‹ ŒuvresChapitre 55 sur 56 · COLIN · texte numérisé non relu

COLIN

Tu me requiers de ce dont j'ay envie : Sus donc, mes vers, chantez chantz douloureux, Puis que la mort a Loyse ravie.

Qui tant tenoit nos courtilz vigoureux.

Or sommes nous maintenant malheureux, Pins estonncz de sa mortelle absence Que les aigneaulx à l'heure qu'entour eulx Ni trouvent pas la mcre qui les pense.

Pleurons, bergers, Nature nous dispense ; Pleurons la mère au grand berger d'icy ; Pleurons la mère à Margot d'excellence, Pleurons la mère à nous autres aussi.

COMPLAINTES

O grand pasteur, que tu as de soucy ! Ne sçay lequel, de toy ou de ta mère, Me rend le plus de tristesse noircy ; Chanté/:, mes vers, chantez douleur amere.

Lorsque Loyse en sa loge prospère Son beau mesnage en bon sens conduisoit, Chascun pasteur, tant fust il riche père, Lieu là dedans pour sa fille eslisoit.

Aucunesfoys Loyse s'advisoit Les faire seoir toutes soubz un grand orme, Et, elle estant au milieu, leur disoit : « Filles, il fault que d'un poinct vous informe.

Ce n'est pas tout qu'avoir plaisante forme, Bordes, troupeaulx, riche père et puissant : Il faut preveoir que vice ne difforme Par long repos vostre aage fleurissant,

Oysiveté n'allez point nourrissant.

Car elle est pire entre jeunes bergères Qu'entre brebis ce grand loup ravissant Qui vient au soir tousjours en ces fougères.

A travailler soyez doncques légères Que Dieu pardoint au bon homme Roger : Tousjours disoit que chez les mesnageres Oysiveté ne trouvoit à loger, »

Ainsi disoit la mère au grand berger, Et à son dict travailloient pastourelles; L'une plantoit herbes en un verger, L'autre paissoit colombz et tourterelles.

L'autre à l'aiguille ouvroit choses nouvelles, L'autre en après faisoit chappeaulx de fleurs. Or maintenant ne font plus rien les belles. Sinon ruysseaux de larmes et de pleurs.

Converty ont leurs danses en douleurs.

Le bleu en brun, le vertgay en tanné, Et leurs beaulx tainctz en mauvaises couleurs. Chantez, mes vers, chantez dueil ordonné.

Dès que la mort ce grand coup eut donné. Tous les plaisirs champestres s'assoupirent ; Les petis ventz alors n'ont aliéné, Mais les forts ventz encores en souspirent.

CLÉMENT MAROT. I

CLÉMENT M A ROT

Feuilles et fruictz des arbre» abbatireat ; I^ cler soleil chaleur plus ue rendit ; Du manteau vert le* prez «e devestirent ; Le ciel obscur larmes en retpandit.

Le grand pasteur sa musette fenditi Ne voulant plus que de pleurs se mesler. Dont son trouppeau, qui plaindre l'entendit. Laissa le paistrc et se print a besler.

Et quand Margot ouyt tout révéler, Son gentil cueur ne fut assez habile Pour garder l'oeil de larmes distiller, Ains de ses pleurs en feit bien pleurer mille.

Terre eu ce temps devint nue et débile ; Plusieurs ruysseaax tous a sec demeurèrent; La mer en fut troublée et mal tranquille, Et les Daulphins bien jeunes y pleurèrent

Biches et cerfz estonnez s'arresterent ; Bestes de proye et bestes de pasture.

Tous animaubc Loyse regrettèrent ; Excepté loups de mauvaise nature.

Tant en effect griefve fut la poincture. Et de malheur l'advauture si pleine, Que le beau lys en print noire taincture. Et les troupeaux en portent noire laine.

Sur l'arbre sec s'en complainct Philomene ; L'aronde en faict cris piteux et trenchans ; La tourterelle en gémit et en meine Semblable dueil, et j'accorde à leurs chants.

O francs bergers sur franche herbe marchans. Qu'en dictes vous? Quel dueil, quel ennuy est ce De voir sécher la fleur de tous noz champs? Chantez, mes vers, chantez : * Adieu liesse. ^

Nymphes et dieux de nuict en grand' destresse La vindrent veoir, et luy dirent : « Helas ! Dors tu icy, des bergers la maistresse. Ou si c'est Mort qui t'a mise en ses lacs?

Las ! ta couleur (telle comme tu Tas) Nous juge bien que morte tu reposes.

Ha ! Mort fascheuse ! onques ne te meslas Que de ravir les excellentes choses !

COMPLAINTES

Tant cust au chef de sagesses encloses, Tant bien sçavoit le clos de France aynier, Tant bien y sceut au lys rendre les roses, Tant bien y sceut bonnes herber semer.

Tant bien sçavoit en seurté confernaer Tout le bestail de toute la contrée ; Tant bien sçavoit son parc clorrc et fermer, Qu'on n'a point veu les loups y faire entrée.

Tant a de foys sa prudence monstrée Contre le temps obscur et pluvieux.

Que France n'a (long temps a) rencontrée Telle bergère, au rapport des plus vieulx.

Adieu, Loyse, adieu en larmes d'yeulx ; Adieu le corps qui la terre décore. »

En ce disant s'en vont nymphes et dieux. Chantez, mes vers, chantez douleur encore.

Rien n'est ça bas qui ceste mort ignore : Congnac s'en coingne en sa poictrine blesme ; Romorantin la perte remémore ; Anjou faict jou, Angoulesme est de mesrae.

Amboyse en boyt une amertume extrême ; Le Maine en mené un lamentable bruit ; La povre Touvre, arrousant Angoulesme, A son pavé de truites tout destruict.

Et sur son eau chantent de jour et nuict Les cigncs blancs, dont toute elle est couverte, Pronostiquans en leur chaut qui leur nuit. Que Mort par mort leur tient sa porte ouverte.

Que faictes vous en ceste forest verte, Faunes, Sylvains ? Je croy que dormez là ! Veillez, veillez, pour plorer ceste perte, Ou, si dormez, en dormant songez la.

Songez la Mort, songez le tort qu'elle a : Ne dormez point sans songer la meschantc ; Puis au resveil comptez moy tout cela Qu'aurez songé, affin que je le chante.

D'où vient cela qu'on veoit l'herbe séchante Retourner vive alors que l'esté vient.

Et la personne au tumbeau trebuschantc, Tant grande soit, jamais plus ne revient?

dLÉMENT MAROT =

Ha ! quand j'ouy l'antrehier (il me tonvietrt) Si fort crier la corneille en nn cbesne, C'esit un j^rand cas (dy je lor») s'il n'advient Quelque incschcf bien tost en ce»tuy re^ne.

Autant m'en dit le corbeau sur un fresne ; Autant m'en dit l'cstoille à la ^rand' queue ; Dont je laschay à mes souspirs la. resne, Car tel' douleur ne pense avoir onc eue.

Chantez, mes vers, fresche douleur conceue. Non, taisez vous, c'est assez déplore : Elle est aux champs Elisiens receue.

Hors des travaulx de ce monde esploré.

La où elle est n'y a rien défloré ; Jamais le jour et les plaisirs n'y meurent ; Jamais n'y meurt le vert bien colore.

Ne ceulx avec qui là dedans demeurent.

Car toute odeur ambrosienne y fleurent, Et n'ont jamais ne deux ne trois saisons. Mais un printemps, et jamais ilz ne pletirent Perte d'amys, ainsi que nous faisons.

En ces beaulx champs et nayfvcs maisons Loyse vit, sans peur, peine ou mesaise ; Et nous ça bas, pleins d'humaines raisons, Sommes marrys (ce semble) de son aise.

Là ne veoit rien qui en rien luy desplaise ; Là mange fruict d'inestimable prix^ Là boyt liqueur qui toute soif appaise ; Là congnoistra mille nobles esprits.

Tous animaulx playsans y sont compris, Et mille oyseaulx y font joye immortelle, Entre lesquelz vole par le pourpris Son papegay, qui partit avant elle.

Là elle veoit une lumière telle Que pour la veoir mourir devrions vouloir. Puis qu'elle a donc tant de joye étemelle, Cessez, mes vers, cessez de vous douloir.

Mettez voz montz et pins en nonchaloir. Venez en France, ô Nymphes de Savoye, Pour faire honneur à celle qui valoir Feit par son loz son pays et sa voye.

COMPLAINTES

Savoysicnne cstoit, bien le sçavoye, Si faictes vous ; venez donques, affin Çu'avant mourir vostre œil par deçà voye Là où fut mise après heureuse fin.

Portez au bras chascune plein coffin D'herbes et fleurs du lieu de sa naissance, Pour les semer dessus son marbre fin, Le mieulx pourveu dont ayons congnoissance.

Portez rameaulx parvenuz à croissance :

Laurier, lyerre et lys blancs honorez, Romarin vert, roses en abondance, Jaune soucie et bassinetz dorez,

Passeveloux de pourpre colorez, Lavende franche, œilletz de couleur vive, Aubepins blancs, aubepins azurez.

Et toutes fleurs de grand' beauté nayfve.

Chascune soit d'en porter attentive, Puis sur la tumbe en jectez bien espais, Et n'oubliez force branches d'olive, Car elle estoit la bergère de paix.

Laquelle sceut dresser accords parfaicts Entre bergers, alors que par le monde Taschoient l'un l'autre à se rendre deffaicts, A coup de goy, de houlette et de funde.

Vien, le dieu Pan, vien plus tost que l'arondc, Pars de tes parcs, d'Arcadie desplace, Cesse à chanter de Syringue la blonde, Approche toy et te mets en ma place.

Pour exalter avec meilleure grâce Celle de qui je me suis entremys :

Non (pour certain) que d'en parler me lasse, Mais tu as tort que tu ne la gemys.

Et toy, Thenot, qui à plourer t'es mys En m'escoutant parler de la trcsbonne, Délivre moy le chalumeau promys, A celle fin qu'en concluant la sonne.

Et que du son rende grâces, et donne Louenge aux dieux des haults montz et des plains^ Si haultement que ce val en resonne :

Cessez, mes vers, cessez icy voz plaincts.

«pâto».

CLÉMENT M A ROT

THENOT

O franc pasteur, combien tes vert sont plein* De ^rand' donlcear et de ](rand' amertume 1 Le chant me plaint, et mon coeur tu contrains A se doaloir plus qu'il n'a de constame.

Quand tout e^t dict, Melpomenc allume Ton stile doulx à tristement chanter ; Oultre il n'est cueur (et fust ce un cueur d'enclume) Çue ce propos ne feit bien lamenter.

Parquoy (Colin) sans flater ne venter, Non seulement le bon fla^eol mérites, Ains dcvroit on chapeau te présenter De vert laurier, pour choses tant bien dictes.

Sus, grans toreaux, et vou^, brebis petites, Allez au tcct, assez avez brousté ; Puis le soleil tombe en ces bas limites, £t la nuict vient devers l'autre costé.

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