintcnant Çuc je t'en compte tout du loa|( :

N'est ce pa» bien dict ?

LE l'RKMIER

Or là donc Mais pour ce que je suis des vieux En cas d'amours, il vauldra mieulx Que les demandes je te face, Combien, de qui, en quelle place, Des refuz, des pareil' "es,

Des circonstances, et .nches

Et des rameaux : car les ay tous Aprins de mes compaignons doulx.

Allant avec eulx à la messe.

Or vien ça, compte moy, quand est ce Que premièrement tu l'aymois ?

LE SECOND

Il y a plus de seize moys, Voyrc vingt, sans avoir jony.

LE PREMIER

L'aymes tu encores ?

LE SECOND Ouy.

Tu es un fol. Or, de par Dieu, Comment doy je dire ? en quel lieu Fut premier ta pensée esprise De son amour?

LE SECOND

En une église ; Là coramençay mes passions.

LE PREMIER

Voyla de mes dévotions !

Et quel jour fut ce ?

LE SECOND

Par sainct Jacques, Ce fut le propre jour de Pasques (A bon jour bon oeuvre).

DIALOGUE

LE PREMIER

Et comment?

Tu venois lors tout freschement De confesse, et de recevoir..,.

LE SECOND Il est vray : mais tu dois sçavoir Que tousjours à ces grans journées Les femmes sont mieulx attournées Qu'aux autres jours ; et cela tente.

O mon Dieu ! qu'elle estoit contente De sa personne ce jour là !

Avecques la grâce qu'elle a, Elle vous avoit un corset D'un fin bleu, lassé d'un lasset Janine qu'elle avait faict exprès.

Elle vous avoit puis après Mancherons d'escarlatte verte, Robbe de pers large et ouverte (J'entends à l'endroict des tetins), Chausses noires, petis patins, Linge blanc, ceincture houppée, Le chapperon faict en poupée, Les cheveulx en passefillon, Et l'oeil gay en esmerillon ; Soupple et droicte comme une gaulle ; En effect, sainct Françoys de Paule, Et le plus sainct Italien Eust esté prins en son lien, S'a la veoir se fut amusé.

LE PREMIER Je te tiens donc pour excusé.

Pour ce jour là, que fuz tu ?

LE SECOND

Pris, LE PREMIER

Quel visage euz tu d'elle ?

LE SECOND

Gris.

LE PREMIER

Ne te rit elle jamais ?

CLEMENT MAROT

Ci.L, i*iL,i\ i m /ij< u I

I y. SKO>ND

Point

Que vculx tu cstn. . l. .

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