prologue
poter de quelle devotiou il le guette, de quel Sjoiug il le g£prde, de quel ferveur * il le tient, de quelle prudence il Tentomme 2, de quelle affection il le biaise, et de quçllç diligence il le sugce. Qui Tinduict à ce faire? Quel est Vespoir de son estude? quel bien prétend il? Rien plus qu'un peu ^e moelle. Vray est que ce pevi plus est délicieux que le beaucoup de toutes autres.^, pource que la moelle est aliment elabouré à perfection de nature, comme dit Galen. lU Facult. nat., et XI, De usu pçtrtium. ,
A Texemple d'iceluy vous convient eâtre sages, pour fleurer * , sentir et estimer ces beaux livres de haute gresse ^ , legiers au prochaz ^, et hardis à la rencontre. Puis, par curieuse leçon et méditation fréquente, rompre Tos, et sugcer la substantifique n^oelle, c'est à dire ce que j'entends par ces symboles Pytbagoriques, avec espoir certain d'estro faits escors"^ et preux à ladite lecture; car en icelle biei\ autre goust trouverez, et doctrine plus absconse % ^quelle vous révélera de très hauts sacremens et mystères horrifi-
* Ferveur esiid masculiu, comme lè mot latin fervor^ dont il dérive ; ailleurs nous le trouverons féminin.
^ L'entame. L'édition de Dolet a Ventame. Entommer se dit encore en plusieurs patois.
^ A quoi se rapporte ce féminin toutes autres? Faut-il, comme Le Bnchat, se référant aux mots rien plus, qui précèdent, comprendre : le beaucoup de toutes autres riens, ou de toutes autres choses? — Car riens avait autrefois le sens de i:hoses. '— Nous ne pouvons admettre cette conjecture. Rien, en effet, n'avait pas toujours un sens négatif ; mais il l'avait parfois^ et ici il l'a évidemment. L'idée de Rabelais porte sur le mot choses : perdant de vue le substantif qu|l précède, fait-il accorder l'adjectif avec le mot de l'idée? Nous trouvons de
pareils^exemples dans les meilleurs auteurs du grand siècle. Peut-être ne faut-il voir là qu'une ellipse alors autorisée par l'usage.
• Flairer. Fleurer est encore usité dans plusieurs de nos patois.
^ On a dit : chapon de haute gresse : putain de haute gresse, Grosnet parle de paroisses
Riches de porcs à haute tresse...
Ayant bestial à haute gresse.
On voit par quelle analogie Rabelais a pu employer, pour caractériser des livres substantiels, de grande importance, cette expression que nous retrouverons souvent.
• Poursuite. Comparaison empruntée à la vénerie. — LeDuchat rapporte legiers et hardis aux lecteurs ; d'autres , aux livres.
' Adroits, avisés.
• Cachée.
ques, tant en ce qui concerne nostre religion, que aussi Testât politicq et vie oeconomicque.
toyez vous en vostre foy qu'onques Homère, escrivant Iliade et Odyssée , pensast es allégories lesquelles de luy ont beluté * Plvitarche, Heraclides Ponticq, Eustatie, Phornute, et ce que d'iceux Politian ^ a desrobé? Si le croyez, vous n'approchez ne de pieds ny de mains ^ à mon opinion , qui décrète icelles aussi peu avoir esté songées d'Homerc que d'Ovide, en ses Métamorphoses, les sacremens de l'Evangile; lesquelz un frère lubin*, vray croquelardon, s'est efforcé demonstrer, si d'adventure il rencontroit gens aussi fous que luy, et (comme dit le proverbe) couvercle digne du chaudron.
Si ne le croyez, quelle cause est pourquoy autant n'en ferez de ces joyeuses et nouvelles chroniques? combien que, les dictant, n'y pensasse en plus que vous, qui par adventure beuviez comme moy. Car, à la composition de ce livre seigneurial, je ne perdis ne employay onques plus ny autre temps que celuy qui estoit estably à prendre ma réfection corporelle, savoir est, beuvant et mangeant. Aussi est ce la juste heure d'escrire ces hautes matières et sciences pro^ fondes.
' On lit belutéàvins Téd. de 1 533:
dans d'autres, calfreté. •
'Ange Poli tien, savant philologue el littérateur italien du xv* siècle , a résumé plutôt que dérobé les travaux antérieurs des scholiastes d'Homère. Du reste, ce reproche de plagiat lui a été adressé par plusieurs contemporains , entre autres par Budé.
' Jeu de mots fbudé sur la locution latine : pedibus ire in sententiam alîcujusy se ranger à Tavis de quelqu'un , passer de son côté.
* Allusion à Thomas Walleis, dominicain d'Angleterre. Fischart met ici son nom en toutes lettres.
Ce Walleis a écrit des Moralités
sur Ovide y où il cherche à établir des rapports entre ce poëte et la Bible ; son livre a été imprimé à Paris , par J. Bade (in-4°, 1509), sous le titre de Meiamorphosis Ovidiana moraliter explanata. Une traduction française sous le titre de Bible des poètes jJûvl le Grand Olympe y faite par C. Mansion, a été publiée à Bruges ( 1484 , in-f").
Montaigne parle de semblables rêveries.
«Est- il possible (dit-il , Essais^ II, 12), que Homère aye voulu iire tout ce qu'on luy faict dire?,..
Un perisonnage sçavant et
de mes amis , c'est merveille quels