‹ ŒuvresChapitre 50 sur 56 · LA REPUBLIQUE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

LA REPUBLIQUE FRANÇOISE

Puis qu'on sçait bien, ô perverse Chimère, Que toute rage en toy se peult choisir, Jusqu'à tuer avec angoisse amerc L'enfant petit au ventre de sa raere, Sans luy donner de naistre le loisir ; Puis qu'ainsi est, pourquoy prens tu plaisir A monstrer plus ta force tant congneue, Dont ne te peult louenge estre advenue?

Qui de son corps la force met en preuve, Devant ses yeulx loz ou gaing luy appert : Mais, en l'effect, où la tienne s'espreuve, Blasme pour loz, perte pour gaing se treuve ; Chascun t'en blasme, et tout le monde y pert. Perdu nous as l'homme en conseil expert, Et l'as jecté mort dedans le giron De France (helas ! ) qui pleure à l'environ.

Françoys, franc Roy de France et des Françoys, Tu le fuz veoir quand l'ame il vouloit rendre ;

CLEMENT MAROT

De lu y donner rcnconfort t'adTânçois, Et en ton cucur contre U Mort tançou, Qui ton bon serf au besoin^ venoit prendre. O quelle amour imposable à c r ' ' Santc cent ans puisse avoir un Et du servant au ciel potMe l'âme estre.

France, et la fleur de »es princes ensemble, Le corps au temple en grand dneil ont mené : Lors France triste à Hecuba ressemble, Quand ses enfants à l'entour d'elle assemble Pour lamenter Hector, son filz aisné.

Quiconques fut Hector aux armes ué, Robertet fut nostre Hector en sagesse j Pallas aussi luy en ^eit grand' largesse.

Au fond du cueur les larmes vont puisant Povres de court, pour pleurer leur ruyne : Et toy, Labeur, tu ne veoys plus luisant Ce cleir soleil qui estoit tant duisant A esclarcir de ce temps la bruyne.

Processions, ne chanter en rue hymne, N'ont sceu mouvoir fiere Mort a mercy, Qui me contrainct de dire encore ainsi :

Vieille effacée, infecte, image immnnde, Craincte de ^ens, pcnsement soucieux.

Quel bon advis, quelle sagesse abonde En ton cerveau, d'apovrir ce bas monde, Pour enrichir de noz biens les haultz cieulx ? Que mauldict soit ton dard malicieux !

En un seul coup s'est monstre trop habile, D'en tuer un et en navrer cent mille.

Tu as froissé la main tant imitable Qui au prouffict de moy, lasse, escrivoit : Tu as cousu la bouche véritable ; Tu as percé le cueur tant charitable, Et assommé le chef qui tant sçavoit. Mais maulgré toy ça bas de lui se veoit- Un cler renom, qui ce tour te fera Que par sus toy sans fin triumphera.

Tu as deffaict (6 lourde et mal adextrc ! ) Ta non nuysance et nostre allégement ;

COMPLAINTES

Endormy as de ia pesante dextre

Cil qui ne peult resvcillé au monde estre

Jusques au jour du final jugement.

Las ! et tandis nous souffrons largement,

N'ayans recours qu'au ciel et à noz larmes

Pour nous venger de tes soudains alarmes.

De voz deux yeulx, vous, sa chère espousée : Faites fontaine où puiser on puisse eau ; Filles de luy, vostre face arrouséc De larmes soit, non comme de rousée.

Mais chascun œil soit un petit ruisseau ; Chascun des miens en jecte plus d'un seau : De tout cela faisons une rivière Pour y noyer la Mort, qui est si fiere.

Ha ! la mescbante, cscoutcz sa malice : Premier occit en martial destroict Quatre meilleurs chevaliers de ma lice, Lescut, Bayard, la Tremoille et Paliice, Puis est entrée en mon conseil estroict, Et de la troupe alla frapper tout droict Le plusaymé et le plus diligent.

Souvent de telz est un peuple indigent.

Si son nom propre à dire on me scmond. Je respondray qu'à son los se compassé : Son loz fleurit, son nom, c'est Florimond, Un mont flory, un plus que flory mont. Qui de haulteur Parnasus oultrepasse ; Car Parnasus (sans plus) les nues passe ; Mais cestuy vainct la haulteur cristaline, Et de luy sort fontaine cabaliue.

De Robcrtet par tout le mot s'espart, En Tartarie, Espaigne et la Morée :

Deux filz du nom nous restent de sa part, Et un neveu, qui d'esprit, forme et art Semble Phebus à la barbe dorce.

De luy se sert dame France honorée En ses secretz, car le nom y consonne ; Si faict son sens, sa plume et sa personne.

Vous, ses deux fils, ne sont vos yevdx lassez ? Cessez vos pleurs, cessez, Frauçoys et Claude, ========= 167 -^-^^=

..^.ttr À$< ■ -wÊi

CLEMENT M A ROT

Et en latin, dont vous !>çavez assez.

Ou en beau {*rcc, quelque œuvre compAssez

Qui après mort vostrc père coUaudc

Puis increpcz ceste Mort qui '

En luy prouvant par dictz p): ^x

Comme inutile est son dard et sa laolx.

LAl.'THEUR

Incontinent que la Mort entendit Que l'on vouloit inutile la dire, Son bras tout sec en arrière estendit.

Et fièrement son dard mortel brandit, Pour Republique en frapper par grand ire ; Mais tout à coup de fureur se retire, Et d'une voix qui sembloit bien loingtaine Dit telle chose utile et trèsccrtaine-

Page 1