‹ ŒuvresChapitre 49 sur 56 · PSEAUME CXXX · texte numérisé non relu

PSEAUME CXXX

De profiindis clamavi ad te, Domine.

Aiicctueuse prière de celuy qui par son péché a beaucoup d'adversiicz, et loutesfoys par espérance ferme se promet obtenir de Dim rc mission de ses péchez, et délivrance de ses maulx.

Du fons de ma pensée.

Au fons de tous ennuis, A toy s'est adressée Ma clameur jours et nuicts.

CL£M/,.\ J y;/! /C'y/

Entent ma vv .^ j ....i.uvc, Seigneur, il est maison ; Ton oreille ententive Soit à mon orai&on.

Si ta rigueur expreue En noz péchez tu tiens, Seigneur, Sei^ineur, qui est ce Qui demourra des tiens?

Or n'es tu point sévère, Mais propice à mercy :

C'est pourquoy on révère Toy et ta loy aussi.

En Dieu je me console, Mon ame s y attend ; En sa ferme parollc Tout mon espoir s'estend.

Mon ame à Dieu regarde Matin et sans séjour, Plus matin que la garde Assise au poinct du jour.

Qu'Israël en Dieu fonde Hardiment son appuy ; Car en Dieu grâce abonde, Et secours est en luy.

C'est celuy qui sans doubte Israël j cetera Hors d'iniquité toute, Et le rachètera.

COMPLAINTES

uiLi-x^ORATION DE MESSIRE FLORIMOND ROBERTET

Jadis ma plume on veit son vol estendre Au gré d'Amour, et d'un bas style et tendre Distiller dictz que soulois mettre en chant : Mais un regret de tous costez tranchant Luy faict laisser ceste doulce coustume, Pour la tremper en encre d'amertume.

Ainsi le fault, et quand ne le fauldroit, Mon cueur, helas ! encores le vouldroit ; Et quand mon cueur ne le vouldroit encores, Oultre son vueil contrainct y seroit ores Par l'aiguillon d'une mort qui le poinct. Que dy je, mort ! D'une mort n'est ce poinct, Ains d'une amour : car quand chascun mourroit, Sans vraye amour plaindre on ne le pourroit ; Mais quand la Mort a faict son maléfice, Amour adonc use de son office, Faisant porter aux vrays amys le dueil, Non point un dueil de fainctes larmes d'œil, Non point un dueil de drap noir annuel, Mais un dueil tainct d'ennuy perpétuel ; Non point un dueil qui dehors apparoist, Mais qui au cueur sans apparence croist. Voylà le dueil qui a vaincu ma joye ; C'est ce qui faict que toute rien que j'oye Me sonne ennuy ; c'est ce qui me procure Que couleur blanche à l'oeil me soit obscure, Et que jour clair me semble noire nuict, De tel' façon que ce qui tant me nuit Corrompt du tout le nayf de ma Muse, Lequel de soy ne veult que je m'amuse A composer en triste tragédie ;

CLiMENT MAROT. I I

Mai', m I

CIl.lllSOIj .

Veu qu'autre cas ne pcuit sortir de moy.

De mon cueur donc l'it ' - * -i totale Vous comptera une cho Qtic je trouvay d'advcntur»: ne,

En me venant de Loyre drc. ... « ^%.*ae, Dessus Tourfou. Tourfou jadis cstoit Un petit boys, où la Mort c it

Mcurdres bien ^raus sur cci. ,... chemin tel

Vouloient pai.ser. En celuy lieu mortel Je vey la Mort hydi ' ' e,

Dessus un char en ti ^ e,

Dessoubs ses pieds ayant un ccrps humain Mort à l'envers, et un dard en la main. De boys mortel, de plumes empenne D'un vieil corbeau, de qui le chant damné Prédit tout mal ; et fut trempé le fer En eau de Styx, fleuve triste d'Enfer.

La Mort, en lieu de sceptre vénérable, Tenoit en main ce dard cspovcntablCt Qui en maint lieu estoit tainct et taché Du san^ de cil qu'elle avoit surmarché.

Ainsi debout sur le cbxir se tenoit, Qu'un cheval pasle en hennissant trainoit, Devant lequel cheininoit une fée Fresche, en bon poinct, et noblement coiffée, Sur teste raze ayant triple couronne.

Que mainte perle et rubys environne.

Sa robe estoit d'un blanc et fin samys, Où elle avoit en pourtraicture mys, Par traict de temps, un million de choses, Comme chasteaulr, palays et villes closes, Villages, tours et temples et conventz.

Terres et mers, et voiles à tous ventz, Artillerie, armes, hommes armez, Chiens et oyscaïUx, plaines et bcys ramez, Le tout brodé de fine soye exquise.

Par mains d'autruy torse, taincte et acquise ; Et pour devise, au bord de la besongne

COMPLAINTES

Estoit escript : Le feu à qui en grongne. Ce néantmoins, sa robe elle mussoit Soubz un mauteau qui humble paroissoit, Où plusieurs draps divers furent compris, De noir, de blanc, d'enfumé et de ^ris, Signifiant de sectes un grand nombre Qui sans travail vivent dessoubz son umbre.

Ceste grand' Dame est nommée Rommaine, ^ui ce corps mort jusques au tumbeau maine, La croix devant, en grand' cerimouie, Chantant mottetz de piteuse armonie.

Une autre Dame au costé droict veuoit, A qui trop peu de chanter souvenoit, D'un haubin noir, de pareure tanée, Montée estoit, la plus triste et tennée Qui fust alors soubz la haultcur celique. Helas ! c'estoit Françoyse Republique, Laquelle avoit en maiutz lieux entamé Son manteau bleu, de fleurs de lys semé. Si derompoit encor de toutes part Ses beaulx chevculx sur elle tous espars, Et pour son train ne menoit avec elle Sinon Douleur, Ennuy et leur séquelle, Qui la servoient de tout cela qui duyt Quand au sepulchre un amy on conduyt.

De l'autre part chcminoit en grand' peine Le bon hommeau Labeur, qui en la plaine Avoit laissé bœufz, charrue et culture, Pour ce corps mort conduire en sépulture ; Mais bien lava son visage haslé De force pleurs, ains que là fust allé.

Lors je, voyant telle pompe mondaine, Presupposay en pensée soudzune Que là gisoit quelque prince de nom ; Mais tost après fuz adverty que non, Et que c'estoit un serviteur royal.

Qui fut jadis si prudent et loyal Qu'après sa mort son vray seigneur et roy Luy ordonna ce beau funèbre arroy, Monstrant au doigt combien d'amour desservent

CLÉMENT M A ROT

De leurs t»eij^ncurs Icft servans qui bien servent.

Et comment sceu je alors qui c^toit l'homme f Autour de luy ne veoy qui le me nomme. Et m'en enquiers. Mais le * i leur fend

Toute parole a leur bouche . J, Si vous diray comment donques j'ay acen Le nom de luy. Ce char que j'appcrccn N'estoit parc de rouge, jaune ou vert, Mais tout de noir par tristesse couvert. Et le suyvoicnt cent hommes en douleur, Vcstuz d'habitz de semblable couleur, Chascun au poing torche qui feu rendoit. Et où l'escu du noble mort pendoit.

Lors, curieux, piquay pour veoir les armes : Mais telle veue aux yeulx me meit les larmes, Y voyant painct l'esle sans pcr à elle. Dieu immortel (dy je lors) voicy l'esle Qui a volé ainsi que voler fault, Entre deux airs, ne trop bas ne trop hanlt ; Voicy, pour vray, l'esle dont la volée Par sa vertu à la France extoliée, Circouvolant ce monde spacieux, Et survolant maintenant les neuf cieulx. C'est l'esle noire en la bende dorée, L'esle en volant jamais non essorée.

Et dont sortie est la niieulx cscrivant Plume qui fust de nostre aage vivant.

C'est celle plume où modernes esprits Soubz ses patrons leur sçavoir ont apris ; Ce lut ]a plume en sage main baillée, Oui ne fut onc (comme je croy) taillée Que pour servir en leurs secretz les roys ; Aussi de reng elle en a servi trois.

En guen-e, en paix, en affaires urgens. Au gré des roys et prouffit de leurs gens.

O vous, humains, qui escoutez ma plaincte, Qui est celluy qui eut ceste esle paincte En son escu ? Vous en fault il doubter ? Sentez vous point, quant venez à gouster Ce que je dy en mon triste motet,

COMPLAINTES

Que c'est le bon Florimond Robertet ? En est il d'autre en la vie mortelle Pour qui je disse une louenge telle ?

Non, car vivant de son art n'en approche ; Or est il mort serviteur sans reproche.

Ainsi (pour vray) que mon cueur et ma langue Disoient d'accord si piteuse harangue, La fiere Mort sur le char sejournée Sa face pasle a devers moy tournée, Et à bien peu qu'elle ne m'a rué Le mesme dard dont elle avoit tué Celluy qui fut la toute ronde sphère Par où guettois ma fortune prospère ; Mais tout à coup tourna sa veue oblique Contre et devers Françoyse Republique, Qui l'irritoit, mauldissoit et blasmoit D'avoir occis celluy qui tant l'aymoit.

Adonc la Mort sans s'effrayer l'escoute, Et Republique hors ds l'cstomach boute Les propres motz contennz cy après.

Avec sanglotz s'entresuyvant de près.

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