‹ ŒuvresChapitre 5 sur 56 · I.E SECOND · texte numérisé non relu

I.E SECOND

Joinct.

IF l'HKMIER

Par mariage, on aultrement ?

Lequel veulx to ?

LE SECOND

Par mon serment.

Tous deux sont bons, et si ne sçay : Je l'aymerois mieux à l'essay, Avant qu'entrer en mariage.

LE PREMIER

Touche là, tu as' bon courage, Et si n'es point trop desgousté.

Tu l'auras, et d'autre costé On m'a dict qu'elle est amyable Comme un mouton.

LE SECOND

Elle est le diable î C'est par sa teste que j'endure ; Elle est, par le corps bieu, plus dore Que n'est le pommeau d'une dague.

LE PREMIER

C'est signe qu'elle est bonne bague, Compaignon.

LE SECOND

Voycy un mocqueur, J'entcns dm-e parmy le cueur :

Car quand au corps, n'y touche myc ; Dès que je l'appelle m'amye :

« Vostre amye n'est pas si noire, »

Faict elle. Vous ne sçanriez croire Comme elle est prompte à me desdire Du tout

LE PREMIER

Ainsi ?

DIALOGUF

LE SECOND Laisse moy dire.

Si tost, que je la veux toucher, Ou seulement m'en approcher, C'est peine, je n'ay nul crédit :

Et sçais tu bien qu'elle me dit ?

« Un fascheux et vous c'est tout un : Vous estes le plus importun Que jamais je vy. » En effect J'en vouldrois estre ja defféiict.

Et m'en croy.

LE PREMIER

Que tu es bellistre !

Et n'as tu pas ton franc arbitre Pour sortir d'où tu es entré ?

LE SECOND Arbitre ? c'est bien arbitré !

Je le veulx bien, mais je ne puis.

Bien un an l'ay laissée, et puis J'ay parlé aux ^Egyptiennes Et aux sorcières anciennes D'y chercher jusque au dernier poioct Le moyen de ne l'aymer poinct :

Mais je ne m'en puis descoifer.

Je pense que c'est un enfer Dont jamais je ne sortiray.

Par mon ame, je te diray :

Puis qu'il n'est pas en ta puissance De la laisser, sa jouyssance Te seroit une grand' recepte.

LE SECOND

Sa jouyssance ? je l'accepte :

Amenez la moy.

LE PREMIER

Non : attens.

Mais à fin que ne perdons temps, Compte moy cy par les menuz Les moyens que tu as tenuz Pour parvenir à ton affaire :

CLEMENT M A ROT

LE SECOND J'ay faict tout ce qu'on sçanroit Uire : J'ay souApiré, j'ay faict des ciiz, J'ay envoyé de beaux escriptz, J'ay danse et ay faict gambades, Je luy ay tant donné d'oeillades, Que mes yeulx en sont tous Itttrr.

LE PREMIER

Encores n'est ce pas assez.

LE SECOND J'ay chante, le diable m'emporte, Des nuicts cent foys devant sa porte, Dont n'en veux prendre qu'a tesmoings Trois potz à pisser, pour le moins, Çue sur ma teste on a cassez.

Encores n'est ce pas assez.

LE SECOND

Quand elle venoit au raonstier, Je l'attendois au benoistier Pour luy donner de l'eau beniste :

Mais elle s'enfuyoit plus viste Que lièvres quand ilz sont chassez.

LE PREMIER

Encores n'est ce pas assez.

LE SECOND

Je luy ay dict qu'elle estoit belle ; J'ay baisé la paix après elle ; Je luy ay donné fruictz nouveaux Acheptez en la place aux Veaux, Disant que c'estoit de mon creu ; Je ne sçay si elle l'a creu ; Et puis tant de bouquetz et roses ; Brief, elle a mis toutes ces choses Au ranc des péchez effacez.

LE PREMIER Encores n'est ce pas assez.

Il falloit estre diligent De luy donner.

DIALOGUE

LE SECOND

Quoy ?

LE PREMIER

De l'argent, Çuelque chaîne d'or bien pesante, Quelque esmeraude bien luysante, Quelques patenostres de prix :

Tout soudain cela seroit pris, Et en le prenant el' s'oblige.

LE SECOND

El' n'en prendroit jamais, te dy je, Car c'est une femme d'honneur.

LE PREMIER

Mais tu es un maulvais donneur, Je le voy tresbien.

LE SECOND

Non suis point :

Mais croy qu'elle n'en prendroit point, En y eust il plein trois barilz.

LE PREMIER

Mon amy, elle est de Paris ; Ne te y fie, car c'est un lieu Le plus gluant.

LE SECOND

Par le corps bieu.

Tu me comptes de grans matières.

LE PREMIER

Quand les petites vilotieres Trouvent quelque hardy amant Qui vueille mettre un dyamant Devant leurs yeulx rians et vers, Coac ! elles tombent à l'envers.

Tu ris ! mauldit soit il qui erre !

C'est la grand' vertu de la pierre Qui esblouit ainsi les yeux.

Telz dons, telz presens servent mieux Que beauté, sçavoir ne prières : Hz endorment les chamberiercs ; Hz ouvrent les portes fermées Comme s'elles estoient charmées :

Il CLÉMENT MAROT

l\z font aveugles ceux qui voycnt.

Et taire \c% chieut qui aboyent.

Ne nie crois tu pas V

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