PSEAUME XXII
Deus, Deus meus, respice in me; quare me dereliquisHP
Prophétie de Jésus Christ, en laquelle David chante d entrée sa basse et honteuse déjection : puis l'exaltation et lestendue de son royaume jusques aux fins de la terre, et la perpétuelle durée d icelluy.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoy m'as tu laissé Loing de secours, d'ennuy tant oppresse, Et loing du cry que je t'ay addressé En ma complaincte ?
De jotir, mon Dieu, je t'invocque sans faincte, Et toutesfoys ne respond ta voix saincte ; De nuict aussi, et n'ay dequoy estaincte Soit ma clameur.
Elelas ! tu es le sainct e* la trcmcur, Et d'Israël le résident bonheur, Là ou t'a pieu que ton loz et honneur On chante et prise.
PSAUMES
Noz pères ont leur fiance en toy mise, Leur confiance ilz ont sur toy assise, Et tu les as de captifz en franchise Tousjours boutez.
A toy crians, d'ennuy furent ostez > Espéré ont en tes sainctes bontez, Et ont receu sans estre reboutez Ta grâce prompte.
Mais moy je suis un ver qui rien ne monte, Et non plus homme, ains des hommes la honte, Et plus ne sers que de fable et de compte Au peuple bas.
Chascun qui veoit comme ainsi tu m'abas De moy se mocque et y prend ses esbas ; Me font la moue, et puis hault et puis bas Hochent la teste.
Puis vont disans : Il s'appuye et s'arreste Du tout sur Dieu, et luy faict sa requeste : Donc qu'il le sauve, et que secours luy preste, S'il l'ayme tant.
Si m'as tu mis hors du ventre pourtant, Causes d'espoir tu me fuz apportant Dès que j'estois les mammelles tétant De ma nourrice.
Et, qui plus est, sortant de la matrice Me recueillit ta saincte main tutrice.
Et te monstras estre mon Dieu propice.
Dès que fuz né.
Ne te tiens donc de moy si destournç Car le péril m'a de près adjourné.
Et n'est aucun par qui me soit donné Secours ne grâce.
CLSMKNT MAROT- 10
CLEMENT MAROT
Maint gros toreau m'environne cl menace : Les gros torcaux de Dasan, terre gras«e, Pour m'assieger m'ont soivi à la trace En me pressant.
Et tout ainsi qu'un lyon ravissant.
Après la proyc en fureur rugissant, Ilz ont ouvert dessus moy Langoissant Leur gueule gloute.
Las ! ma vertu comme eau s'escoùle toute, N'ay os qui n'ait la joincture dissoultc, Et comme cire en moy fond goutte à goutte Mon cueur fasché.
D'humeur je suis comme tuile asséché ; Mon palais est à ma langue attaché ; Tu m'as faict prest d'estre au tumbean couché, Reduyt en cendre.
Car circuy m'ont les chiens pour me prendre ; La faulse trouppe est venue m'offendre ; Venue elle est me transpercer, et fendre Mes piedz et mains.
Compter je puis mes os du plus an moins, Ce que voyans les cruelz inhumains, Tous resjouiz me jectent regardz maints, Avec risée.
Jà ma despouille entre eulx ont divisée : Entre eulx desjà ma robe déposée Ilz ont au sort hasardeux exposée A qui l'aura.
Seigneur, ta main donc ne s'eslongncra, Ains par pitié secours me donnera, Et, s'il te plaist, elle se hastera, Mon Dieu, ma force.
PSAUME
Sauve de glaive et de mortelle cstorce Mon ame, helas ! que de perdre on s'efforce ; Délivre la, que du chien ne soit morse, Chien enragé.
Du léonin gosier encouragé Délivre moy ; respons à l'affligé Qui est par grans licornes assiégé Des cornes d'elles.
Si compteray à mes frères fidèles Ton nom trèshault ; tes vertus immortelles Diray parmy les assemblées belles, Parlant ainsi ;
Vous, craignans Dieu, confessez le sans si ; Filz de Jacob, exaltez sa mercy ; Crains le tousjours, toy d'Israël aussi La race entière :
Car débouté n'a l'humble en sa prière Ne destourné de luy sa face arrière :
S'il a crié, sa bonté singulière L'a exaulcé.
Ainsi ton loz par moy sera haulsé En grande troupe, et mon vœu jà dressé Rendray devant le bon peuple amassé, Qui te crainct, Sire.
Là meugeront les povres à suffire, Bénira Dieu qui Dieu crainct et désire. O vous ceulx là, sans fin, je le puis dire, Vos cueurs vivront.
Cela pensant tous se convertiront Les boutz du monde, et à Dieu serviront : Bref, toutes gens leurs genoulx fléchiront En ta présence.
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CLEMENT MAROT
Car ilz sçauront qu'à la (V ' sence
Seule appartient regue et i u^nce ,
Donc sur les gens seras par excellence Roy conquérant
Gras et repeuz te viendront adorant.
Voire le maigre à la fosse courant.
Et dont la vie cs^ hors de re&torant.
Te donra gloire.
Puis leurs enfans à te servir et croire S'enclineront, et, en tout territoire.
De filz en filz il sera faict mémoire Du Toutpuissant.
Tousjours viendra quelc'un d'entre eulx yssant. Lequel au peuple à l'advenir nayssant Ira par tout ta bonté annonçant.
Sur moy notoire.