‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 1 sur 296 · VI AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT

personne ne l'aYait fait. Buffon a dit : Le génie^ c'est la patience. Quel dommage que ce ne soit pas vrai. Foy de piéton, nous aurions du coup gagné notre brevet.

Le lecteur appréciera,, par deux ou trois exemples, pris entre cent, la nature des corrections.

Nous imprimons (page IM) que Gymnaste avait habitué son cheval à ne craindre a les armes ny corps morts. )) Telle est la leçon de 1535, et de l'édition antérieure. Dans toutes les autres , armes s'est métamorphosé en âmes. Un cheval qui a peur des âmes ! Depuis plus de trois siècles on prête au noble animal une superstition qu*ii n'a sans doute jamais eue.

A partir de 1534, Rabelais est censé dire, en parlant d'un chevreuil : Les pieds droits de devant. Le Duchat s'est même chargé d'expliquer le phénomène. Nous avons préféré à l'explication la leçon de Nourry et de Marnef , qui disent simplement : Le pied droit.

A la page 394, on lira deux lignes que, depuis 1534 aussi, tous les éditeurs ont jugé à propos de sauter ^ comme des moutons de Panurge. Grâce à la legiereté de nos confrères, ruius trouvons par eserit et par doncques conséquence nécessaire debvons croire que sept^ cinqei un font dix sept. Ce n'est pas tout. Il s'agit A^oster ce que faisoit mal à l'estomac de Pantagruel. Les médecins lui font avaler comme pilules, des boules de cuivre se fermant et s'ouvrant à ressort et dans lesquelles on introduit les suppôis de M" Fify. Au moyen de l'omission que nous avons signalée, trois paysans sont placés eùcinq boules, sans en éprouver aucun m al, 'p\xh(\\!i*\\% reparaissent bientôt s'escrimant avec leurs pasles et leurs

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pioches. Dieu aidant, nous avons retrouvé dans Claude Nourry« non plus hjiHfeuseté d'arithmétique, mais ce qui vaut mieux, un paysan pour chaque boule, et nous voilà dispensés d'expliquer comment on peut mettre trais paysans en cinq boules.

L'orthographe de notre édition ne nous a pas coûté moins de soins que le texte.

En notre qualité de bibliophiles , d'hommes curieux des choses du passé, nous ne trouvons pas que la presse elle-même soit assez exacte pour reproduire les écrits de cette époque. La figure des lettres , leurs dispositions, leurs variétés de combinaisons pour représenter le même mot, tout cela nous paraît digne de respect comme des portraits d'ancêtres. La photographie devrait avoir le droit exclusif de nous en fournir dei images ; mais le plus grand nombre des lecteurs fait bon marché de cette manie d'antiquaires : il a la faiblesse de vouloir des livres lisibles. Nous avons essayé de le satisfaire, sans nous compromettre.

Vingt personnes m'ont adressé cette question : Reproduisez-vous la véritable orthographe de Rabelais? J'ai été plus d'une fois tenté de répondre à la manière de Panurge : Ei ubiprenvsP Où prenez-vous l'orthographe de Rabelais? Dans ses manuscrits? -^ Sauf les inscriptions latines de Montpellier, on ne connaît de sa main que quelques lettres écrites deux oti trois cents ans après sa mor///— Dans les éditions faites de son vivant? — Il n'y en a pas qui se ressemblent. -- Dans l'une d'elles de préférence? Laquelle? La première en date, ou la dernière?— Toutes sontbariolées également. Veut-on un

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exemple entre mille? Au prologue de Gargantua, le mot /mi7(? revient quatre fois en six lignes : il est constamment écrit, dans une même éditiony de deux, voire de trois manières différentes. L'orthographe de maître Alcofribas? C^est un prêtée; vous n'en saisirez jamais la forme, fussiez-vous plus fin que maislre Mouche. Dirat-on que cette anarchie même est la loi de notre auteur, qu'il suivait le code des Thélémites : Fais ce que voudras» On peut parler ainsi de ses a^îïai^r^^ maisnondelui.

Au commencement du seizième siècle, Tétymoiogie était fort à la mode; nos aïeux la poursuivaient à outrance. Quelque route qu'ils prissent, ils ne manquaient jamais de s'égarer. Tout chemin les menait où elle n'était pas. C'a été une sorte de péché originel qui nous a valu la perte des traditions orthographiques du moyen âge et ce déluge de formes bizarres, dont bon nombre s^abrite encore sous l'égide de l'Académie. Il faut chercher dans cette manie la cause des variétés d'orthographe dont fourmillent les éditions de cette époque; et si ces variétés se présentent plus fréquentes chez Rabelais que chez nul autre , la cause principale en est au grand nombre de reproductions de ses œuvres par des imprimeurs différents.

Un bibUophile instruit, qui voudrait nous donner une idée, non de l'orthographe de Rabelais (c'est un mythe), mais de l'orthographe de tous ses imprimeurs, pourrait s'y prendre ainsi que je vais dire. Il publierait la plus ancienne édition connue de chaque livre, et en note il signalerait les variantes de texte et d'orthographe de toutes celles faites du vivant de l'auteur. Un pareil travail ferait les délices des disciples de Nodier; une édi-

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tion critique ne peut admettre cette bigarrure. Nos devanciers l'ont bien senti; aussi ont -ils cherché à établir une certaine uniformité; mais en suivant leur fantaisie ou un système. Le Duchat et Jobanneau se sont arrêtés tantôt à l'orthographe la plus compliquée^ tantôt à la plus simple : ils n'ont pris aucun soin d'éviter les anachronismes. Ainsi le premier écrira paour, il ha, il feut, au lieu de peur, il a, il fut , comme on lit dans Cl. Nourry^ dans Marnef^ etc. : mais il imprimera constamment avec s les pronoms Hz, quels, qui, sans une exception , sont terminés par z dans les éditions anciennes.

Jobanneau fait de même : en outre» il affuble d*un malencontreux y les mots ^t^ aussi, ainsi; ses imparfaits sont en oys, non en ois; ses prétérits sont souvent en arent^ à la troisième personne du pluriel.

Le quinteux de TAulnaye s'est attaché aux formes les plus bizarres^ les plus confictes en babouyneries ; et comme les éditions anciennes n*en contenaient pas assez à son gré^ il s'est mis à en fabriquer un bon nombre. Yxiiv^ profit, prqfict, proffict, prouffict, son choix sera bientôt fait^ il prendra le dernier^ quoique le plus rare. Ung pour un ne se trouve dans aucune édition des 3% 4* et S<* livres : il se rencontre dans quelques éditions des deux premiers : vite il mettra des ung partout^ comme Le Duchat et Jobanneau. Il écrit constamment : Respondist avec s au prétérit^ ce qui ne se voit qu^à l'état de faute dans les vieux textes. Les prétérits en arent (esiimarent, au lieu de estimèrent) ont pour lui, comme pour Jobanneau , un charme inexprimable. Or^ ces prétérits, combien sont-ils ,^ ,— Un contre mille dans

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