PROLOGUE
tagruel, lequel j'ay servy à gages des ce que je fus hors de page jusques à présent que, par son congé , m'en suis venu un tour visiter mon pays de vache *, et savoir s'il y avoit encore en vie nul de mes parents*. Pourtant, afin que je face fin à ce prologue , tout ainsi comme je me donne à cent mille panerées de beaux diables, corps et ame, tripes et boyaux, en cas que j'en mente en toute l'histoire d'un seul mot, pareillement, le feu saint Antoine vous arde', mau.de terre * , bous bire, le lancy^, le maulubec^ vous trousque, la caquesangue^ vous vienne, le mau fin feu de ricqueracques^, aussi
mot de protonotaire, qui désignait à Rome certains officiers de la chancellerie, et en France les titulaires d'une fonction purement honorifique.
Il y a une intention semblable dans le mot d'onocrotale qui pré»
cède. C'est un oiseau qui a une grande poche sous le bec, et qui brait comme un 4ne.
' 11 semblerait résulter d'un passage de du Cauge, au mot Vac cœ, que ce nom a pu être donné autrefois à certains pays riches eu pâturages, où les amendes se payaient en bestiaux et où les vaches faisaient l'office d'argent dans les transactions. — Rabelais ferait-il allusion à cet usage? Ou bien plutôt, notre auteur, qui connaissait parfaitement la Suisse, comme ou le verra dans maints passages, veut-'l ici, par un genre de plaisanterie qui lui est familier, opposer son pays de Vache au pays de Vaudow de Veauî Ce qui peut rendre cette conjecture probable, c'est qu'il va bientôt revenir à la Suisse, à propos du taureau de Berne,
^ Nous donnons la leçon de C. Nourry, dans les moins anciennes on lit : Si en vie estait parent mien aulcun.
3 Les Espagnols juraient aussi par lasbrazas de san Antottio.
^ Que le mal de terre vous vire, vous retourne.
Le mal de terre désigne, suivant les uns, le scorbut, parce que, disent-ils, les marins n'en guérissent qu'à terre; et, selon les autres, l'épilepsie ou le mal caduc, qui fait tomber à terre.
Pelas désigne le scorbut sous le nom de mcut-tie-terra, et l'épilepsie sous celui de mau de la terra.
Aujourd'hui, mau de la terra se dit en provençal dans le sens d'é* pilepsie.
'" Oudin et Duez traduisent ce mot par ejquinancie. En languedocien, il se prend pour la foudre évoquée par magie,
'^ C'est probablement ce que Sauvage nomme mâou-loubety un ulcère qui vient aux jambes.
Mâou-loubet te bire! imprécation : Puisses-tu crever de la peste!
"^ Le flux de sang, cacaie sanguinem.
^ Le fie, ulcère au fondement.
Nous avouerons, sans affecter de pruderie , qu'il nous répugnerait d'entrer, comme Le Duchat , dans de longs commentaires sur le sens de ce mot : nous nous contenterons de citer une épigran&me qu'il
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menu que poil de vache, tout renforcé de vif argent , vous puisse entrer au fondement; et comme Sodome et Gomorrhe puissiez tomber en soulfre, en feu et en abysme, en cas que vous ne croyez fermement tout ce que je vous raconteray eu ceste présente chronique.
rapporte sans donner le nom de son Jïpiiq««ï-vou« . le poiat est inportant.
V • A T n T> Peu m'en souvient, dilfautre en beïiUat;
autear, qui est J. B. Roosseau : De nuit, le tout s'est fait à ratenture.
^ , . . ^ . .. , ^ confesseur trouvant la chose obscure ,
Certain François , habitant de Florence , Cela , dit«il , faisaiUil rie on rae f
Se confesMit do j^écbé de la chair Rie , répondit le pénitent sincère.
k père Iiaac , qui lui dit : Parlez clair : Parbleu, le cas, reprit le bon Isaac,
Le cas est-il de Toscane ou de France? Est donc toscan ; n'en doutes pas, compère
DIXAIN^
zrotJViLiEiiBirt COMPOSÉ a la lovAirGt du JoriLxrt is^RXT irn l'auteur.
Cinq cens dixains, mille virlais % Et en rimes mille vi rades , Des plus gentes et des plus sades S De Marot , ou de Saingelais , Payés content sans nulz délais , En présence des Oreades , Des Hymnides % et des Dryades , Nesuffiroient, ny Pont-Alais* A pleines balles de Ballades^ Au docte et gentil Rabelais.
* Ce dizain, dont l'auteur nous est inconnu, se trouve ainsi placé dans deux éditions in-16 de 1552 et 1553, sans nom de lieu.
^ Sorte de poésie ancienne, dont l'inTention est attribuée aux Picards. Nous en trourons la descrip> tion dans la suite des Divertissements de Sceaux :
Deux rimes faut employer seulement.
Tous vers égaux construits naïvement.
. Que si l'on prend d'abord la rime ment , Faut répéter icelle constamment Jusque» à tant que par un virement , Qui virelais nomma premièrement.
L'auteur en fasse autant de rime en este,
^ Gentilles et gracieuses.
* Il faut probablement lire Lim' nidesi les nymphes des lacs.
^ Ce Pont-Alais (Pantalais dans
la plupart des éditions), dont, à l'exception de RegiSy aucun commentateur n'a dit un seul mot, n'est autre que Jean du Pont-Alais, dont de Bèze, Clément Marot, Duverdier et Bonaventure des Perriers ont parlé, et que de Beaucbamps mentionne expressément dans ses J?«ckerches sur les théâtresy à l'année 1537, comme désigné dans ce dizain. Du Pont-Alais avait composé et fait jouer, sous François 1*', des moralités , sotties et farces, dont le succès fut immense. Son nom était devenu synonyme de farceur. Régnier le lui a jovialement emprunté en signant sa plaisante épitre III :
Vostre serviteur & jamais , Maistre Janin du Pont-Alais.