‹ Œuvres, collationees pour la premiere fois sur les editions originalesChapitre 13 sur 296 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Comme bien faire savoit Homère, paragon * de tous philologes, et Ennie^, père des poètes latins, ainsi que tesmoigne Horace, quoy qu'un malautru ait dit que ses carmes sentoient plus le vin. que Thuile.

Autant en dit un tirelupin de mes livres ; mais bren ^ pour luy. L'odeur du vin ô combien plus est friant, riant, priant, plus céleste et délicieux que d'huile ! Et prendray autant à gloire qu'on die de moy que plus en vin aye despendu qu'en huile, que fist Demosthenes quand de luy on disoit que plus en huile qu'en vin despendoit. A moy n'est que honneur et gloire d'estre dit et réputé bon gaultier * et bon compagnon : en ce nom , suis bien venu en toutes bonnes compagnies de Pantagruelistes. A Demosthenes fut reproché, par un chagrin, que ses oraisons sentoient comme la serpillière d'un bord et sale huilier. Pourtant , interprétez tous mes faits et mes dicts en la perfectissime partie^, ayez en révérence le cerveau caseiforme ® qui vous paist de ces belles billes vezées, et à vostre pouvoir tenez moy tousjours joyeux.

Or, esbaudissez vous ^, mes amours, et gaiement lisez le reste *, tout à l'aise du corps et au profit des reins. Mais

rencontres et combien admirables il en faict naistre en faveur de noslre religion. »

» Modèle.

^ Le poëte latin Ennias, dont

Horace a dit :

Ennius ipse pater, nunquain nisi potut, ad Prosiluit dicenda.... [arma

^ Ce mot est encore usité dans plusieurs de nos dialectes.

^ Boa vivant.

* En très-bonne part.

® En forme de fromage. C'est une comparaison fort exacte.

' Esbaudir avait au moyen âge deux sens bien distincts, celui de réjouir et celui di éveiller. — II a encore cette double acception en

patois saintongeois. L'un et Tao' tre de ces sens trouvent ici leur application. Si Rabelais n'a pas perdu de vue ses véroles, il est tout naturel qu'il les suppose au lit, et qu'il leur dise : « Lisez totU a Vaise du corps. »

Ceux qui ne croiraient pas qu'un médecin pût parler de boire à des goutteux et à des véroles, expliqueraient ce passage en donnant à esbaudissez vous le sens de réveillez-vous. Rabelais peut bien faire lire ses amis au lit, comme aa chap. 45 il v fait prier Grandgousier.

* Éd. antér. à 1535 et de 1535;; dans d'autres on a supprimé te r^te.

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eecoutaz S vietzdazes^ que le maulubec vous trousque ; vous souvienne de boire à my pour la pareille^ et je vous plegeray ' tout ares metys '.

* « Mais écoutez, visages d'àiies, « qoc* Talcère tous ronge (en gas* ■ ooo). »

Nous pensons que ces |nckts,.e«eouiazy etc., sont adressés aux cafards, qne Rabelais aimait peu ; puis reveiiaotà ses amis, Tautenr ajoute:

«Vous sonyienoe de boire à my pour •* la pareille. »

' Est. Pasquier nous fournit une complète explication des mots : je vous plegeray, <* Nous avous, dit-il, «< mecoutumeaux banquets de boire « les uns aux autres , et la formule •• que Ton tient est que si un homme « boit à moi, je lui dirai qne je le ple-

«geray yC*est-à-direque je vais boire. » C'est donc comme si Rabelais disait à ses amis : Ne manquez pas de me provoquer à boire , je vous tiendrai tète à tous. Dans une vieille moralité, la Condamnacion dee éanqueis , il y a un personnage qui s'appelle Je pleige (fautant

On dit aussi en anglais : To pie* dgey dans le sens de faire raison eu buvant.

' Immédiatement. Eu catalan, tôt are, à l'instant; tôt ore (en bressan) ; toutaro (en prov.) ; en toulousain , arometys , à l'heure même , peut-être du latin ^orame/i(p«a. [ ^

iO LIVRE l, CHAPITRE 1.

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